dim. Juil 5th, 2026

Septembre marque un nouveau départ pour beaucoup de jeunes, qui rejoignent leurs universités à 18 ou 19 ans, pleins d’espoir. Je me souviens de mon propre voyage vers Exeter en 2022, cette première étape d’un parcours censé me préparer à la vie. Je n’avais alors aucune idée que tout cela n’était que le calme avant la tempête, avant que ChatGPT ne bouleverse tout et que l’intelligence artificielle générative ne sème le chaos dans l’univers des diplômés fraîchement sortis de l’école.

Nous sommes en 2025. Nombre de mes compagnons de route ont compris qu’ils ont passé trois ans à se former pour des emplois qui n’existent plus. Plusieurs entreprises réduisent drastiquement leurs recrutements de jeunes diplômés. Les cabinets comptables majeurs ont coupé dans leurs effectifs : Deloitte a diminué ses embauches de 18 %, EY de 11 %. Selon les données recueillies par le site d’offres d’emploi Adzuna, les opportunités débutantes dans la finance ont chuté de 50,8 %, et celles dans les services informatiques de 54,8 %.

La cause principale ? L’intelligence artificielle, qui élimine de nombreux emplois d’entrée de gamme réservés aux jeunes diplômés. Les entreprises automatisent les tâches juniors via l’IA, réduisant ainsi leur besoin d’embaucher. Une véritable gifle pour ces étudiants confrontés à un marché du travail déjà difficile. Autrefois, franchir les longues étapes de sélections, concours et entretiens ouvrait la porte à des secteurs comme le conseil ou la comptabilité, offrant emploi stable, bien rémunéré et parcours clair.

Aujourd’hui, ces opportunités sûres semblent s’évaporer peu à peu. Sans visibilité sur les postes disparus, les candidats ne font face qu’à des refus à répétition. S’ils osent postuler, leur dossier est souvent rejeté par un système d’IA avant même d’arriver entre les mains d’un recruteur humain. Nombreux sont les jeunes qui racontent l’épuisement émotionnel engendré par ces entretiens vidéo, où ils tentent de convaincre un algorithme, parfois à plusieurs reprises.

Pour l’instant, les métiers créatifs et ceux nécessitant un contact humain réel résistent un peu à cette tendance. Les médecins, infirmiers ou artistes ont encore une certaine immunité face à la substitution par l’IA. Mais si la société n’apprend pas à différencier humains et machines, il est à craindre que même ces domaines finissent par se noyer dans un océan de créations artificielles bien trop ressemblantes.

Les discours conservateurs et certains chroniqueurs de la presse respectée – qui défendent souvent les diplômes « utiles » garantissant un emploi – dénigrent les filières plus créatives ou humanistes, perçues comme inutiles. On entend parfois qu’un étudiant en sciences sociales ou arts serait condamné à végéter chez ses parents, à côté d’un diplômé en compta qui, lui, a « un vrai métier ». Sauf que, dans un monde où ces emplois traditionnels se raréfient à cause de l’IA, à quoi sert un diplôme s’il ne débouche pas sur une carrière ?

Les coupes budgétaires dans l’enseignement supérieur accélèrent la disparition de filières dites « inutiles », tandis que les plus « pratiques » voient leur valeur s’effriter, délogeées par des IA maîtrisant ces compétences sans y passer trois ans. La fin de l’université est déjà un moment critique, la construction d’un profil LinkedIn bétonné et d’un plan d’avenir qui deviennent soudain bien réels. Le dernier souci qu’un jeune de 21 ans devrait avoir, c’est de voir une machine rafler le poste pour lequel son diplôme était indispensable.

Le terrain de jeu a changé. Il était différent l’an dernier, il sera encore différent dans un an quand nous, étudiants, sortirons diplômés. Ceux qui nous incitent à adopter l’IA pour gagner en efficacité ont déjà un emploi stable — un privilège qui semble s’éloigner toujours un peu plus pour nous.

Points à retenir

  • Les débuts d’une carrière professionnelle ne sont plus garantis, même avec un diplôme auparavant fiable.
  • L’intelligence artificielle remplace de plus en plus les tâches basiques, poussant à la raréfaction des emplois juniors.
  • Les processus de recrutement automatisés laissent les candidats dans un tunnel d’attente face à des algorithmes, à défaut d’humains.
  • Les métiers créatifs et humains restent plus résistants, pour l’instant, mais risquent de perdre leur singularité.
  • Le débat sur la valeur des diplômes se complique : ce qui était jugé « utile » devient moins pertinent face à l’évolution technologique.
  • Le marché du travail pour les jeunes diplômés devient un vrai sport de combat, avec moins de règles et plus d’arbitres invisibles.

En résumé, le monde du travail a changé pendant que nous étions occupés à faire nos devoirs. Nos diplômes, naguère passeports, ressemblent désormais à des accès contingents qu’une IA peut révoquer à tout moment. Alors, à quand un diplôme officiel en aptitude à négocier avec les robots ? Ou verra-t-on bientôt nos assistants numériques donner des conseils de carrière… à nos propres souches d’herbe sur le balcon ? On est tentés de penser que la vraie question est moins « Que vont faire les humains ? » que « Que resterait-il à faire si elles disparaissaient ? » Mais rassurez-vous, nous, on continue à réfléchir — ou du moins, on essaye.


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