
La position de la Grande-Bretagne en tant que leader mondial dans les secteurs pharmaceutique et des sciences de la vie a considérablement diminué ces dernières années, selon un nouveau rapport de l’industrie.
Le récent rapport de l’Association des Industries Pharmaceutiques Britanniques (ABPI) sur la compétitivité pharmaceutique affirme que le Royaume-Uni a perdu des investissements dans trois domaines clés.
Ceci inclut la recherche et développement, la réalisation d’essais cliniques et l’investissement direct étranger, qui ont tous enregistré des baisses entre 2017 et 2023.
Les investissements en R&D pharmaceutique ont chuté de près de 100 millions de livres sterling en 2023, précise l’association. Cependant, elle note que les problèmes avaient commencé trois ans plus tôt, en 2020, lorsque la croissance annuelle avait diminué à 1,9%, bien en deçà de la moyenne mondiale de 6,6%.
Dans le même temps, l’investissement direct étranger dans les sciences de la vie au Royaume-Uni a chuté de près de 60% durant la période analysée, passant de 1,893 milliard à 795 millions de livres sterling, faisant chuter le classement du pays parmi ses concurrents, de la 2ème à la 7ème place.
Le classement de la Grande-Bretagne en matière d’essais cliniques commerciaux a affiché une tendance à la baisse, bien que des améliorations aient été observées en 2023.
Richard Torbett, directeur général de l’ABPI, a indiqué que ces problèmes de performance résultent d’un manque de compétitivité, en dépit du fait que le Royaume-Uni possède une “base scientifique de classe mondiale” et le potentiel de diriger le développement de nouveaux médicaments et vaccins.
“Sans un environnement plus compétitif pour l’investissement, nous risquons de perdre face à d’autres pays qui prennent des initiatives audacieuses pour attirer des investissements mobiles à l’international,” a-t-il prévenu.
“Réalisons ce potentiel en collaborant avec le gouvernement pour éliminer les barrières existantes et en exploitant nos forces inexploitées. Nous devons d’abord créer un environnement commercial qui récompense équitablement l’innovation pharmaceutique et en fait bénéficier rapidement les patients britanniques.”
Ses commentaires interviennent alors que deux grandes marques pharmaceutiques mondiales ont annoncé une suspension de leurs projets d’investissement à Cambridge et à Londres.
AstraZeneca a déclaré qu’elle suspendait son investissement de 200 millions de livres à Cambridge, affectant ainsi la création de 1 000 emplois dans la région. Un deuxième projet basé à Liverpool a été annulé au début de l’année.
La société américaine Merck a également mis un terme la semaine dernière à ce qui aurait été une expansion de 1 milliard de livres au King’s Cross à Londres.
Les critiques de l’ABPI ont été appuyées par Rosalind Gill, directrice des politiques, de l’analyse et des affaires externes au National Centre for Universities and Business (NCUB).
“La pause d’AstraZeneca à Cambridge, après l’annulation de son investissement de 450 millions de livres dans les vaccins, envoie un autre signal d’alarme concernant la capacité du Royaume-Uni à rivaliser pour attirer des investissements mondiaux dans les sciences de la vie. Avec Merck qui abandonne également son centre de découverte de 1 milliard de livres, la Grande-Bretagne risque de perdre des positions dans un secteur où elle devrait être leader,” a-t-elle déclaré.
“Le Royaume-Uni dispose d’une science de classe mondiale, mais trop souvent cette force ne se traduit pas par la confiance des entreprises et l’investissement. Les dépenses R&D des entreprises ont chuté à 50 milliards de livres en 2023, soit 6% de moins en termes réels par rapport à 2021, tandis que d’autres pays continuent d’avancer.”
Alors que la décision de Merck coïncide avec la pression du gouvernement américain pour que les entreprises basées aux États-Unis investissent davantage dans le secteur domestique, le rapport de l’ABPI cite plusieurs domaines contribuant à la faiblesse compétitive des sciences de la vie au Royaume-Uni.
En particulier, il mentionne :
- Un faible investissement national dans les médicaments, le Royaume-Uni n’allouant que 9 % de ses dépenses de santé, contre 14 % en Allemagne, 17 % en Espagne et 20 % au Japon.
- Un accès difficile des patients aux nouveaux médicaments.
- Des taux de remboursement élevés concernant les nouveaux médicaments – 23,5 % comparés à 7 % en Allemagne et 5,7 % en France.
- Une réalisation des essais cliniques en decline.
En contrepartie, l’ABPI a souligné la force du pays en matière d’institutions académiques, d’infrastructure de recherche, de dépenses R&D publiques et caritatives, ainsi que son rôle de leader dans la biotechnologie européenne.
De plus, les ressources “non réalisées” du Royaume-Uni comprennent des données de santé et de l’innovation en intelligence artificielle, des thérapies avancées, ainsi que des améliorations récentes de la réglementation pharmaceutique.
Rosalind Gill du NCUB a également cité des “points lumineux” d’investissement, incluant l’engagement de BioNTech de 1 milliard de livres sur dix ans pour développer la recherche au Royaume-Uni, l’investissement d’Unilever de 80 millions de livres dans la R&D sur les parfums à Port Sunlight, et les projets de Vishay pour investir 250 millions de livres dans des semi-conducteurs à Newport, au Pays de Galles.
Crédit photo : Shutterstock (Alpha Tauri 3D Graphics)
Notre Opinion Tech
Le constat de l’ABPI met en lumière un défi majeur pour le Royaume-Uni, qui, bien que possédant un potentiel significatif dans les sciences de la vie, est confronté à des obstacles structurels et réglementaires. Dans un monde où l’innovation est souvent le moteur de la compétitivité, il est impératif que l’industrie et le gouvernement collaborent pour redéfinir les standards d’investissement, tout en garantissant un accès rapide aux nouvelles thérapies pour les patients. En adoptant une approche pro-active visant à stimuler la confiance des entreprises, le Royaume-Uni pourrait très bien renouer avec sa réputation de leader dans ce secteur vital.
Bon à savoir
Pour les professionnels et entreprises intéressés par le secteur, les investissements étrangers représentent une occasion d’accélérer le développement de solutions innovantes et d’améliorer l’accès aux traitements. Suivre les tendances du marché et se tenir informé des initiatives gouvernementales peut s’avérer crucial pour s’adapter à ce paysage en mutation.