Patrizia, tu étais une enfant introspective, comment est né ton intérêt pour la musique et la poésie ?
« J’ai toujours été une enfant réservée. Mon intérêt pour la musique a commencé vers 3-4 ans, à l’école maternelle. J’ai réussi à me faire retirer de l’école car je préférais rester à la maison, jouer avec mes disques et mes jouets. L’intérêt pour la poésie a suivi, naturellement. »
Quels étaient le métier de tes parents ?
« Ils sont partis trop jeunes. Ma mère était coiffeuse et, depuis notre naissance, elle était femme au foyer. Mon père était commerçant. »
Comment est né Il visionario, où tu interprètes des musiques et des paroles de Saint François d’Assise ?
« C’est arrivé de manière assez mystérieuse. J’ai toujours admiré Branduardi et cet album. En 2019, par jeu, j’ai pris ma guitare et commencé à jouer Il sultano di Babilonia e la prostituta. Je me suis dit : “c’est beau”, dans une version un peu ralentie, comme j’aime faire. L’idée de faire un disque est restée là. Puis j’ai rencontré Mimmo Paganelli, le producteur de Branduardi. En août 2023, j’avais cette mélodie, surtout Audite poverelle, qui trottait dans ma tête. J’ai pris mon courage à deux mains, et par pur hasard, nous avons croisé Branduardi lors d’un concert. Nous lui avons demandé la permission, et il a répondu : “Je serais honoré.” »
En 2026, nous célébrons le 800ème anniversaire de la mort de François d’Assise. Ce mystique a-t-il un message qui pourrait changer des vies ?
« Je pense qu’écouter le message de François, qui est en fait celui du Christ, est encore nécessaire aujourd’hui. Il était humain, comme nous tous, et pour que cela ne reste pas une considération facile, il faut ouvrir son cœur et être prêt à mettre en pratique de petites actions quotidiennes. Pour moi, François est un grand exemple du changement possible. »
Il a abandonné ses vêtements en pleine place et s’est dénudé. Que se passerait-il aujourd’hui si quelqu’un le faisait ?
« C’est un acte fort. Si je le faisais aujourd’hui, on m’enverrait à l’hôpital. Il y a une fine frontière entre la santé mentale et la sainteté. Ce geste était symbolique, d’une grande valeur, et même si ce sont d’autres temps, il est important de comprendre sa signification. Je ne peux pas reproduire cela, mais que dois-je en tirer ? Sa décision, sa cohérence, son abandon de sa famille, étaient illuminés par une lumière divine. »
Si un messie revenait avec les mêmes caractéristiques divines que Jésus, quel serait son destin ? … Interné dans un hôpital psychiatrique ?
« Nous vivons dans une société très rationnelle, ‘scientifique’, si un messie revenait aujourd’hui et commettait des miracles, il serait sans doute étudié intensivement par des scientifiques, mais resterait sceptique. La foi ne se nourrit pas de science. Ceux qui croient n’ont pas besoin de ‘voir’. Récemment, j’ai donné un concert dans l’abbaye de San Giovanni in Venere, à proximité de Chieti, c’était proche de Lanciano, site du premier miracle eucarique. Même selon des analyses récentes, il y a un tissu cardiaque humain dans l’hostie. Un prêtre m’a dit que c’était un signe, mais pour nous, croyants, il n’est pas nécessaire de voir. Si le messie arrivait aujourd’hui, on l’amènerait probablement dans une institution psychiatrique. »
Massimo Cacciari, qui n’est pas croyant, a souligné que Cantico delle creature a été réduit à un message folklorique. Que penses-tu de cela ?
« Le message de François ne se réduit pas à l’écologie ou à l’environnementalisme. Certes, il aimait la nature, mais le Cantico delle creature est avant tout une louange à Dieu à travers ses créatures. C’est un remerciement au Très-Haut. »
La louange de notre « sœur la mort corporelle » est au cœur de la spiritualité chrétienne. Pourtant, la mort est souvent un tabou, et cela ne semble pas chrétien… Qu’en penses-tu ?
« C’est vrai. François a été le premier à aborder la mort comme une étape naturelle de l’existence. La mort et la renaissance sont des cycles enseignés par la nature. François considère la mort comme une créature, une sœur. Ce concept reste tabou aujourd’hui. La résurrection du Christ nous transmet un message profond. Clairement, la mort ne doit pas devenir le centre de ton existence, il ne faut pas en avoir peur. »
Concernant Audite poverelle, une poésie destinée à Sainte Claire, comment les femmes peuvent-elles s’épanouir dans un contexte matérialiste et compétitif ?
« Claire a fait un choix de vie conscient résumé dans cette phrase magistrale. Je vis dans ce monde, mais je m’efforce de cultiver mon monde intérieur, comme dit quelqu’un, ‘être dans le monde sans en faire partie.’ Je tente de ne pas me laisser influencer par le modèle féminin actuel, même en considérant l’histoire des femmes, mais cela ne devrait pas les amener à se renier elles-mêmes. »
Sur le plan sentimental, es-tu en couple ?
« Je ne me suis jamais mariée. J’ai un partenaire, mais je cultive mon jardin spirituel. »
Entre François et Claire, penses-tu qu’il y ait eu une forme d’amour traditionnel ?
« Je ne le pense pas. Ils s’entendaient très bien, mais il y avait une grande différence d’âge. Ils étaient des âmes sœurs, d’une manière fraternel qui peut durer toute la vie, même parfois mieux qu’un amour passionné. »
Comment décrirais-tu Angelo Branduardi ?
« C’est un musicien et violoniste original. J’admire sa quête de poésie, comme le démontre son album dédié à Yeats. »
Ton interprétation de l’album E già de Lucio Battisti. Comment définis-tu sa spiritualité ?
« Je l’ai réinterprété dans un style acoustique car c’était le premier Battisti sans les textes de Mogol, écrits par sa femme et lui. Cet album témoigne d’une recherche spirituelle, peut-être même en lien avec une culture orientale, comme le suggère le titre Rilassati e ascolta, qui ressemble à un mantra. »
Points à retenir
- La musique et la poésie sont des passions qui peuvent émerger dès l’enfance.
- Saint François incarne un idéal de changement personnel et de dévotion.
- Le message spirituel de François d’Assise va au-delà de l’écologie, se voulant une louange à Dieu.
- La mort, souvent taboue, est abordée par François comme un passage naturel.
- Les choix de vie et d’engagement féminin évoluent dans un monde en constante compétition.
Il est fascinant de constater à quel point les réflexions sur la spiritualité et l’art continuent d’évoluer. Comme Patrizia, je crois que notre société a besoin de voix authentiques pour naviguer dans cet océan de superficialité. La recherche d’une vérité intérieure et d’une connexion spirituelle reste cruciale, même dans un monde moderne immergé dans le matérialisme. Que pensez-vous de l’importance de conserver ces valeurs ?
