En l’espace de quelques jours, des centaines de personnes ont été contraintes d’abandonner leurs forêts ancestrales sans préavis.
Pour beaucoup, il ne reste plus que des cendres : des huttes en bois ravagées, des fondations éparpillées, des effets personnels détruits, comme c’est le cas de Fred Ngusilo, qui a fui son ancienne vie avec une seule chaussure et un sac.
« Je suis tellement triste que je pleure », confie Fred, qui se retrouve sur le site de sa maison, entouré de débris et de poussière, à l’ombre de la vallée du Rift, à quelques dizaines de kilomètres de Narok. Le poids émotionnel est immense, et le lien avec la forêt est indéfectible, même si son foyer physique est anéanti.
Procédures judiciaires et décisions ignorées
Le gouvernement kényan justifie les expulsions forcées au nom de la préservation de l’environnement. Pourtant, des arrêts de la Cour africaine des droits de l’homme, datés de 2017 et 2022, déclarent ces expulsions illégales. À Nairobi, il a été ordonné d’indemniser les Okiek pour leurs souffrances, avec des demandes s’élevant à plus d’un million d’euros, ainsi que de reconnaître leurs droits sur la terre. Cependant, ces décisions restent lettre morte.
Avec l’expulsion des Okiek, ce n’est pas seulement un peuple qui subit, mais aussi un mode de vie unique, profondément ancré dans l’environnement, qui se perd au profit d’intérêts économiques souvent flous. Ces personnes, qui vivaient autrefois sans monnaie et profitaient uniquement des ressources naturelles, sont désormais confrontées à des contraintes extérieures et peu de chances de retour.
Au fil des siècles, et durant la période coloniale, les expulsions ont été orchestrées pour créer des zones de chasse.
Dès les années 1990, les litiges concernant les droits fonciers ont pris de l’ampleur, avec une reconnaissance insuffisante des titres de propriété et une compromission des droits des populations locales.
Bien que les expulsions se fassent principalement sous le prétexte de protection environnementale et d’intérêts économiques (comme les crédits carbone), cette logique rejoint celle des raisons invoquées pour la chasse aux trophées : les communautés indigènes sont déplacées pour mieux servir des intérêts lucratifs, qu’il s’agisse de chasse, de tourisme ou de commercialisation du CO₂.
Le cas des Maasaï en Tanzanie : un lien flagrant avec la chasse aux trophées
En Tanzanie, des cas similaires ont été clairement documentés, où des populations indigènes, principalement les Maasaï, ont été contraintes de se déplacer pour laisser place à la chasse aux trophées.
En 2022, dans la région de Loliondo (près du Serengeti), des villages maasaïs ont été attaqués par la police et l’armée ; des maisons ont été incendiées et des habitants blessés pour établir une zone de chasse de 1 500 km² sous le contrôle de la Otterlo Business Corporation (OBC), apparemment pour le compte de la famille royale des Émirats Arabes Unis.
Les autorités ont saisi le bétail et coupé l’approvisionnement en eau : le prétendu « réaménagement volontaire » n’est qu’un camouflage pour l’expropriation forcée.
Les organisations de défense des droits humains identifient la « conservation par forteresse » comme une couverture pour une chasse lucrative, au détriment des droits des populations indigènes.
Ces communautés se voient expulsées tant pour la préservation financière des forêts (crédits carbone) que pour la chasse aux trophées et le tourisme de safari.

Bon à savoir
- Les droits fonciers des communautés indigènes sont souvent mal défendus, ce qui entraîne des conflits prolongés.
- La préservation de la nature doit prendre en compte les droits et modes de vie des populations locales pour être véritablement efficace.
- Des initiatives de conservation plus inclusives pourraient aider à rétablir l’équilibre entre protection environnementale et respect des droits humains.
En fin de compte, la situation complexe de ces communautés soulève d’importantes questions éthiques et légales. Il est crucial de trouver des solutions qui respectent à la fois l’environnement et les droits des populations qui en dépendent. Quelles alternatives viables pourraient être mises en œuvre pour protéger à la fois la biodiversité et les modes de vie traditionnels ?
Il est crucial de préserver à la fois l’environnement et les droits des communautés indigènes. La perte de leur mode de vie est un drame humanitaire à ne pas ignorer.
Hervina Voahirana, cet article est un puissant appel à prendre conscience des injustices. Les voix des communautés doivent être entendues pour préserver vraiment notre environnement!
C’est affligeant de voir ces communautés si proches de la nature se faire chasser. La préservation environnementale ne devrait pas se faire au prix de leur héritage culturel.
C’est vraiment triste de voir comment les communautés indigènes sont poussées à quitter leurs terres. La protection de l’environnement ne devrait pas se faire au détriment des droits humains !
C’est troublant de voir comment les droits des communautés indigènes sont souvent sacrifiés au nom de la conservation. Trouver un équilibre est essentiel pour préserver à la fois la culture et la nature.