sam. Juin 27th, 2026

Les fondations jouent un rôle clé dans le soutien aux projets médiatiques, un phénomène qui prend de l’ampleur.


Roger Blum
01.12.2025, 11.25 Uhr

Le soutien inattendu des fondations dans le secteur médiatique.

Soutien inattendu : les fondations s’impliquent de plus en plus dans l’univers de la presse.

Christian Beutler / Keystone

En Suisse, on dénombre environ 14 000 fondations. Chaque année, plusieurs centaines naissent tandis que d’autres disparaissent. Leur soutien se concentre principalement dans des domaines tels que l’éducation, la recherche, la promotion de la démocratie, les questions sociales, la protection de l’environnement, ainsi que l’art et la culture. Plus d’un milliard de francs suisses sont alloués chaque année par les 231 fondations regroupées au sein de l’Association Swiss Foundations. Cependant, jusqu’à récemment, les médias n’étaient pas les bénéficiaires privilégiés.

Bien qu’il existe des fondations ayant soutenu des journaux, comme la fondation Gottlieb et Hans Vogt jusqu’en 2009 avec la « Solothurner Zeitung », ou la fondation qui soutient le « Corriere del Ticino », ces dernières étaient davantage focalisées sur leurs propres publications sans s’engager dans le journalisme au sens large.

Beatrice Oeri : soutien au jazz et aux médias

Toutefois, un changement s’est opéré au cours des quinze dernières années. La fondation Gottlieb et Hans Vogt a commencé à investir ses revenus dans des projets journalistiques. De même, la fondation Reinhardt von Graffenried, créée en 2009, finance la couverture journalistique et la photographie de presse, notamment par le biais du Swiss Press Award.

La fondation Gebert-Rüf, à Bâle, a lancé en 2009 un partenariat pour financer une page scientifique dans le journal gratuit « 20 Minutes ». En réponse à l’arrivée soudaine de Christoph Blocher dans « Basler Zeitung », la fondation pour la diversité médiatique a vu le jour en 2011 à Bâle pour financer la « Tageswoche », avec des fonds initialement fournis par Beatrice Oeri, qui soutient principalement des projets liés au jazz.

La promotion de la diversité médiatique a pris de l’importance, comme en témoigne la création en 2015 de la fondation pour la liberté d’opinion et la diversité des médias. Plus récemment, en 2021, la fondation Aventinus à Genève a repris le quotidien « Le Temps » tout en soutenant d’autres initiatives journalistiques.

Réseaux sociaux et Internet : des moteurs d’engagement

En 2023, 25 fondations suisses soutenaient l’exposition itinérante « À la recherche de la vérité : nous et le journalisme ». Actuellement en tournée, elle fait halte à Bâle et à Zoug. En 2024, le Media Forward Fund a été créé pour encourager la diversité médiatique en Allemagne, en Autriche et en Suisse, avec la participation de plusieurs fondations américaines, allemandes et suisses.

Ce fonds a déjà soutenu dix initiatives, dont des médias en ligne suisses tels que « Bajour ». En 2025, l’Innovation Fund, existant depuis deux ans, a été élargi. Avec un budget de 1,5 million de francs, il soutient des projets novateurs en journalisme multimédia et a déjà approuvé seize projets, dont ceux de NZZ, CH Media et « République ».

Qu’est-ce qui a provoqué cette évolution ? Des décennies durant, on était convaincu que le journalisme se portait bien, grâce aux revenus publicitaires pour les médias privés et aux contributions pour le service public. Toutefois, la crise médiatique causée par l’essor d’Internet et des réseaux sociaux, ainsi que par le rôle avide des grandes plateformes technologiques, a entraîné un effondrement des revenus publicitaires pour les médias traditionnels. Cela a provoqué un décalage dans le discours, révèle Marco Vencato, directeur adjoint de la fondation Gebert-Rüf, soulignant que les fondations ont finalement pris conscience de l’importance des médias pour la démocratie.

Riccardo Ramacci de la fondation Mercator Suisse, responsable des programmes médias, partage cette vision. Selon lui, les médias constituent un élément essentiel de la démocratie. Les fondations ont donc un rôle complémentaire à jouer dans ce soutien, et leur engagement est, au fond, une responsabilité sociétale. « Nous n’avons pas de solutions définitives à cette crise, mais nous souhaitons contribuer à la trouver », déclare Ramacci.

Les fondations ne sauveront pas les médias

Les approches des différents programmes de financement varient légèrement. Le Media Forward Fund soutient les médias existants en difficulté et favorise leur développement pendant deux ans. Le fonds d’innovation, quant à lui, finance des projets axés sur la collaboration entre médias, design et technologie.

« L’objectif est de promouvoir l’innovation au sein des entreprises médiatiques », précise Marco Vencato, qui souligne l’importance de partager les résultats et les savoir-faire des projets pour en faire bénéficier l’ensemble du journalisme suisse.

Ainsi, les fondations suisses sont devenues des acteurs majeurs dans le domaine du soutien au journalisme, misant sur l’évolution et l’innovation. Cependant, elles ne représentent pas une solution miracle, ni un remède à tous les problèmes. Elles ne remplacent pas les éditeurs, les revenus publicitaires ou les subventions de l’État. Et leur soutien peut aussi être temporaire, puisque leurs ressources sont limitées. Néanmoins, leur aide actuelle s’avère précieuse pour le journalisme.

Points à retenir

  • On compte environ 14 000 fondations en Suisse, avec une participation croissante au financement de projets médiatiques.
  • Des initiatives notables comme le Swiss Press Award et le Media Forward Fund soutiennent la diversité médiatique et l’innovation.
  • La crise des médias a incité les fondations à reconnaître l’importance d’un journalisme fort pour la démocratie.
  • Bien que les fondations contribuent significativement, elles ne sauraient remplacer les modèles économiques traditionnels des médias.
  • Le partage des connaissances et des projets est essentiel pour assurer un bénéfice collectif au secteur médiatique.

En réfléchissant à la place des fondations dans l’univers médiatique, je m’interroge sur la pérennité de ce soutien. Dans un monde où les défis pour le journalisme se multiplient, il devient crucial d’explorer des modèles viables qui allient innovation, engagement sociétal et viabilité économique. Comment ces initiatives pourraient-elles évoluer pour garantir un futur solide pour nos médias ? La parole est à chacun d’entre nous pour en débattre et partager nos réflexions.


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