Ce mois-ci, trois baleines noires de l’Atlantique Nord, espèce en danger critique d’extinction, ont été aperçues entremêlées dans du matériel de pêche au large de la côte Est des États-Unis. Ce chiffre est qualifié de “dévastateur mais pas inhabituel” par un chercheur.
Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), deux des trois baleines, toutes deux jeunes mâles, devraient succomber à leurs blessures.
Les entremêlements et les collisions avec des navires dans les eaux américaines et canadiennes représentent les principales causes de mortalité chez ces baleines. Les scientifiques estiment qu’il en reste moins de 400. Ces animaux migrent vers les eaux canadiennes de l’Atlantique principalement pour se nourrir, ayant autrefois évolué vers la baie de Fundy pour se nourrir de plancton, mais développent progressivement leur présence dans le golfe du Saint-Laurent en fonction des températures océaniques changeantes.
Des équipes de surveillance aérienne ont détecté un jeune mâle le 16 décembre, à environ 100 kilomètres au large de la Caroline du Nord, avec plusieurs fils enroulés autour de sa tête et de sa bouche. Le 9 décembre, une autre enquête aérienne a révélé la présence de deux baleines entremêlées — une femelle adulte et un jeune mâle — à quelques kilomètres l’une de l’autre, à environ 80 kilomètres au sud-est de Nantucket, dans le Massachusetts.
L’agence précise que, si les conditions météorologiques le permettent, ses équipes de réponse aux entremêlements suivront les baleines pour évaluer la possibilité de les libérer.
Heather Pettis, scientifique de recherche à l’Aquarium de Nouvelle-Angleterre à Boston, a indiqué qu’observer trois baleines entremêlées en l’espace d’un mois est “dévastateur mais pas inhabituel”. Le jeune observé en Caroline du Nord est d’ailleurs le dixième échouement de baleine entremêlée enregistré en 2024.
“Nous savons que même les baleines qui réussissent à survivre à ces événements d’entremêlement subissent des conséquences à long terme”, a-t-elle expliqué lors d’un entretien téléphonique lundi. “Cela affecte leur capacité à grandir, ainsi que celle des femelles à se reproduire, et peut également avoir un impact sur leur alimentation, ce que nous soupçonnons dans l’un des cas récents.”
Mackie Greene, co-fondateur et directeur du programme de sauvetage des baleines de Campobello à l’Institut canadien des baleines, souligne que les efforts de désentremêlement se révèlent compliqués et souvent dangereux.
Les opérations de sauvetage sont complexes et périlleuses
Les secouristes, généralement par groupes de trois ou quatre, doivent s’approcher suffisamment pour couper les cordes enchevêtrées. Bien que les baleines ne soient pas agressives, elles peuvent être facilement effrayées pendant une opération de sauvetage et, par conséquent, plonger plus profondément dans l’eau.
Joe Howlett, co-fondateur de l’équipe de sauvetage des baleines de Campobello, a perdu la vie en tentant de secourir une baleine noire de l’Atlantique dans le golfe du Saint-Laurent en 2017.
“Elles ne vont pas simplement rester là et nous laisser faire”, a ajouté Greene lors de son entretien téléphonique. “Chaque coup de couteau est un combat difficile.”
Pour secourir les baleines piégées dans des lignes de pêche, les conditions doivent être presque idéales. Les équipes de sauvetage ralentissent généralement la baleine en s’agrippant aux cordes qui l’entravent et en attachant des bouées à son corps pour la maintenir plus près de la surface. Ensuite, ils utilisent des couteaux fixés à de longs bâtons pour couper les lignes enchevêtrées.
“Toutefois, notamment pour les baleines noires, il est vraiment difficile de s’approcher, et de nombreux entremêlements s’effectuent par la bouche”, indique Greene, précisant que c’est la partie du corps de la baleine la plus difficile d’accès. Les équipes doivent être rapides, car les baleines ne restent souvent en surface que quelques secondes pour respirer avant de plonger à nouveau.
Greene estime que son organisation, qui sauve des espèces telles que la baleine noire de l’Atlantique, la baleine à bosse et la baleine de Minke sur la côte est du Canada, a déjà reçu 17 ou 18 appels concernant des baleines entremêlées dans des équipements de pêche cette année.
À partir d’octobre, les scientifiques rapportaient cinq décès confirmés de baleines noires de l’Atlantique en 2024, dont une qui avait été piégée par une corde pendant plus d’un an. Trois autres baleines ont péri après avoir été heurtées par des navires. Le corps de la cinquième baleine n’a pas pu être récupéré, laissant les scientifiques sans information sur les circonstances de sa mort.
Bon à savoir
- Les baleines noires de l’Atlantique sont considérées comme l’une des espèces les plus menacées au monde, nécessitant une protection accrue.
- Les bailleurs de fonds consacrent des ressources importantes à la recherche et à la protection des baleines dans le but de sauver cette espèce emblématique.
- La sensibilisation du public autour des problèmes liés à l’environnement marin est essentielle pour favoriser une cohabitation harmonieuse entre les activités humaines et la vie marine.
Au-delà de ces horreurs et des efforts de sauvetage, il s’agit aussi de réfléchir à notre rapport avec l’environnement et à l’impact de nos activités sur la faune. Comment peut-on mieux protéger ces créatures majestueuses tout en poursuivant nos intérêts maritimes? La discussion est ouverte.