jeu. Juin 25th, 2026

Michael Saylor, figure emblématique de MicroStrategy, met en garde contre une transformation majeure de Bitcoin sous l’impulsion croissante des investissements institutionnels. Selon lui, l’actif, jadis synonyme de volatilité et d’adrénaline, pourrait rapidement devenir un « réservoir de valeur ennuyeux » à mesure que les grandes institutions exigent une moindre instabilité pour s’engager sur ce marché.

Invité du podcast Coin Stories, Saylor explique que cette évolution est une étape naturelle de maturation. La forte volatilité initiale permet d’absorber les flux massifs de capitaux des investisseurs institutionnels. Aujourd’hui, après avoir atteint son sommet historique à 124 100 dollars en août, Bitcoin se stabilise autour de 115 500 dollars.

Le dirigeant attribue la pression vendeuse observée récemment non pas à un désamour des investisseurs historiques, mais plutôt à une diversification de leurs avoirs, semblable à des salariés d’une startup vendant leurs options pour financer leur quotidien, tout en croyant dans la valeur long terme de l’entreprise.

Les trésoreries corporates en Bitcoin battent des records : selon une étude récente, elles détiennent plus de 1,01 million de BTC, soit près de 118 milliards de dollars, équivalant à environ 5 % de l’offre totale en circulation. Toutefois, les modes d’achat ont beaucoup changé. Par exemple, MicroStrategy a drastiquement réduit ses acquisitions mensuelles, tombant de 134 000 BTC en novembre 2024 à seulement 3 700 BTC en août 2025.

Malgré ce ralentissement chez MicroStrategy, d’autres entreprises ont intensifié leurs achats, faisant reculer la part de la société dans les avoirs corporates de 76 % à 64 %. On constate par ailleurs un nouvel afflux de sociétés ces derniers mois, avec 28 nouvelles trésoreries d’entreprise créées en juillet et août, totalisant 140 000 BTC supplémentaires.

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Les achats se font désormais en plus petites quantités, en réponse aux incertitudes macroéconomiques et à une gestion des risques plus rigoureuse exigée par les actionnaires. Par ailleurs, environ un quart de ces sociétés cotées en Bitcoin évoluent désormais à un prix inférieur à la valeur de leurs actifs, avec un multiple de valeur nette en baisse de 3,76 en avril à 2,8 actuellement.

Certaines entreprises, comme NAKA, affichent une valorisation à seulement 0,7 fois leur valeur nette, après une chute de 96 % depuis leur pic. D’autres, telles que Twenty One, Semler Scientific ou The Smarter Web Company, sont également sous-évaluées par rapport à la valeur de leurs avoirs en Bitcoin.

Sur le plan des marchés de crédit, Michael Saylor veut révolutionner le secteur en proposant des instruments financiers adossés à Bitcoin, face aux limites des offres traditionnelles. Il critique un environnement actuel « affamé de rendement », où les banques suisses pratiquent des taux négatifs et les obligations européennes ne rapportent guère plus de 2,5 %, en deçà de l’inflation monétaire.

MicroStrategy a ainsi lancé plusieurs produits financiers innovants : Preferred stocks avec dividendes de 8 % à 12,7 %, des droits de conversion en actions ordinaires, et même des instruments variables mensuellement destinés à réduire le risque de durée et la volatilité. Avec l’aide de l’intelligence artificielle, la société a créé une structure inédite rivalisant avec les instruments du marché monétaire, tout en conservant un soutien par Bitcoin et un objectif de rendement autour de 10 %.

Par ce biais, MicroStrategy finance ses dividendes via des augmentations de capital plutôt que par des ventes de Bitcoin. Chaque année, la firme lève environ 20 milliards de dollars sur les marchés financiers, utilise 600 millions pour verser les dividendes et réinvestit le reste en achats de Bitcoin, favorisant ainsi une expansion avec effet de levier mais sans risque de crédit.

Saylor appelle à la patience face à cette phase d’adaptation institutionnelle, comparant la situation à l’industrie pétrolière des années 1870, où personne ne percevait encore le potentiel des dérivés du pétrole. Il anticipe une décennie 2025-2035 marquée par une « ruée vers l’or numérique », avec une explosion d’innovations et de nouveaux modèles économiques.

MicroStrategy ambitionne par ailleurs de devenir la première société de trésorerie Bitcoin notée « investment grade », par un long travail d’éducation auprès des agences de notation. Cette évolution intervient alors que les outils financiers traditionnels peinent à saisir la complexité des entreprises détentrices de Bitcoin, un constat partagé par la recherche spécialisée.

Il existe encore un besoin d’éducation fondamentale chez de nombreux investisseurs institutionnels. L’épineuse question réglementaire demeure aussi en suspens, tout comme les risques liés à la concentration du Bitcoin détenu par un petit nombre d’entreprises, susceptible d’impacter la liquidité et la volatilité du marché si ces acteurs modifient leur stratégie.

Malgré tout, la participation des particuliers reste solide, avec environ 75 % des parts d’ETF Bitcoin détenues par des investisseurs non institutionnels, qui maintiennent la dynamique en période de ralentissement du flux institutionnel.

En somme, si Bitcoin risque de devenir « ennuyeux » à mesure de sa domination institutionnelle, Michael Saylor voit en cette transformation une étape nécessaire pour faire de Bitcoin la principale couche mondiale de capital numérique et de règlement financier.

Points à retenir

  • Bitcoin évolue vers un actif moins volatil, adapté aux grandes institutions qui recherchent davantage de stabilité.
  • Les entreprises publiques détiennent plus de 1 million de BTC, soit environ 5 % de la quantité totale en circulation.
  • MicroStrategy réduit ses achats, tandis que d’autres sociétés comblent l’écart en accumulant du Bitcoin.
  • La valorisation boursière des sociétés détenant du Bitcoin peut s’éloigner de la valeur réelle de leurs actifs.
  • La création d’instruments financiers innovants adossés à Bitcoin pourrait répondre aux limites des marchés de crédit actuels, caractérisés par des rendements faibles.
  • Une plus grande éducation financière est nécessaire pour intégrer pleinement Bitcoin dans les portefeuilles institutionnels.
  • Les risques de concentration et de liquidité restent des facteurs clés à surveiller dans l’écosystème Bitcoin corporatif.
  • Le rôle des investisseurs particuliers reste important, surtout en périodes de moindre appétit institutionnel.

Il semble que Bitcoin, un temps considéré comme la montagne russe des actifs numériques, entre dans une phase plus pacifiée où la rigueur financière prend le pas sur la spéculation sauvage. Une métamorphose qui pourrait bien ennuyer les amateurs de sensations fortes, mais qui ouvre aussi la porte à un nouveau chapitre passionnant pour cette technologie révolutionnaire. En somme, la douce banalisation de la « monnaie du futur » pourrait bien être la clé, ou alors la fin d’une époque exaltante. À chacun de choisir son camp, mais pour ma part, je retiens que l’ennui, parfois, est le premier signe d’une maturité gagnée à la sueur du bit. »


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