Selon les résultats récents de l’index Nature, l’Université Harvard est désormais la seule institution américaine à figurer dans le top dix des organisations de recherche, en termes de contributions aux revues scientifiques de renom. Elle occupe la seconde place, mais reste largement derrière l’Académie chinoise des sciences (CAS), qui a pris une avance considérable.
L’index évalue la production de recherche dans certaines revues des sciences naturelles et de la santé, en utilisant un indicateur appelé “Share”. Un article est comptabilisé comme une unité de crédit, répartie parmi les institutions en fonction des auteurs. Les totaux annuels fournissent une mesure de la contribution d’une université ou d’une organisation de recherche aux revues suivies par l’index. Bien que cela ne représente pas la totalité de la science mondiale, c’est un outil utile pour comparer les positions respectives.

Un élément frappant du classement de 2025 est la domination indéniable des institutions chinoises. L’Académie chinoise des sciences affiche un Share de 2,776 pour 2024, tandis qu’Harvard n’atteint même pas la moitié de ce chiffre avec 1,155. Huit des dix premiers établissements sont chinois. Sur les cinquante premières places, vingt-six sont chinoises, et elles détiennent collectivement près de 60 % du Share total. Des noms qui étaient auparavant peu cités dans les discussions scientifiques mondiales, tels que l’Université de Zhejiang, Nanjing ou Sun Yat-sen, se hissent désormais aux côtés de Peking, Tsinghua, et de l’Université des sciences et technologies de Chine. Le pays a considérablement développé son éducation STEM, construit une vaste infrastructure de recherche, et accroît la production de doctorats depuis deux décennies. Le résultat ne se traduit pas seulement par un plus grand nombre d’articles, mais aussi par un effet de réseau où les chercheurs et les laboratoires s’appuient mutuellement, augmentant à la fois la quantité et la qualité de la recherche.

Les États-Unis sont toujours présents dans les chiffres, mais le paysage a changé. Stanford, MIT, UC Berkeley et UC San Diego figurent toujours parmi les cinquante premiers, mais seul Harvard a réussi à conserver une place parmi le top dix. En termes relatifs, l’écart se creuse. Les raisons sont limpides. Les universités publiques ont été sous-financées par rapport à leurs homologues à l’étranger. Les dépenses fédérales en recherche ont crû lentement, et dans certains cas ont été purement et simplement réduites. Les restrictions à l’immigration ont rendu plus difficile la contribution des étudiants et chercheurs étrangers, malgré l’historique enrichissant qu’a connu les États-Unis grâce à des talents mondiaux. L’environnement politique s’est récemment montré ouvertement hostile à l’égard de l’enseignement supérieur. Le gouvernement Trump a réduit les budgets de recherche fédéraux, attaqué les universités et ciblé les agences scientifiques avec des baisses de financement et des purges de direction. Cela ne crée pas un climat de confiance pour les chercheurs nationaux ou les universitaires internationaux qui décident où bâtir leur carrière.
L’Europe a su maintenir une certaine stabilité, bien que sans atteindre les sommets. La Société Max Planck et l’Association Helmholtz en Allemagne, le CNRS en France, ainsi que les universités d’Oxford, de Cambridge, de Manchester et d’Édimbourg en Grande-Bretagne figurent toujours parmi les cinquante premières. Les institutions européennes ne connaissent pas une croissance de leur Share aussi rapide que celles de la Chine, mais elles ne s’effondrent pas non plus. Elles bénéficient d’un mélange de traditions scientifiques anciennes, de financement public et d’écosystèmes de recherche stables. Leur défi réside dans la fragmentation. Contrairement à la poussée centralisée de la Chine ou aux programmes nationaux de recherche historiques des États-Unis, la science européenne est éparpillée sur plusieurs pays avec des politiques variées. Cela réduit la capacité d’agir rapidement à grande échelle.
La région Asie-Pacifique plus large, au-delà de la Chine, se distingue également. Les universités de Tokyo, de Kyoto et de Nagoya au Japon, l’Université nationale de Séoul en Corée du Sud, ainsi que celles de Melbourne et du Queensland en Australie restent pertinentes à l’échelle mondiale. L’Université technologique de Nanyang à Singapour est également dans le coup. Bien que ces institutions contribuent à une recherche importante, elles représentent collectivement une part plus petite du total. À noter que, bien que Nature ait listé les institutions de Hong Kong séparément de celles de la Chine, celles-ci sont comptées avec la Chine dans cette analyse.
