Commençons cette semaine avec une étonnante coïncidence statistique : Lewis Hamilton, détenteur de 105 victoires en Grand Prix de Formule 1, est de loin le pilote britannique le plus titré, et même le pilote le plus victorieux de toute l’histoire du sport automobile en F1. Fait surprenant, ce chiffre correspond exactement à la somme des victoires combinées des quatre pilotes britanniques suivants les plus couronnés : Nigel Mansell (31), Jackie Stewart (27), Jim Clark (25) et Damon Hill (22). Faites le calcul, ou plutôt le calcul à l’anglaise.
Quatre de ces cinq pilotes – Clark, Stewart, Mansell et Hamilton – sont souvent cités parmi les plus grands de tous les temps par les experts, journalistes et passionnés de Formule 1, et à juste titre. Quant à Damon Hill, s’il bénéficie d’un grand respect, il est généralement classé un peu en retrait, aux côtés d’autres champions du monde tels que Giuseppe Farina, Jenson Button ou Nico Rosberg, qui ne suscitent pas toujours la même admiration.
Cette liste pourrait-elle représenter le top 10 injustement sous-estimé de la F1 ? Cela mériterait une étude approfondie, voire un livre. Aujourd’hui, concentrons-nous sur Damon Hill, champion du monde 1996, dont la carrière illustre parfaitement la ténacité et le talent britannique.

Fils de Graham Hill, légende du sport automobile multi-titrée, Damon a vu sa destinée bouleversée à 15 ans par la mort tragique de son père dans un accident d’avion. Privé brutalement de son père adoré, lui et sa famille se retrouvèrent aussi dans une situation financière précaire, conséquence des soucis économiques laissés par Graham Hill à son décès.
Cette épreuve a profondément marqué Damon, qui s’éloigna alors des circuits automobiles pour se tourner vers la moto, qu’il pratiqua à haut niveau tout en exerçant le métier de coursier à moto à Londres. Curieusement, il n’a jamais fait de karting dans sa jeunesse et n’a débuté en course automobile qu’à plus de vingt ans. Un parcours atypique dans un sport où la carrière se construit généralement dès l’enfance, et en plus sans moyens financiers.
Sa persévérance finit par payer. Après avoir emprunté de l’argent et décroché quelques sponsors, il se fit remarquer en terminant troisième du championnat britannique de Formule 3 en 1988, avec des victoires à Thruxton et Silverstone. Il enchaîna ensuite avec diverses courses en voitures de tourisme et en Formule 3000, mais c’est son entrée chez Williams comme pilote essayeur en 1991 qui lui permit de franchir un palier décisif.

Sa première saison complète en Formule 1 fut en 1993 chez Williams, à 32 ans – un âge avancé dans ce sport. Il partageait le garage avec Alain Prost, triple champion du monde : un sacré mentor pour un débutant. Prost remporta sept victoires et le championnat cette année-là, tandis que Hill s’imposa à trois reprises, réalisant ses débuts avec un talent reconnu, malgré une certaine malchance.
En 1994, suite au départ de Prost, Hill devait courir aux côtés d’Ayrton Senna tragiquement disparu à Imola après seulement trois courses. Ces événements tragiques ont marqué durablement la saison et la carrière de Damon, qui sut néanmoins briller, en particulier avec quatre victoires après l’introduction de la version B de la Williams FW16, surpassant ses coéquipiers Nigel Mansell et David Coulthard.
Sa remontée est exemplaire : il gagna notamment sous la pluie à Suzuka en battant Michael Schumacher dans une lutte acharnée, avant de finalement se voir dérober le titre 1994 à Adelaide à cause d’un accrochage controversé avec Schumacher. En 1995, sa régularité diminua, mais il remporta quand même quatre Grands Prix, finissant deuxième du championnat. Cette performance n’eut cependant pas toujours le soutien complet de ses dirigeants chez Williams, souvent très exigeants.

Mais en 1996, tout bascula enfin pour Damon, qui remporta huit Grands Prix pour décrocher le sacre mondial tant attendu. Cette réussite éclatante fut pourtant ombragée : à mi-saison, il apprit par la presse qu’il ne serait pas reconduit chez Williams l’année suivante. En 1997 et 1998, il courut pour des écuries moins prestigieuses, Arrows puis Jordan, obtenant malgré tout une victoire à Spa en 1998, avant de se retirer au terme de la saison 1999.
Plus tard, lors d’un entretien en 2005, il confia avec franchise : « J’ai gagné 22 Grands Prix et un championnat du monde. Désolé si ce n’est pas assez. » Cette déclaration traduit la dignité et la ténacité d’un pilote souvent sous-estimé, mais qui mérite pleinement sa place aux côtés des légendes britanniques comme Clark, Stewart, Mansell et Hamilton.

Damon Hill, homme réfléchi et passionné, incarne à merveille un autre visage du succès en Formule 1 : celui qui ne se mesure pas uniquement aux chiffres, mais aussi à la résilience face aux épreuves, à la constance et à l’élégance sur la piste. Son parcours atypique et son état d’esprit ont forgé une figure appréciée aussi bien par ses pairs que par les fans.
Au-delà de sa carrière sportive, Hill est aussi engagé dans des causes humanitaires, notamment en lien avec la trisomie 21, en raison de son fils Ollie. Cet aspect personnel ajoute une dimension touchante à l’image d’un pilote qui n’a jamais cessé d’afficher courage et intégrité.
Points à retenir
- Lewis Hamilton a remporté autant de Grands Prix que la somme des victoires de Mansell, Stewart, Clark et Hill réunis.
- Damon Hill a débuté la course automobile relativement tardivement et sans moyens financiers importants.
- Sa carrière a été marquée par des débuts difficiles, un apprentissage lent mais un résultat exceptionnel, culminant avec le titre mondial de 1996.
- Hill a dû faire face à la perte tragique de son père, Graham Hill, et à des difficultés financières familiales.
- Malgré un talent reconnu, il a souvent évolué dans l’ombre de coéquipiers plus médiatisés comme Prost ou Senna.
- Son honnêteté et son franc-parler montrent qu’un champion peut être humble tout en défendant ses mérites.
- Son engagement personnel autour de la trisomie 21 souligne sa dimension humaine au-delà du sport.
Au final, la carrière de Damon Hill force le respect : celle d’un homme qui, à force de persévérance et de passion, a su s’imposer dans un sport élitiste malgré un démarrage tardif et une pression immense. On pourrait presque croire que la Formule 1 est un mélange subtil de talent brut, de timing et d’intrigues – et Hill en a été l’un des protagonistes les plus attachants. Mais entre nous, si gagner un championnat ne suffit pas à satisfaire un champion du monde, imaginez un peu ce qu’il faudrait pour nous impressionner… Le championnat du Multivers ? En attendant, on n’a pas fini de débattre. Espérons que nos futurs héros auront autant de panache, histoire de continuer à égayer les paddocks et nos colonnes.