mar. Juin 16th, 2026

Les enfants grandissent avec un écran entre les mains, mais au prix de leur enfance. Ils dorment moins, bougent moins et communiquent moins. Ils sont également plus anxieux et isolés. C’est le prix invisible de la vie numérique qui s’immisce trop tôt dans leur quotidien. La Société française de pédiatrie (SFP) tire la sonnette d’alarme et a récemment révisé ses recommandations concernant l’usage des technologies chez les jeunes : pas de smartphone personnel avant 13 ans, éviter un accès non surveillé à Internet et retarder le plus possible l’utilisation des réseaux sociaux et des jeux vidéo. Chaque année sans écran est, selon les pédiatres de la SFP, un investissement pour la santé mentale, émotionnelle, cognitive et relationnelle des enfants. Les chiffres sont éloquents : trente minutes supplémentaires devant un écran par jour peuvent doubler le risque de retards de langage avant deux ans; chaque heure de plus diminue le sommeil d’environ 15 minutes entre 3 et 5 ans; plus de 50 minutes passées quotidiennement devant un écran augmentent le risque d’hypertension pédiatrique et, même en maternelle, d’obésité.

Ces données proviennent d’une nouvelle revue systématique d’études internationales : plus de 6 800 recherches analysées, dont 78 retenues pour l’analyse finale. Ce travail est d’autant plus urgent à la suite de la pandémie, qui a accru l’exposition aux écrans à 4-6 heures par jour par rapport à l’époque pré-Covid. Les nouvelles directives de la SFP établissent un parcours éducatif partagé entre familles, écoles et professionnels : pas de dispositifs avant deux ans, moins d’une heure par jour entre deux et cinq ans, et moins de deux heures après cinq ans, toujours sous la surveillance d’un adulte. De plus, des règles claires sont encouragées : pas d’écrans à table ou avant de dormir, plus de sport, de jeux en plein air, de lecture et de créativité. «Le cerveau des enfants et des adolescents est en pleine construction», soulignent les pédiatres, «et une stimulation numérique précoce et prolongée peut perturber l’attention, l’apprentissage et la régulation émotionnelle». Un message reçu avec bienveillance dans notre région. «Depuis plus de dix ans, nous nous consacrons avec attention à l’aspect relationnel entre les enfants, les adolescents et leurs parents», déclare Luigi Greco, pédiatre et trésorier de l’Ordre des Médecins de Bergamo. «Nous observons les conséquences physiques d’un usage excessif des technologies, comme la myopie ou la réduction de l’activité physique pouvant mener à l’obésité». Le numérique, précise Greco, fait désormais partie de notre quotidien, mais il est essentiel de l’utiliser de manière éclairée, afin qu’il n’interfère pas dans les relations interpersonnelles.

L’Hyperconnexion

Il suffit d’observer des restaurants ou des moments sociaux : «Des situations censées favoriser le dialogue sont souvent perturbées par des dispositifs numériques». La relation, rappelle la Société française de pédiatrie, débute dès la petite enfance. «Le contact visuel pendant l’allaitement représente la première connexion entre la mère et l’enfant», ajoute Greco. «Laisser les plus petits livrés à eux-mêmes dans une sorte de place virtuelle les expose à des risques réels, comme le cyberharcèlement ou les prédateurs en ligne». En outre, s’habituer à des relations uniquement véhiculées par des plateformes numériques ou des jeux vidéo de plus en plus frénétiques peut accroître l’agressivité et l’isolement.

Les pédiatres s’inquiètent également de la normalisation de l’hyperconnexion : 89 % des adolescents dorment avec leur téléphone dans leur chambre, ce qui impacte directement la qualité du sommeil et la capacité de concentration durant la journée. Une consommation excessive d’écrans est par ailleurs liée à une hausse de l’anxiété, de la vulnérabilité émotionnelle et une perte d’estime de soi, particulièrement chez les filles, davantage exposées à la pression sociale et à la peur d’être exclues. Les risques pour la vue sont également présents, avec une augmentation de la myopie précoce et de la fatigue oculaire, exacerbées par un manque d’exposition à la lumière naturelle. «Chaque heure passée devant un écran», conclut Greco, «est une heure soustraite à l’expérience réelle : au jeu libre, au mouvement et aux interactions. La technologie ne doit pas être diaboliser, mais maîtrisée, en redonnant aux adultes un rôle de guide et de modèle éducatif. Nous avons besoin de pactes sociaux, d’objectifs partagés et de collaborations pour privilégier les contacts humains authentiques». Le pédiatre de famille joue également un rôle de premier plan.

Un monde de plus en plus numérisé

«Nous vivons dans un monde de plus en plus numérisé, qui doit être utilisé de manière consciente et responsable», souligne Anna Barabani, pédiatre à Bergamo, collaborant étroitement avec l’Asst Papa Giovanni XXIII. «Notre rôle est d’éduquer les parents pour que l’enfance reste centrée sur le jeu, la relation, le mouvement et la créativité». Protéger l’enfance nécessite des interventions précoces : «Plus on tarde à agir, plus il est compliqué de modifier des habitudes bien ancrées», précise la spécialiste. Internet, rappelle Barabani, «est un univers conçu pour les adultes».

C’est pourquoi les écoles, les centres de loisirs et les éducateurs jouent un rôle crucial dans l’éducation numérique. Mais tout commence par l’exemple des adultes : «Il n’existe pas de mauvais parents, juste des parents peu conscients. Si une mère allaite tout en regardant l’écran de son téléphone, cela impacte la relation avec l’enfant». Des études nord-européennes ont d’ailleurs montré un lien entre un usage excessif de la technologie et des difficultés d’apprentissage spécifiques ; en revanche, des outils simples comme des crayons de couleur, des jeux de construction et des jeux de société stimulent la créativité et le développement cognitif. Les pédiatres s’accordent à dire que le défi éducatif doit être mené de concert. «Intervenir uniquement à l’adolescence, autour de 12 ou 13 ans, est souvent trop tard», souligne la pédiatre. Un engagement communal entre familles, écoles et structures de santé est nécessaire pour redonner aux enfants le temps de s’ennuyer, de bouger, de jouer et de dormir. Car moins d’écrans aujourd’hui signifie plus de santé, de relations et d’avenir demain».

Points à retenir

  • Éviter l’exposition aux écrans pour les enfants de moins de 2 ans.
  • Limiter l’utilisation des écrans à moins d’une heure par jour entre 2 et 5 ans.
  • Encourager plus d’activités physiques et de jeux en extérieur.
  • Promouvoir une éducation numérique consciente pour les parents et les enfants.
  • Favoriser des interactions humaines authentiques plutôt que des communications numériques.

En tant que parent ou éducateur, il est impératif d’éveiller une conscience collective sur la gestion des écrans. La détermination à préserver la santé et le bien-être de nos enfants doit primer sur l’attrait des nouvelles technologies. Réinventer la relation avec le numérique, c’est envisager un avenir où le développement social et émotionnel de nos enfants est placé au premier plan.


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