
La Grèce envisage un contrôle d’âge basé sur la langue et les données de localisation, ce qui nécessite une surveillance de tous les citoyens, et pas seulement des jeunes.
Déjà l’an dernier, la Grèce avait annoncé son intention d’adopter le modèle australien interdisant l’accès aux réseaux sociaux pour les enfants et adolescents. La gouvernement d’Athènes passe maintenant à l’étape suivante avec une proposition de loi qui sera soumise au parlement.
En Allemagne, la demande d’une limite d’âge pour l’accès aux médias sociaux commence également à gagner du terrain. Mais est-ce réellement judicieux ? Quelles libertés pour tous les utilisateurs seraient réduites ? Et cette mesure est-elle vraiment sécurisante ?
Le modèle australien et ses limites
Depuis le 10 décembre 2025, les jeunes Australiens ne peuvent créer un compte sur Instagram, TikTok, YouTube ou Reddit qu’à partir de 16 ans. Ils peuvent seulement consulter les contenus accessibles sans connexion, à moins d’utiliser un VPN pour contourner les restrictions. Par conséquent, une telle interdiction n’est efficace que si elle est difficile à contourner.
La proposition de loi grecque : restriction à partir de 15 ans
La Grèce, cherchant à renforcer ses contrôles, propose d’introduire des critères tels que l’utilisation systématique de la langue grecque pour identifier les utilisateurs originaires de ce pays. Les enfants de moins de 15 ans seraient exclus des réseaux sociaux.
Le gouvernement cible principalement les plateformes sociales qui présentent des risques élevés de dépendance, en se basant sur l’existence de flux algorithmiques qui incitent à un défilement sans fin.
Les caractéristiques de ces plateformes incluent des mécanismes d’interaction continue tels que des « likes », des vidéos courtes ou des « stories », présents sur Facebook, Instagram, TikTok, et d’autres.
En résumé, toutes les plateformes qui encouragent ce que l’on appelle le « doom-scrolling » ne devraient pas être accessibles aux utilisateurs plus jeunes. Des rapports dans les médias grecs évoquent que la loi ciblerait toutes les plateformes sociales existantes et futures dépassant 100 000 utilisateurs.
Doom-scrolling : l’exploitation de notre instinct primitif
Le « doom-scrolling » désigne la consommation obsessive de nouvelles négatives ou de sujets controversés sur des appareils numériques, avec des contenus désastreux obtenant une meilleure visibilité algorithmique. Les concepteurs de ces plateformes exploitent un instinct humain fondamental, poussant les utilisateurs à scroller indéfiniment dans une timeline remplie d’informations adaptés à leurs intérêts, renforçant ainsi leurs peurs et leur stress.
Cette dynamique peut mener à de l’anxiété, des dépressions, et une addiction à la consommation de médias sociaux, créant un cycle néfaste dont l’une des conséquences pourrait être l’obésité, lié à un mode de vie sédentaire prolongé devant un écran.
Mitsotakis met la protection de la jeunesse au centre de ses préoccupations
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a élevé la protection de la jeunesse face aux médias sociaux comme une priorité depuis une allocution devant l’ONU. Le gouvernement propose déjà un guide aux parents pour les aider à encadrer le temps d’écran de leurs enfants.
Le site parco.gov.gr offre des conseils et des instructions pour installer des logiciels de contrôle parental, tels que Family Link.
Les plans de Mitsotakis incluent également les adolescents âgés de 16 à 18 ans, qui devraient avoir une interdiction d’utilisation la nuit, envisagée de minuit à six heures du matin, ainsi que l’impossibilité de recevoir des messages d’inconnus.
Contrôle parental et vérification d’âge
Contrairement à l’Australie, où les opérateurs de réseaux sociaux contrôlent l’accès, le gouvernement grec souhaite intervenir indépendamment des plateformes au niveau des appareils eux-mêmes. Les parents seraient tenus d’installer une application de vérification d’âge appelée « Kids Wallet ». Cette application permettrait également de bloquer l’accès à certains sites, comme ceux à caractère alcoolique ou tabac.
Les révélations indiquent que des sanctions financières pourraient être imposées aux plateformes refusant d’intégrer ces restrictions selon qu’elles ont des installations en Grèce.
Contournement par VPN : comment la Grèce prévoit de boucher les failles
Que se passe-t-il si les jeunes Grecs utilisent des VPN comme leurs homologues australiens ? Le gouvernement prévoit des mécanismes de contrôle intelligents, basés sur la vérification des données de localisation, le profilage linguistique et l’historique de connexion aux réseaux des opérateurs locaux.
Vérification d’âge pour tous : vers une obligation de surveillance ?
Il reste toge la question de savoir si l’extension de la mesure de vérification des données de localisation et de l’âge pourrait s’imposer à l’ensemble de la population. La Grèce croit que son projet recueille un large soutien public.
Les observateurs soulignent également que la discussion autour d’un âge minimal pour l’accès aux réseaux sociaux ne répond pas à tous les problèmes de sécurité, en éludant le fait que les risques persistent même au-delà de cet âge.
Le dilemme fondamental : qui protège qui ?
Ceux qui plaident pour un âge minimal semblent d’accord sur un point : la société doit protéger toutes ses classes d’âge. Mais comment aborder le dilemme posé par les médias sociaux de manière compréhensible ? Est-il réaliste d’attendre des générations plus âgées qu’elles mènent cette lutte, alors qu’elles ont grandi sans ces technologies ? Qui est véritablement apte à sécuriser les populations vulnérables face à ces défis numériques ?
La nécessité de prendre en compte la responsabilité des plateformes pour leurs algorithmes devient incontournable. À travers cette question, un débat plus large se profile sur l’équilibre entre protection et liberté d’accès.
Points à retenir
- La Grèce propose d’introduire des restrictions d’âge pour accéder aux réseaux sociaux.
- Le modèle australien est critiqué pour sa capacité à être contourné par des VPN.
- Le « doom-scrolling » est un phénomène où les utilisateurs consomment de manière obsessionnelle des contenus négatifs.
- Le gouvernement prévoit un contrôle parental strict via l’application « Kids Wallet ».
- Il reste des questions sur l’impact de ces mesures et leur efficacité réelle à long terme.
Poursuivre la réflexion sur la protection des jeunes face aux médias sociaux soulève des questions existentielles. Quelles limites devrions-nous imposer à notre accès à l’information et à la connectivité ? Dans une société connecté, il est impératif de questionner les implications éthiques de chaque décision prise par les gouvernements et les plateformes.