dim. Juin 14th, 2026

Arabie Saoudite et Émirats arabes unis se livrent une course effrénée pour devenir le principal centre technologique de l’intelligence artificielle (IA) au Moyen-Orient.

Ces deux pays investissent des sommes colossales, attirent des capitaux gigantesques, nouent des partenariats stratégiques avec les géants technologiques américains et planifient la construction de l’un des plus vastes ensembles de centres de données au monde.

Leur objectif commun est de réduire leur dépendance aux revenus pétroliers en misant sur l’IA comme moteur de croissance économique, selon les analyses du Gulf Studies Symposium.

La stratégie Vision 2030 de l’Arabie Saoudite identifie l’IA comme un pilier essentiel de sa transformation économique, avec environ 70 % de ses ambitions stratégiques tournées vers les données et l’intelligence artificielle, selon la Saudi Data and AI Authority.

De son côté, les Émirats ont été précurseurs en nommant dès 2017 un ministre d’État dédié à l’IA et en fondant la Mohamed bin Zayed University of Artificial Intelligence (MBZUAI). Cette université ouvre désormais un laboratoire en plein cœur de la Silicon Valley.

Si les Émirats ont pris un léger avantage grâce à leur politique proactive et leurs partenariats, l’Arabie Saoudite a rapidement riposté avec des investissements massifs et des initiatives appuyées par l’État.

Voici un aperçu des engagements saoudiens depuis le début de l’année, notamment à l’occasion de la visite de Donald Trump en mai :

  • Humain, entreprise publique soutenue par le fond souverain Public Investment Fund (PIF), prépare un fonds de capital-risque de 10 milliards de dollars.
  • Google Cloud et le PIF investissent conjointement 10 milliards de dollars pour créer un pôle IA en Arabie Saoudite.
  • AWS et Humain ont annoncé un investissement commun de 5 milliards de dollars pour développer une « zone IA » dans le royaume, en complément d’une précédente enveloppe de 5,3 milliards pour une nouvelle région AWS.
  • Oracle s’engage sur 14 milliards de dollars en dix ans dans les infrastructures numériques et d’IA saoudiennes.
  • Equinix construit un centre de données d’un milliard de dollars pour répondre à la demande croissante en cloud, IA et applications professionnelles.

Du côté des Émirats, les investissements ne sont pas en reste :

  • Le lancement de MGX, fonds d’investissement spécialisé en IA, soutenu par la société d’État Mubadala et la holding G42, avec un objectif d’investissement de 100 milliards de dollars dans les infrastructures, puces et technologies de base de l’IA.
  • Stargate UAE, un projet de hub pour centres de données IA porté par OpenAI, G42, Oracle, Nvidia et SoftBank, prévoit la construction d’une ferme de serveurs d’1 gigawatt, dont 200 mégawatts d’ici 2026.
  • Abu Dhabi investit 3,54 milliards de dollars pour automatiser tous ses processus administratifs via la stratégie numérique gouvernementale 2025-2027.

Nouveau terrain d’affrontement

La suprématie en IA nécessite d’immenses capacités de calcul, donc des centres de données gourmands en énergie. Arabie Saoudite et Émirats rivalisent pour construire ces infrastructures à grande échelle.

Mi-2025, la capacité existante en centres de données atteint plus de 300 MW en Arabie Saoudite et environ 250 MW aux Émirats, selon ResearchAndMarkets.com.

Mais pour les projets à venir, l’Arabie Saoudite devance largement les Émirats avec 2 200 MW planifiés, contre quelque 500 MW pour ces derniers.

Capacités data centers Moyen-Orient

Selon l’International Institute of Strategic Studies (IISS), la préparation à l’IA dans la région varie considérablement : Israël mène la danse, suivi de près par les Émirats et l’Arabie Saoudite, puis viennent le Qatar, Oman et Bahreïn, tandis que les autres pays restent nettement distancés.

La disponibilité des centres de données est cruciale pour exploiter le potentiel de l’IA, notent Laith Alajlouni et Jasim Murad dans une analyse de l’IISS. « Ces infrastructures jouent un rôle fondamental pour répondre aux énormes besoins en calcul et stockage de l’IA. »

Les États du Golfe disposent de deux grands atouts : l’énergie et les ressources financières, avec environ 5 000 milliards de dollars en fonds souverains.

Cependant, malgré les capitaux et capacités matérielles, l’Arabie Saoudite et les Émirats doivent faire face à des défis : ils n’ont pas encore développé de modèles d’IA de pointe comparables à GPT-4 d’OpenAI ou DeepSeek en Chine. Par ailleurs, les talents spécialisés restent rares, et construire un véritable écosystème d’innovation demandera du temps.

Une chose est certaine : la compétition pour l’IA ne se joue plus seulement dans la Silicon Valley ou à Shenzhen, mais bien désormais à Riyad et Abu Dhabi.

Points à retenir

  • L’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis investissent massivement pour devenir des pôles majeurs de l’IA au Moyen-Orient, avec des ambitions affichées pour diversifier leurs économies.
  • Les partenariats avec des géants américains comme Google, AWS et Oracle illustrent la volonté des deux pays de rester dans le giron technologique occidental.
  • Les capacités existantes de centres de données sont déjà compétitives, mais c’est la future expansion saoudienne qui semble la plus ambitieuse.
  • Les projets comme Stargate UAE ou la « zone IA » d’AWS démontrent un fort désir d’infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle.
  • Un obstacle de taille demeure : le manque de talents locaux en IA, un défi que les fonds colossaux seuls ne peuvent résoudre rapidement.
  • Le contexte géopolitique avec la rivalité sino-américaine en toile de fond ajoute une couche supplémentaire de complexité aux stratégies du Golfe.

En somme, alors que Riyad et Abu Dhabi s’arment pour la bataille technologique, on pourrait presque se demander si le pétrole cèdera la place à une nouvelle ressource : les data centers. Après tout, qui aurait cru qu’un jour l’or noir ferait la course avec le silicium et les algorithmes ? Mais attention à ne pas brûler les watt-heures trop vite, il faut d’abord trouver la bonne recette pour attirer les cerveaux – pas juste les serveurs.


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