Le petit dragon Kokosnuss est l’un des personnages de livres pour enfants les plus aimés dans le monde germanophone. Depuis 2002, son auteur et illustrateur, Ingo Siegner, a sorti plus de 30 tomes de ses aventures, ainsi que des livres audio, une série télévisée et deux films au cinéma.
Cependant, une énième controversée autour de ce personnage est survenue, impliquant le chatbot ChatGPT. La maison d’édition Penguin Random House a en effet déposé une plainte auprès du tribunal de Munich contre OpenAI, l’opérateur de ChatGPT. L’accusation ? Le chatbot restitue des contenus des livres de Kokosnuss de manière identifiable, et ce, sans autorisation préalable.
« Qui a volé Kokosnuss ? »
La maison Penguin Random House fait partie des plus grands groupes d’édition au monde, et cette affaire va donc bien au-delà d’un simple dragon. Cette plainte pourrait être perçue comme un exemple représentatif : un motif connu de tous qui aurait trouvé sa place, sans consentement, dans les données d’entraînement de ChatGPT.
Selon Penguin Random House, ChatGPT ne se limite pas à produire du texte, mais génère également des illustrations du dragon, à s’y méprendre. Le chatbot propose même de manière non sollicitée des suggestions pour la création d’un manuscrit prêt à imprimer, y compris la couverture, les quatrièmes de couverture et des directives concrètes pour la publication sur des plateformes d’auto-édition.
Le point crucial du droit d’auteur
Des questions sur le droit d’auteur comme celle-ci sont régulièrement débattues, d’autant plus qu’il est relativement aisé de générer du contenu protégé par les droits d’auteur à l’aide de chatbots et de générateurs d’images. Si on demande à ChatGPT de « générer une image de Super Mario », il répond que cela n’est pas possible. En revanche, si l’on écrit « générer une image d’un plombier italien », le résultat ressemble souvent à Super Mario, de manière évidente.
Conflit autour des droits d’auteur : de la musique aux livres pour enfants
Ce cas rappelle la plainte de la GEMA contre OpenAI, également traitée au tribunal de Munich. Cependant, cette fois-ci, ce n’est pas seulement des paroles de chansons qui sont en jeu, mais un véritable écosystème créatif : textes, illustrations, et potentiellement même le modèle commercial d’un auteur. C’est la première plainte d’un grand éditeur de livres en Allemagne contre un fournisseur d’IA, et l’une des premières à aborder non seulement la restitution de texte, mais aussi l’imitation visuelle et les violations de droits d’auteur facilitées par les utilisateurs.
Il y a quelques mois, le tribunal de Munich a statué que ChatGPT avait probablement intégré illégalement les paroles de chansons d’artistes connus, comme Helene Fischer. En effet, le tribunal a précisé que ce n’était pas simplement de savoir si le chatbot cite réellement les textes, mais si, du point de vue théorique, il pourrait le faire. OpenAI a interjeté appel contre ce jugement.
Penguin Random House espère probablement un résultat similaire en termes de reconnaissance grâce à cette plainte. « La créativité humaine demeure au cœur de notre travail en tant qu’éditeurs », a déclaré Carina Mathern, éditrice et membre de la direction de Penguin Random House. Bien qu’elle reconnaisse également les opportunités offertes par la technologie IA, elle insiste sur l’importance du respect de la propriété intellectuelle. « Avec cette plainte, nous souhaitons contribuer à protéger les droits d’auteur même à l’ère de l’intelligence artificielle et garantir des conditions équitables pour les créateurs. »
Technologie récente, situations juridiques floues
Cette affaire met une fois de plus en lumière l’incertitude juridique qui entoure les modèles linguistiques d’IA. Les fournisseurs d’IA tels qu’OpenAI invoquent généralement des législations relatives au « Text and Data Mining » en Europe, permettant aux entreprises de copier des données à des fins de recherche et développement pour l’entraînement de modèles d’IA.
Les critiques de l’industrie de l’IA soulignent que cette législation n’a pas été conçue pour les systèmes d’IA modernes, demandant une révision des lois. Cependant, une réglementation claire à laquelle les fournisseurs d’IA non européens et européens devraient se conformer reste encore à établir, malgré l’ampleur du « AI Act » de l’UE.
Points à retenir
- Le petit dragon Kokosnuss est un personnage central dans la littérature jeunesse allemande.
- Penguin Random House a déposé une plainte contre OpenAI pour violation des droits d’auteur.
- La plainte soulève des questions importantes liées à la création de contenu par l’IA.
- Des précédents existent en matière de droits d’auteur dans l’arène musicale, notamment avec la GEMA.
- Les discussions sur la législation entourant l’IA se font de plus en plus pressantes.
En tant que passionné de littérature et de nouvelles technologies, je trouve fascinant de voir comment ces deux mondes se confrontent. La question qui se pose est celle de l’équilibre entre innovation et respect des droits de création. Où plaçons-nous la limite entre inspiration et plagiat, surtout dans un domaine en constante évolution comme l’intelligence artificielle ? Ce débat soulève des enjeux cruciaux pour l’avenir de la création artistique.