Renforcement de la régulation des plateformes de streaming en Indonésie
Le gouvernement indonésien s’apprête à durcir la régulation des plateformes de streaming en ligne telles que Netflix, YouTube, Amazon Prime Video, Disney+ Hotstar ou encore HBO Max. Ce dispositif imposerait aux contenus diffusés sur ces services un filtrage obligatoire, similaire à celui déjà en vigueur pour les films diffusés au cinéma ou les programmes télévisés.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre plus large de la loi Omnibus sur la Culture, portée par le ministère de la Culture. L’objectif est de moderniser le cadre juridique en adaptant les règles sur le cinéma, la promotion culturelle et le patrimoine aux exigences de l’ère numérique.
Un regard critique émanant du Comité de censure des films
Naswardi, président du Lembaga Sensor Film (LSF), le comité indonésien de censure cinématographique, s’est inquiété du déséquilibre entre la régulation stricte des médias traditionnels et l’absence relative de contrôle sur les contenus en streaming. Selon lui, un film projeté en salle ou un programme télévisé fait l’objet d’une vérification approfondie, alors que les vidéos disponibles en ligne échappent largement à cette vigilance.
« Cette disparité dans la régulation engendre une forme d’injustice », a-t-il expliqué. « Les spectateurs s’attendent à une protection équivalente, qu’ils regardent au cinéma, à la télévision ou sur leur téléphone. »
Le soutien à un encadrement plus strict s’est renforcé ces dernières années. Une enquête menée en 2024 par le LSF a révélé qu’une grande partie des Indonésiens souhaite un filtrage des contenus en streaming, afin de garantir leur adéquation à l’âge des spectateurs.
Une popularité croissante du streaming qui motive la réglementation
La consommation de streaming a explosé en Indonésie, en particulier chez les jeunes. Selon une étude récente de Populix, 33 % des sondés regardent quotidiennement des vidéos sur des plateformes de streaming. YouTube reste la plateforme la plus utilisée, suivie de près par Netflix.
Face à ce succès, les décideurs politiques estiment nécessaire d’intervenir pour protéger les publics vulnérables et préserver les normes culturelles locales. Néanmoins, certains experts mettent en garde contre un encadrement excessif qui risquerait de freiner la créativité et de réduire la diversité des contenus accessibles en Indonésie.

Lorsque Netflix investit l’intelligence artificielle
Cette volonté de régulation coïncide avec les expérimentations menées par Netflix dans le domaine des technologies innovantes. En juillet dernier, des sources ont indiqué que la plateforme testait des outils d’intelligence artificielle générative développés par la startup new-yorkaise Runway AI.
Bien que Netflix n’ait pas officialisé ces tests, son co-PDG Ted Sarandos a confirmé l’intégration de l’IA dans certains processus créatifs. Par exemple, dans la série argentine El Eternaut, une scène de destruction a été simulée grâce à l’IA, sans toutefois recourir à Runway.
Runway, valorisée à plus de 3 milliards de dollars suite à de récentes levées de fonds, s’impose comme un acteur majeur de la génération vidéo assistée par IA. Cette avancée technologique illustre la difficulté de concilier innovation rapide et mise en place d’une régulation efficace à l’heure où les outils de production changent la donne.
Perspectives pour le marché indonésien du streaming
Si la loi Omnibus sur la Culture est adoptée, elle pourrait profondément transformer le paysage numérique indonésien en exigeant des plateformes qu’elles soumettent leurs contenus à une autorisation préalable. Cela pourrait ralentir la diffusion de nouveaux programmes ou entraîner des adaptations spécifiques au territoire indonésien.
Pour des géants mondiaux comme Netflix ou YouTube, ces nouvelles obligations impliqueraient une montée des coûts de conformité et une nécessaire révision de leur stratégie dans ce marché numérique en pleine expansion. Du côté des consommateurs locaux, des modifications dans la disponibilité et la rapidité d’accès aux contenus pourraient également apparaître.
Points à retenir
- L’Indonésie projette d’étendre un système de filtrage des contenus à toutes les plateformes de streaming, aligné avec celui déjà en place pour le cinéma et la télévision.
- La loi Omnibus sur la Culture vise à actualiser la réglementation culturelle face aux défis du numérique.
- Selon un sondage du LSF, la population indonésienne manifeste une demande croissante pour un encadrement des contenus en ligne, principalement pour protéger les plus jeunes.
- La forte croissance du streaming, particulièrement via YouTube et Netflix, pousse les autorités à réagir face à la rapidité des usages.
- Parallèlement, Netflix explore les possibilités offertes par l’IA pour renouveler sa production, illustrant le défi que représente la régulation face à l’innovation technologique.
À l’épreuve de ces tensions entre innovation et contrôle, l’Indonésie illustre parfaitement ce dilemme contemporain : comment préserver les repères culturels tout en ne freinant pas la créativité et la diversité du divertissement numérique ? Personnellement, face à ce grand chambardement digital, je me demande si nous ne sommes pas en train d’assister à un remake moderne de la censure, mais cette fois en mode “streaming”. Après tout, qui aurait cru qu’un jour on s’inquiéterait autant des films vus sur un smartphone que de ceux projetés sur grand écran ? La prochaine étape : le filtrage des GIFs et des mèmes, peut-être ?
