Naviguer sur les réseaux sociaux devient de plus en plus complexe. Il y a quelques années, il était assez clair que tous les profils qui y circulaient étaient gérés par des humains, même sous le voile de l’anonymat. Aujourd’hui, notre première interrogation concerne la véracité de ces figures : sommes-nous en présence d’êtres de chair et de sang ou de créations issues de l’intelligence artificielle (IA) ?
Au cours des dernières années, le développement des ‘influenceurs’ virtuels a été phénoménal. En 2024, le marché international de ces personnalités était évalué à plus de 6,1 milliards de dollars. Cela met en lumière deux phénomènes : d’une part, leur importance et leur capacité à engager le public et les marques ; et d’autre part, leur émergence en tant que concurrent sérieux des influenceurs réels.
Selon les prévisions, le marché des influenceurs virtuels pourrait atteindre 170,2 millions de dollars d’ici 2034, avec un taux de croissance annuel composite de 39,5 % d’après des données de la plateforme Market.us Scoop.
En Espagne, des figures comme Aitana López, une Barcelonnaise drôle et au corps parfait qui partage des conseils de fitness, posent des questions aux influenceurs réels comme María Pombo. Aitana, cependant, n’est pas une personne réelle que l’on croise sur la plage ou à un festival.
«Les influenceurs virtuels sont des personnages générés par ordinateur ou par animation. Dans le contexte de l’économie des créateurs, ils jouent un rôle crucial», explique Mireia Montaña, directrice académique d’un master en Stratégie et Créativité publicitaire à l’Université Ouverte de Catalogne (UOC). Ces profils captivent les marques, qui constituent le socle même du phénomène des influenceurs.
Les entreprises trouvent un intérêt particulier à ces figures virtuelles pour plusieurs raisons. Selon Neus Soler, professeur à la même UOC, «un influenceur virtuel est complètement contrôlable». La marque qui le crée ou l’emploie peut ainsi maîtriser son discours et son image, sans la présence d’un individu réel.
En Chine, des entreprises proposent la création de ces profils sur commande, avec des tarifs commençant aux alentours de 1000 euros. Pour ce montant, les marques disposent d’un influenceur disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, capable de promouvoir un produit à n’importe quelle heure.
Par ailleurs, ces influenceurs génèrent un niveau d’engagement élevé : leur communauté interagit activement en commentant et en répondant à leurs publications, ce qui est particulièrement valorisé en marketing.
Ces personnages virtuels contribuent également à moderniser l’image des marques, renforçant cette impression d’innovation et d’adaptation aux nouvelles tendances. Pour beaucoup dans la Génération Z et les suivantes, cet aspect est devenu presque fondamental, même si pour certains d’entre nous, cela évoque des scénarios dystopiques à la ‘Black Mirror’.
Les influenceurs virtuels excellent particulièrement dans des secteurs comme la mode, la beauté, le luxe et les jeux vidéo. La crédibilité de leurs recommandations est comparable à celle des influenceurs humains, surtout lorsqu’il s’agit de produits utilitaires.
Cependant, il ne faut pas oublier les limites. En effet, ces acteurs virtuels peuvent peiner à établir un lien émotionnel, risquant de sembler artificiels ou superficiels. En matière de recommandations de produits ou d’expériences, leur impact peut devenir limité.
En outre, des personnalités hyperréalistes comme Milla Sofia soulèvent des questions éthiques : elles renforcent des standards de beauté irréalistes et peuvent tromper le consommateur, qui pourrait se sentir manipulé en découvrant qu’il s’agit d’une création numérique.
Points à retenir
- Les influenceurs virtuels représentent une part croissante des stratégies marketing.
- Ils offrent un contrôle total sur l’image et le message véhiculé, ce qui les rend attractifs pour les marques.
- Leur capacité à générer de l’engagement actif est un atout majeur.
- Les secteurs de la mode et de la beauté sont particulièrement touchés par ce phénomène.
- Les questions éthiques autour de l’impact de ces figures sur l’image corporelle et la perception du consommateur soulèvent des inquiétudes.
En tant qu’observateur passionné de l’évolution des médias et des tendances culturelles, je trouve fascinant de constater comment l’IA redéfinit nos interactions avec les marques et les influenceurs. Cela soulève des questions profondes sur notre rapport aux réalités virtuelles et aux standards de beauté qui, d’une certaine manière, continuent d’évoluer. Que nous réservera l’avenir dans ce domaine, et quelles en seront les conséquences sur notre perception du réel et du virtuel ?
