Prato, le 14 septembre 2026 – Mathématiques, musique et écriture. Voici les passions de Mattia Cavicchi, un Pratese vivant en France depuis douze ans, un pays reconnu pour l’excellence de ses études mathématiques. Spécialisé en géométrie algébrique, il occupe depuis septembre 2024 le poste de Professeur associé de Mathématiques à l’Université de Bourgogne à Dijon. Ce rôle prestigieux s’accompagne de ses intérêts humanistes, tout en conservant un œil critique sur sa ville natale.
Quand est née votre passion pour les mathématiques ?
“Au lycée Copernico, pendant mon cycle secondaire, j’ai commencé à apprécier la beauté des mathématiques théoriques. Un passage par le campus de la Normale de Pise à San Miniato et les premières leçons au Dini à Florence m’ont convaincu. Mes enseignants méritent le crédit : ils ne réduisaient pas la matière à une simple liste de règles à appliquer, mais la présentaient comme une discipline fascinante et même ludique. Une véritable gymnastique pour l’esprit”.
Qu’est-ce qui a motivé votre choix de la France ?
“En septembre 2014, grâce à une bourse qui m’a permis de poursuivre ma dernière année de master à Paris. Quelques semaines après mon départ, je suis revenu à Prato pour recevoir le Prix Bardazzi pour ma thèse de licence. Depuis, je suis resté en France, entre le doctorat, le post-doctorat, et aujourd’hui pour ma chaire à Dijon.”

Quel est votre domaine d’activité ?
“J’enseigne dans des cursus de licence et de master en Mathématiques et j’encadre pour la première fois deux doctorants. En parallèle, je poursuis mes recherches en géométrie algébrique, notamment sur la théorie des motifs.”
En quoi cela consiste-t-il ?
“La géométrie algébrique est mon sujet de prédilection depuis ma thèse de licence : elle permet de comprendre des objets géométriques appelés variétés algébriques, qui constituent un univers encore largement inexploré, mais déjà applicable en statistiques, robotique, biologie et physique théorique. Sans compter les implications futures que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd’hui. La théorie des motifs, formulée par le grand mathématicien Alexander Grothendieck, permet, par exemple, de décomposer les variétés algébriques en éléments plus simples, qui, une fois recomposés, génèrent des structures nouvelles ou déjà connues. Un peu comme des Lego.”
En tant que professeur à Dijon, quelles différences observez-vous entre les deux systèmes universitaires ?
“En Italie, bien que le financement des universités soit constamment en baisse, le niveau moyen des étudiants reste solide. En France, la recherche est de premier plan, mais l’enseignement est souvent plus faible dans les facultés non sélectives. Le programme d’une licence à Dijon pourrait être réalisé en un an et demi en Italie, avec davantage de profondeur.”
Pensez-vous revenir un jour en Italie ?
“Je ne l’exclus pas, mais pour le moment ce n’est pas prévu. Pour moi, la France a été une opportunité, pas une fuite : il est essentiel d’avoir un échange international dans la recherche.”
Comment percevez-vous Prato depuis l’étranger ?
“Je reviens souvent en ville et suis son évolution. C’est un lieu stimulant, notamment pour l’interaction avec la communauté chinoise. Contrairement à Florence, qui s’est transformée en parc à thème touristique, Prato valorise son patrimoine culturel sans perdre son identité. De plus, la ville a toujours eu un lien fort avec la musique.”
À propos de musique, la base reste mathématique…
“Ma première passion est l’écriture, mais j’ai aussi un grand amour pour la musique. Il existe un lien philosophique profond entre les nombres et les notes : ce sont des langages universels qui, derrière des règles strictes, cachent une immense créativité. Avec douze notes – déterminées pour des raisons mathématiques – nous créons des mondes infinis, tout comme avec les nombres. Si les mathématiques étaient enseignées comme la musique, personne ne poserait la question de leur utilité. J’en ai discuté à Prato au Lycée Musical “Rodari” avec le professeur Scalise et au Rotary avec le Maestro Alberto Batisti : c’est un parcours de vulgarisation que je souhaite continuer à développer.”
Points à retenir
- Mattia Cavicchi vit en France depuis douze ans.
- Il a été inspiré par des enseignants qui ont su rendre les mathématiques accessibles.
- Sa recherche se concentre sur la géométrie algébrique et la théorie des motifs.
- Il souligne les différences pédagogiques entre les systèmes français et italiens.
- Le lien entre musique et mathématiques mérite d’être exploré davantage.
À travers ce portrait, on découvre un homme passionné par les mathématiques et les arts, qui oscille entre la rigueur scientifique et la créativité. Cela me pousse à réfléchir sur la façon dont nous valorisons les disciplines STEM dans notre éducation, et comment ces matières peuvent interagir avec des domaines plus humanistes. Quel avenir pour cette synergie créative ? C’est une question qui mérite d’être débattue et approfondie ensemble.