L’Université des sciences et technologies du roi Abdullah d’Arabie Saoudite apparaît au cinquantième rang, reflet d’un investissement ciblé dans la recherche dans le cadre de plans de diversification économique. Je suis également ravi de voir ma propre alma mater, l’Université de Toronto, se faire mentionner.
Les implications stratégiques de ces évolutions sont significatives. L’endroit où la science de pointe se développe influence l’origine des percées technologiques, façonnant à leur tour l’influence économique et géopolitique mondiale. Au XXe siècle, les États-Unis ont dominé tant en production scientifique qu’en innovation technologique. Ce leadership est désormais contesté. La dominance de la Chine dans l’index Nature n’est pas qu’une série de chiffres. Elle illustre où se font les découvertes et où les talents mondiaux choisiront peut-être de se concentrer à l’avenir. Pour les États-Unis, un retrait du financement et du soutien aux universités et aux agences de recherche risque de grignoter son écosystème d’innovation. Pour l’Europe, agir de manière désordonnée risque de céder davantage de terrain à la fois à la Chine et aux États-Unis.
Dans mes récents écrits sur le traitement des recherches et des universités par l’administration Trump, j’ai établi des parallèles avec des moments historiques où des gouvernements se sont retournés contre leurs propres institutions de connaissance. J’ai soutenu que les réductions budgétaires, les purges idéologiques et l’hostilité publique envers l’enseignement supérieur rappellent la Révolution culturelle de Mao, à l’intention de réprimer l’expertise et d’imposer la conformité. Le démantèlement délibéré des programmes à la NASA, à la NOAA et à l’EPA rappelle les autodafés et les scientifiques chassés de leurs postes sous des régimes autoritaires. Ce que nous observons n’est pas un accident de priorités budgétaires, mais une attaque contre l’infrastructure même qui soutient l’innovation et la prospérité. En ciblant les universités et les agences fédérales de recherche, les États-Unis empruntent une voie déjà empruntée par le passé, toujours avec le même résultat : une capacité diminuée à créer, à concurrencer et à diriger.
L’index Nature n’est pas un outil parfait. Il couvre un ensemble de revues sélectionnées et se concentre uniquement sur les sciences naturelles et la santé. Il n’inclut pas l’ingénierie, la recherche appliquée ou les sciences sociales. Cependant, les tendances qu’il révèle sont trop claires pour être ignorées. La Chine investit dans la science fondamentale à une échelle sans précédent. Les États-Unis continuent de produire une recherche de premier plan mais perdent du terrain relatif. L’Europe reste stable mais fragmentée. Le reste de la région Asie-Pacifique se maintient avec des parts plus petites. Les pays qui investissent dans la science récoltent des retours à la fois académiques et industriels, tandis que ceux qui se retirent risquent leur compétitivité à long terme.
La position d’Harvard en seconde place symbolise ce qui était autrefois une large domination américaine. Elle se retrouve désormais en marge d’une liste dominée par des institutions chinoises. L’avenir du leadership mondial en matière de recherche dépendra des choix politiques envisagés dans la prochaine décennie. Si la Chine continue d’accroître son engagement envers la recherche et l’éducation, tandis que les États-Unis et d’autres poursuivent leurs coupes, la réorganisation pourrait devenir permanente. Le monde observe attentivement où se font les découvertes et où la prochaine génération de scientifiques sera formée. Ces chiffres suggèrent que l’équilibre a déjà basculé et pourrait continuer à évoluer.
Notre Opinion Tech
En examinant cette dynamique, il est essentiel de considérer que le paysage de la recherche scientifique est en constante évolution. La montée en puissance des institutions chinoises pose des questions essentielles sur l’innovation et la collaboration internationale. Il est probable que les pays investissant de manière stratégique dans la recherche remarquent non seulement une amélioration de leur rayonnement académique, mais aussi des retombées industrielles bénéfiques. Adopter une approche proactive plutôt qu’attentiste pourrait être crucial pour les pays cherchant à maintenir leur compétitivité sur la scène mondiale.
Bon à savoir
Il est intéressant de noter que l’évolution du paysage académique pourrait influencer non seulement la recherche fondamentale, mais aussi les domaines d’application comme la technologie environnementale, la santé publique et l’ingénierie. Rester attentif aux tendances d’investissement dans ces secteurs pourrait offrir des perspectives prometteuses pour l’avenir.