DTF St. Louis : sept épisodes qui jouent finement avec le public

Trahison, crime et crise conjugale sont des thèmes exploités depuis longtemps par la télévision et le cinéma. La nouvelle mini‑série de Steve Conrad, DTF St. Louis, les aborde d’une manière singulière, dès son titre. DTF est un acronyme anglophone pour « down to fuck », que l’on peut traduire familièrement par « prêt à coucher ». Le titre renvoie à une application fictive de St. Louis, dans le Missouri.

Clark Forrest (Jason Bateman) et Floyd Smernitch (David Harbour) tournent constamment autour de la même obsession. Tous deux mariés et pères — Floyd étant beau‑père d’un garçon difficile — ils vivent en banlieue. Leur rencontre se fait lors d’une émission : Clark est prévisionniste météo pour une chaîne locale et Floyd intervient comme interprète en langue des signes.

Ils partagent des habitudes banales — restaurants de chaîne, séance de sport commune — et ont des couples très tièdes. Clark se lève à quatre heures du matin pour filer au travail sur son vélo couché ; le soir, épuisé, il n’a guère de disponibilité pour sa femme et ses filles.

Floyd, lui, a perdu tout désir depuis que Carol (Linda Cardellini) s’est engagée comme arbitre de baseball — il en attribue en partie la faute au costume, dit‑il. Il confie aussi souffrir de la maladie de La Peyronie, une affection inflammatoire qui déforme le pénis et altère la vie sexuelle.


Mort et révélations

Par l’idée de Clark, les deux hommes s’inscrivent sur DTF St. Louis, une application dédiée aux infidélités conjugales. Quelques semaines plus tard, le corps de Floyd est retrouvé dans une piscine collective, à côté d’une canette vide de Bloody Mary et d’un numéro ancien de la revue Playgirl — la toute relative réponse féminine à Playboy — ouvert sur la photo d’un homme nu déguisé en Indiana Jones.

La disparition de Floyd, déjà exposée dans le premier épisode, déclenche la mécanique de la série : l’enquête au présent alternant avec des flashbacks qui reconstituent la trame des infidélités. On apprend vite que Clark a eu une liaison avec Carol — l’un des éléments moteurs de l’intrigue.

Ce qui distingue DTF St. Louis, et qui fait la singularité du projet proposé sur la plateforme HBO Max, reconnue pour ses fictions souvent audacieuses, c’est son ton. L’humour y est particulier, le récit joue délibérément avec la chronologie et dissimule ses intentions dès le départ.

Un exemple : l’épouse de Clark apparaît seulement de dos et floue dans les deux scènes où elle figure au pilote, choix visuel qui souligne la façon dont la série éclaire les événements hors de leur chronologie. Autre atout : la galerie de personnages secondaires, notamment la paire d’enquêteurs chargée du dossier. Le shérif local, Donoghue Homer (Richard Jenkins), et l’agente des crimes spéciaux, Jodie Plumb (Joy Sunday), forment un tandem dont la dynamique est intéressante — elle, manifestement plus perspicace que lui.

DTF ST. LOUIS

Mini‑série en sept épisodes diffusée sur HBO Max. Le premier épisode est disponible ; les nouveaux épisodes sont programmés le dimanche à 22h sur la chaîne payante et sur la plateforme.

Points à retenir

  • DTF St. Louis explore infidélité, mensonge et apparences suburbaines à travers le prisme d’une mini‑série policière.
  • Le récit mélange enquête et retours en arrière, obligeant le spectateur à recomposer la chronologie.
  • Le ton oscille entre humour noir et malaise, servissant une écriture qui cache ses cartes volontairement.
  • Les performances de Jason Bateman et David Harbour ancrent la série, tandis que les personnages secondaires apportent des nuances à l’intrigue.
  • L’enquête est portée par un duo d’enquêteurs contrastés, et la série s’intéresse autant aux fautes individuelles qu’au cadre social qui les rend possibles.
  • Diffusion : mini‑série en sept épisodes sur HBO Max, avec un épisode initial disponible et des sorties régulières le dimanche soir.

En tant que journaliste, je retiens que DTF St. Louis n’est pas tant une histoire de scandale que l’étude d’un écosystème social où les petites hypocrisies finissent par produire des conséquences tragiques. J’aimerais savoir si, selon vous, les récits qui montrent la vie de banlieue comme un décor trompeur aident à mieux comprendre les mécanismes du mensonge ou risquent au contraire de renforcer des clichés : discutons‑en.


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