À Lima, les chauffeurs de taxi ne rendent plus la monnaie. Les conducteurs d’applications comme Uber ou Cabify n’ont pas de terminaux de paiement et préfèrent éviter les transactions en espèces. Ce qu’ils attendent de leurs clients, c’est qu’ils utilisent leur téléphone pour les payer via Yape, une application de portefeuille électronique. Cela se fait par le biais d’un code QR ou d’un numéro de mobile.
“70 % de mes paiements passent par Yape”, affirme Ronal Sarabia, un chauffeur utilisant l’application InDrive. “L’avantage, c’est que je ne reçois plus de faux billets, ce qui m’arrivait souvent la nuit”, explique-t-il. “C’est devenu essentiel car de nombreux passagers préfèrent ne pas payer en espèces et me demandent de me connecter à Yape”.
Que ce soit dans les petits commerces, les laveries, les bus ou même chez le dentiste, utiliser Yape est devenu la norme de paiement. Lancée en 2016, cette application compte désormais plus de 16 millions d’utilisateurs dans un pays de 17 millions d’actifs. Elle s’est également imposée en Bolivie, où plus de trois millions de personnes l’utilisent pour leurs achats.
Raimundo Morales, directeur général de Yape, n’est pas inquiet face à la concurrence de services similaires tels que Plin. “Notre véritable concurrent, c’est l’argent liquide”, déclare-t-il. Yape est une solution conçue pour capter les paiements en espèces, afin d’intégrer plus de personnes au système financier. À l’origine, seulement 2 à 3 % des paiements se faisaient par le biais de services financiers.
Actuellement, seulement six adultes sur dix au Pérou ont accès à un compte bancaire. Yape a permis à plus de cinq millions de personnes d’accéder à la banque. Le secteur a aussi fait des efforts, avec des comptes sans frais et des possibilités d’ouverture rapide en ligne ou via des automates. Malgré ces avancées, des obstacles persistent, notamment la forte informalité du marché de l’emploi, qui dépasse 70 %.
Contrairement à d’autres applications qui nécessitent d’être liées à une banque, Yape fonctionne de manière autonome. Bien que des clients du BCP, la plus grande banque du pays, puissent relier leur compte à Yape, 40 % des utilisateurs choisissent de s’inscrire simplement avec leur numéro de DNI. Cette indépendance a contribué à son succès.
Yape enregistre environ 66 transactions par jour et son nom est devenu un verbe courant au Pérou, désignant l’action de faire un paiement via l’application. Yape gère près de 11 milliards d’euros par mois, bien que certains, comme John Vásquez, préfèrent encore des transactions en espèces en raison de la fiscalisation potentielle.
Commissions et crédits
Les revenus principaux de Yape proviennent des commissions acquittées par les grandes surfaces et entreprises. En outre, avec un accès à des données financières, Yape peut octroyer des crédits à des conditions favorables, en particulier pour ceux qui n’avaient jamais eu accès à un prêt auparavant.
Yape prévoit que les prêts pourraient bientôt surpasser les commissions en tant que source de revenus, avec une rentabilité attendue au deuxième trimestre 2024. Ronal Sarabia fait part de son expérience, précisant qu’il utilise ces crédits en cas d’urgence, avec des remboursements rapides, une expérience qu’il n’aurait jamais eue dans une banque traditionnelle.
En somme, la solution Yape s’impose comme un acteur majeur des solutions de paiement et de crédit au Pérou, tout en observant la nécessité de garder une approche responsable pour éviter le surendettement de ses utilisateurs.
Points à retenir
- Yape est une application de paiement autonome, sans lien obligatoire avec une banque.
- Elle a réussi à capter un large public en facilitant l’accès à des services bancaires.
- Une majorité de transactions est désormais réalisée par voie numérique, réduisant l’utilisation d’espèces.
- La croissance des crédits octroyés pourrait bientôt surpasser celle des commissions perçues.
- Yape démontre un modèle économique viable tout en favorisant l’inclusion financière.
En tant que société, il est crucial de débattre des implications de cette transition vers le numérique et son impact sur les modes de paiement traditionnels. Yape illustre parfaitement la manière dont l’innovation peut faciliter l’inclusion et transformer les vies, mais elle soulève également des questions sur la gestion des finances et la dépendance accrue envers les technologies numériques.