Une prise de position atypique pour le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, et la nouvelle présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock : dans une lettre conjointe, les évêques catholiques d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie appellent à “un changement écologique fondamental” en matière de protection du climat. Dans leur appel de 34 pages adressé aux Nations Unies, ils critiquent une politique qui privilégie le profit au détriment de la vie. Ils dénoncent notamment des “faux-semblants comme le capitalisme ‘vert'” et l’exploitation des ressources naturelles.
Un évêque du Pérou : “Nous sommes l’écho des cris de souffrance de la nature”
Le secrétaire général du Conseil épiscopal latino-américain et évêque auxiliaire de Cuzco, Lizardo Estrada Herrera, a déclaré dans une interview : “C’est un moment d’une urgence extrême, et nous ne sommes que l’écho des cris de souffrance des pauvres et de la nature.” Cette lettre parvient aux Nations Unies deux mois avant la 30ème Conférence climatique de l’ONU qui se tiendra à Belém, au Brésil, en novembre.
Pour l’Église, défendre le bien commun de la Terre est un acte de foi, de justice et d’amour chrétien, explique Lizardo Estrada Herrera. Les évêques insistent sur la nécessité de respecter l’objectif de température de 1,5°C fixé par l’accord de Paris et de changer de mode de vie, en particulier dans les pays industrialisés.
Le Conseil œcuménique des Églises soutient l’appel
Les populations du Sud global sont “les premières victimes d’un changement climatique qu’elles n’ont pas causé, mais qui émane de nos actions et de notre mode de vie”, a affirmé Heinrich Bedford-Strohm, président du Comité central du Conseil œcuménique des Églises, qui compte 356 Églises orthodoxes, protestantes et anglicanes de 120 pays, représentant 600 millions de membres.
“En tant que Conseil œcuménique, nous accueillons cette initiative des évêques du Sud avec enthousiasme. On peut même dire que nous tirons dans le même sens”, a souligné l’ancien président de l’Église protestante d’Allemagne (EKD).
Les évêques réclament 1,3 trillion de dollars par an
Dans leur lettre, les évêques catholiques exhortent les pays du Nord à “se désengager des énergies fossiles”. Ils demandent également indemnisation et soutien aux pays déjà affectés par le changement climatique. Les gouvernements devraient s’engager à mettre à disposition chaque année 1,3 trillion de dollars d’ici 2035.
Des promesses et des fonds existent déjà, rappelle Anika Schroeder, du secours catholique Misereor. Cependant, elle souligne que “pour s’adapter à la crise climatique, il faudrait 10 à 18 fois plus.” Elle s’inquiète du manque de signaux positifs de la part de la politique allemande, soulignant : “Nous réduisons les budgets de développement, ce qui menace aussi les fonds de financement climatique que nous fournissons.”
La Église peut-elle influencer la politique climatique ?
Selon Anika Schroeder, la voix de l’Église est primordiale tant au niveau national pour que l’Allemagne puisse assumer ses responsabilités internationales, qu’au niveau international, ayant déjà contribué à l’avancement de la protection du climat. La position de Pape François a été déterminante pour l’accord sur l’objectif de 1,5 °C lors de l’accord de Paris en 2015, peu après la publication de son encyclique “Laudato Si'”. Dans ce texte, il a clairement évoqué les conséquences drastiques du changement climatique sur la planète et l’humanité.
Pour l’heure, l’évêque Lizardo du Pérou n’a pas reçu de réponse à l’appel des évêques d’Amérique du Sud, d’Asie et d’Afrique. “Parce que certains ne font rien, cela ne signifie pas que ceux du Sud restent inactifs”, a déclaré l’évêque Lizardo, en promettant : “Nous continuerons notre lutte.”
Bon à savoir
- Les évêques soulignent l’importance d’un accès accru aux financements climatiques pour les pays vulnérables.
- La notion de “capitalisme vert” est controversée et suscite des débats sur son efficacité face à l’urgence climatique.
- Les discussions autour du changement climatique sont souvent liées à des enjeux socio-économiques et de justice sociale.
La question se pose : le rôle de l’Église dans la politique climatique pourrait-il marquer un tournant dans la manière dont les nations abordent leurs responsabilités environnementales ? La collaboration entre acteurs religieux et décideurs politiques pourrait-elle ouvrir de nouvelles perspectives pour des solutions durables ?
