ven. Août 28th, 2026

Un des enjeux majeurs des intelligences artificielles réside dans leur opacité : nous ignorons souvent les données sur lesquelles elles ont été formées et les logiques qui régissent leurs réponses. Cela pose un véritable problème dans certaines régions du monde.

Imaginons un habitant de Harare, au Zimbabwe, qui se tourne vers une intelligence artificielle pour obtenir des conseils de vie. Comme le souligne Fainos Mangena, professeur de philosophie et d’éthique à l’université du Zimbabwe, la réponse fournie dépend largement des valeurs intégrées dans le fonctionnement de cette IA. Étant donnée leur conception souvent occidentale, ces valeurs pourraient entrer en conflit avec la culture de l’interlocuteur. Par conséquent, il est possible que l’adoption des conseils selon les recommandations de l’IA influence le comportement de cet habitant de Harare en fonction de valeurs qu’il ne partage pas nécessairement.

Les défis liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle en Afrique ne s’arrêtent pas là ; ils sont aussi d’ordre linguistique. Sur plus de deux mille langues parlées sur le continent, seules 42 sont actuellement supportées par ces technologies. Cela signifie que ceux qui ne parlent pas une de ces langues sont exclus des opportunités offertes par l’intelligence artificielle. Cette exclusion linguistique et culturelle modifie inévitablement la manière dont l’Afrique interagit avec les technologies nouvelles. Mangena souligne que rien dans ces outils n’est véritablement neutre moralement ; au contraire, le cadre éthique des intelligences artificielles est ancré dans des présupposés et des biais occidentaux. Ainsi, la montée de l’intelligence artificielle pourrait imposer des valeurs occidentales, au détriment des systèmes de pensée indigènes.

La scientifique cognaitiviste d’origine éthiopienne, Abeba Birhane, évoque ce phénomène comme un “colonialisme algorithmique”. Selon Mangena, il est impératif de bâtir une intelligence artificielle qui serve l’humanité dans son ensemble ; cette mission devrait être envisageable comme une entreprise collective.

Points à retenir

  • Les intelligences artificielles sont souvent conçues avec des valeurs occidentales, pouvant entrer en conflit avec d’autres cultures.
  • La majorité des langues africaines ne sont pas supportées, rendant l’accès aux IA presque impossible pour de nombreuses populations.
  • La relation entre l’Afrique et les technologies est influencée par des facteurs linguistiques et culturels, affectant la perception de ces outils.
  • Le cadre éthique des intelligences artificielles est souvent biaisé par les préjugés de leurs créateurs, principalement occidentaux.

Il est fascinant de réfléchir à la façon dont l’intelligence artificielle pourrait être un vecteur de transformation pour les sociétés, mais également aux risques d’une hégémonie culturelle installée à travers ses algorithmes. Dans cette optique, il semble essentiel d’engager un dialogue mondial sur la manière dont ces technologies doivent évoluer. Je trouve qu’il est crucial que chaque culture ait voix au chapitre afin que la technologie ne se limite pas à reproduire des modèles dominants, mais s’enrichisse des diversités qui composent notre humanité. Quelles seraient donc les solutions viables pour créer une IA véritablement inclusive et respectueuse des différentes cultures ?


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