sam. Juin 13th, 2026

Les Ruines de Beverast n’a jamais déçu en matière d’album. Son créateur, Alexander von Meilenwald, connu pour son œuvre chez Nagelfar, allie une dévotion pour le pur et l’ancien à une capacité d’expérimentation. Cela donne une discographie légendaire qui semble s’épanouir naturellement. Des débuts bruts mélangeant black metal et doom, avec des classiques comme Unlock the Shrine et Rain Upon the Impure, aux horreurs plus mélodiques et rituelles dans Foulest Semen of a Sheltered Elite et Blood Vaults, en passant par le sommet imprégné de rituels qu’est Exuvia, le groupe a une capacité incroyable à évoquer le familier en s’aventurant dans des territoires inexplorés. Tempelschlaf est la dernière pièce de cette collection.

Pour être franc, je n’étais pas fan de The Thule Grimoires, mais ce n’était pas un défaut de von Meilenwald, c’était plutôt d’ordre personnel. Son orientation plus lourde et gothique, inspirée par Type O Negative, ne m’avait pas totalement convaincu. En revanche, Tempelschlaf rappelle ce précédent album par ses textures psychédéliques et sa présence vocale baryton plus marquée, créant une folie rituelle, tout en offrant un crescendo plus puissant et un sens de la direction. Ce dernier opus se caractérise par du black-doom atmosphérique avec une touche de death metal, à l’image de ce que l’on peut attendre de Les Ruines de Beverast.

Comme à l’accoutumée, équilibre et composition sont au cœur des préoccupations de Les Ruines de Beverast, témoignant de l’engagement de von Meilenwald envers la progression et l’art noir. Tempelschlaf se distingue par des mouvements fluides passant d’éruptions fulgurantes à une menace sourde, en conjuguant grâce à une mélodieuse psychédélie et des solos climatiques, mettant en œuvre une formule gagnante. La piste d’ouverture mérite une attention particulière pour ses changements subtils : l’intensité black se fait en arrière-plan au profit d’une plongée massive dans le goth rock saturé de doom, évoquant une ambiance de Depeche Mode dépouillée de ses voix criardes, laissant place à des sermons baryton sur des rythmes rituels, imprégnés de claviers givrants et de textures psychédéliques. Ce prélude donne le ton pour le reste de l’album, présentant peut-être leur plus grand crescendo jusqu’à présent.

Alors que l’approche change vers un doom metal psychédélique et dense dans la piste d’ouverture, le reste de l’album ne laisse guère de répit. Bien que l’alternance entre tension et intensité soit un atout pour Les Ruines de Beverast, l’album devient encore plus intense avec un assaut black véritable (“Day of the Poacher”). La seconde moitié, quant à elle, se révèle remarquablement cohérente, mêlant des idées pour créer des mouvements épiques depuis Exuvia. La cadence titanesque des percussions, le son lourd des guitares, les hurlements venimeux et l’atmosphère d’autres mondes par des synthés classiques s’assemblent pour constituer un son massif, qui pourrait déjà être un candidat à l’album de l’année (“Cathedral of Bleeding Statues,” “Alpha Fluids,” “The Carrion Cocoon”). Ces morceaux témoignent du style unique de Les Ruines de Beverast, renforçant leur position d’élite dans la carrière légendaire de von Meilenwald.

Il est presque impossible pour Beverast de surpasser Exuvia, mais sans les deux premières pistes, Tempelschlaf s’en approche de très près. Ce n’est pas que ces morceaux échouent, mais plutôt qu’ils mettent en place un terrain fertile pour les meilleures compositions, incluant des transitions tonales abruptes, une mélodie accentuée, et un usage peut-être excessif du chaos. Quoi qu’il en soit, von Meilenwald se surpasse encore avec un album dédié à la fureur black, au doom monolithique et aux textures atmosphériques d’un autre monde, intégrant des éléments du goth rock psychédélique de The Thule Grimoires dans une ligne plus épurée. Tempelschlaf représente Les Ruines de Beverast fidèle à sa tradition : croissance, expérimentation et excellence.


Points à retenir

  • Un équilibre entre progression et tradition dans la musique.
  • Des transitions fluides entre des styles variés, allant du black-doom à la psychédélie.
  • Une atmosphère rituelle intense renforcée par des performances vocales efficaces.
  • Une-opus qui se distingue par des mouvements épiques et grandioses.
  • Des morceaux qui s’inscrivent dans la lignée des précédentes œuvres tout en apportant de l’innovation.

En conclusion, cet album me pousse à réfléchir sur l’évolution artistique d’un groupe qui sait jongler entre héritage et innovation. Les Ruines de Beverast nous rappellent que l’expérimentation est au cœur de la musique metal, nous offrant ainsi une énorme richesse sonore à explorer. Une question se pose alors : jusqu’où peuvent-ils aller tout en restant fidèles à leurs racines ?


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