Infrastructures numériques en plein essor en Allemagne
Les centres de données sont en pleine expansion en Allemagne, un phénomène qui suscite des interrogations concernant son ampleur et ses conséquences. Une physicienne, désireuse d’éclaircir ces zones d’ombre, a lancé une vaste recherche pour mieux documenter ce phénomène en plein essor.
À l’image de ce que l’on observe aux États-Unis, où les centres de données fleurissent à un rythme accéléré, la situation en Allemagne s’inscrit également dans un contexte où la technologie et l’intelligence artificielle sont en pleine mutation. En janvier 2025, l’ancien président américain Donald Trump a lancé le projet monumental “Stargate” pour promouvoir les centres de données en vue de soutenir l’essor de l’IA et de rivaliser avec la Chine. Des entreprises telles que Meta, Amazon et Google investissent massivement dans ces infrastructures, sans qu’il soit certain du bénéfice technologique à long terme. Toutefois, une chose est claire : la consommation d’énergie et d’eau est alarmante, et ces centres voient le jour même dans des zones déjà en pénurie d’eau. Les riverains, quant à eux, se plaignent du bruit constant qu’ils engendrent. Une dynamique qui pourrait bien se reproduire en Allemagne, notamment en Hesse.

En mars, le gouvernement fédéral a adopté une stratégie spécifiquement dédiée aux centres de données avec l’ambition de doubler la capacité d’ici 2030, et même de quadrupler celle dédiée à l’IA. Cependant, les sites de ces nouvelles infrastructures ne sont ni centralisés ni publiés. Le projet “Heiße Luft” vise à corriger cette lacune en proposant une carte interactive qui dévoile l’expansion massive des centres de données en Allemagne. Tiziana von Witzleben, l’une des fondatrices, a déclaré à la Frankfurter Rundschau qu’il était choquant que les citoyens doivent s’efforcer de collecter eux-mêmes ces informations.
Transparence nécessaire dans le développement des centres de données
Ce travail de recherche a été initié par la physicienne qui a commencé à inventorier les emplacements de ces centres. Elle a rapidement réalisé que la recherche par le biais de “crowdsourcing” serait plus efficace. Grâce à un formulaire de contact anonyme, les habitants peuvent fournir des informations sur leurs communes. Ce projet a reçu le soutien d’organisations telles qu’AlgorithmWatch et FragDenStaat. Joschi Wolf, représentant de FragDenStaat, souligne que la transparence est essentielle pour éviter les conflits que les opérateurs et les autorités préfèrent éviter.
Il est inquiétant de constater qu’il a fallu une initiative individuelle pour rendre ces données accessibles. La résistance à l’introduction de centres de données en milieu urbain se fait ressentir, amenant une certaine opacité dans le processus de planification. Von Witzleben met en avant que la clarté sur ces projets pourrait réduire les conflits.
Sans une base de données fiable, les communes et les citoyens ne peuvent pas réagir ni s’engager de manière informée. Actuellement, 120 projets sont détaillés sur cette carte, mais la problématique de la consommation d’eau et d’énergie reste floue. Par ailleurs, des nouveaux moyens de production d’énergie, comme les centrales à gaz, sont envisagés pour soutenir ces infrastructures, sans que les impacts soient clairement évalués.
Préoccupations autour de la dépendance des entreprises américaines
Pour mettre les choses en perspective, les centres de données en Allemagne consommaient déjà près de 18 milliards de kilowattheures en 2022, alors que la consommation d’électricité de Berlin ne s’élevait qu’à environ 12 milliards. Une autre inquiétude est que près de la moitié de ces capacités informatiques seraient contrôlées par des entreprises américaines, ce qui pose des questions sérieuses concernant la sécurité des données. Wolf met en garde : si des entreprises américaines contrôlent des infrastructures ou des données, elles se soumettent à la loi américaine sur le cloud, qui permettrait un accès aux données, même si les serveurs sont basés en Europe.
Cette situation soulève un problème de souveraineté numérique, affectant les données personnelles des citoyens et celles des entreprises. De plus, des témoignages font état d’un manque de communication avec les citoyens lors des phases de planification, ce qui alimente un mécontentement qui pourrait s’amplifier. Les centres de données deviennent un sujet de discussion politique, avec un potentiel d’influence sur les futures élections.
Points à retenir
- Expansion rapide des centres de données en Allemagne, imitant les tendances observées aux États-Unis.
- La transparence autour de l’implantation de ces infrastructures est cruciale pour minimiser les conflits locaux.
- Les informations sur la consommation d’énergie et d’eau des centres de données doivent être clarifiées pour éviter la confusion.
- Une part significative des capacités en informatique en Allemagne est contrôlée par des entreprises américaines, ce qui soulève des préoccupations de sécurité des données.
- Le mécontentement des citoyens pourrait inciter une mobilisation politique autour de la question des centres de données.
En abordant ce sujet, je réalise combien il est essentiel de préserver un équilibre entre l’innovation technologique et la protection de nos ressources naturelles. Comment des collectivités peuvent-elles se préparer à faire face à une telle montée en charge ? La question reste ouverte et alimente notre réflexion collective sur un avenir numérique durable.
