ven. Juin 26th, 2026
Une vue d'une salle de classe avec des enfants concentrés sur des tablettes.
Quatre pays latino-américains disposent de lois nationales sur la réglementation des téléphones en milieu scolaire : le Brésil, le Chili, la Colombie et le Paraguay.

La réglementation de l’utilisation des téléphones portables dans les classes est passée d’une problématique isolée à une question centrale de l’agenda éducatif en Argentine et en Amérique Latine. Un rapport récent de l’Unesco souligne que l’interdiction ou la restriction ne suffit pas, à moins d’être accompagnée de politiques de citoyenneté numérique.

Bien que la majorité des pays privilégient des restrictions partielles plutôt que des interdictions totales, la tendance régionale montre une augmentation continue des lois et dispositions ministérielles visant à limiter la présence des téléphones en milieu scolaire. En Argentine, plusieurs juridictions ont déjà mis en place des réglementations propres.

Ce relevé a été réalisé par Roxana Morduchowicz, spécialiste de la communication et consultante pour l’Unesco sur les questions de citoyenneté numérique. L’étude a porté sur 12 pays d’Amérique Latine, dans le cadre de consultations avec des fonctionnaires techniques.

Actuellement, seuls quatre pays ont des lois nationales spécifiques concernant la réglementation des téléphones en milieu scolaire : Brésil, Chili, Colombie et Paraguay. D’autres pays, tels que l’Argentine et le Mexique, ont des lois sous-nationales, certains ont avancé grâce à des dispositions ministérielles, comme Équateur et El Salvador.

Contrairement à l’Europe, où les politiques d’interdiction sont plus strictes (comme en France, où l’utilisation est interdite durant toute la journée scolaire), l’Amérique Latine utilise principalement le principe de restriction. Cela signifie que l’utilisation des dispositifs est limitée dans certaines conditions, notamment en classe, mais il existe des exceptions pour des raisons pédagogiques, sanitaires ou d’urgence.

Les raisons qui poussent à ces régulations sont liées à la santé émotionnelle, la concentration et la vie scolaire.
Les raisons qui poussent à ces régulations sont liées à la santé émotionnelle, la concentration et la vie scolaire.

L’enquête montre que dans la plupart des pays, les restrictions se concentrent principalement sur le temps de classe, bien que dans certains cas, comme au Brésil ou au Chili, elles incluent également les récréations et d’autres espaces scolaires.

En Argentine, ces dernières années ont vu une forte expansion des normes provinciales. Au moins 11 juridictions, y compris CABA, la province de Buenos Aires et Santa Fe, ont déjà adopté des lois ou résolutions réglementant l’utilisation des téléphones dans les établissements éducatifs, avec des différences basées sur le niveau d’éducation, la portée et les modalités d’application. Certaines provinces mettent l’accent sur la primaire, d’autres sur la secondaire, tandis que certaines incluent d’autres technologies.

Les arguments en faveur de ces réglementations sont nombreux, mais le rapport souligne que les raisons liées à la santé émotionnelle, la concentration et la vie en communauté sont prédominantes. Parmi les principaux motifs, on trouve la nécessité de réduire les distractions, d’améliorer l’attention en classe, de prévenir le cyberharcèlement, de diminuer l’exposition excessive aux écrans et de favoriser des interactions en face à face entre les élèves. Des risques associés à des contenus numériques nuisibles, à des problèmes d’estime de soi et des difficultés de socialisation sont également mentionnés.

Dans de nombreux cas, les pays s’appuient sur les recommandations de pédiatres et d’organismes de santé internationaux, qui mettent en évidence l’impact d’une utilisation excessive des écrans, surtout sur la santé mentale et le bien-être des enfants et des adolescents.

Cependant, le rapport de l’Unesco souligne que ce débat est loin d’être clos. Il aborde aussi les arguments de ceux qui remettent en question l’efficacité de ces politiques. En effet, interdire les téléphones n’élimine pas automatiquement des problèmes tels que le harcèlement numérique, la désinformation, le grooming, les discours haineux ou la manipulation algorithmique. « Aucune réglementation ne pourra empêcher les élèves d’être exposés à de telles situations », affirme le rapport de Morduchowicz.

Le rapport propose de renforcer les politiques de citoyenneté numérique pour former des étudiants capables d'utiliser les technologies de manière critique.
Le rapport de l’UNESCO souligne la nécessité de renforcer les politiques de citoyenneté numérique.

De plus, une réglementation rigide pourrait avoir des conséquences non désirées, comme une plus grande vulnérabilité des élèves face aux risques numériques, en raison d’une formation inadéquate, ou encore une augmentation de l’utilisation des téléphones en dehors des heures scolaires comme compensation.

Il est également important de noter qu’en raison de la fracture numérique, le téléphone portable est souvent le seul dispositif disponible pour des activités pédagogiques, rendant une réglementation stricte susceptible de creuser les inégalités éducatives dans la région.

Au-delà des divergences d’opinion, le document met en avant une « troisième voie » : renforcer les politiques de citoyenneté numérique. Cela implique de passer de l’interdiction à la formation des élèves pour qu’ils puissent utiliser les technologies de manière critique, éthique et réfléchie.

« En dehors des réglementations, les enfants et les adolescents seront toujours exposés à des risques dans le monde numérique et auront besoin de compétences critiques pour comprendre et réfléchir sur leur fonctionnement, leur impact sur leur vie et comment tirer parti des opportunités qu’ils offrent », précise le texte.

Ainsi, l’Unesco estime que la réponse doit aller au-delà de la simple limitation des dispositifs. Elle préconise un enseignement visant à comprendre l’environnement digital. Selon cette approche, la citoyenneté numérique représente une politique publique constructive, non seulement pour réduire les risques, mais également pour développer des compétences adaptées à la vie numérique.

Points à retenir

  • La réglementation sur l’utilisation des téléphones en milieu scolaire est en forte évolution en Amérique Latine.
  • Seules quelques nations ont mis en place des lois nationales, tandis que d’autres adoptent des réglementations régionales.
  • Les raisons derrière ces régulations concernent surtout la santé mentale et la concentration des élèves.
  • Le rapport de l’Unesco insiste sur l’importance de la formation à la citoyenneté numérique.
  • La simple interdiction des téléphones ne suffit pas à résoudre des problèmes persistants tels que le cyberharcèlement.

En conclusion, il est primordial de réfléchir à l’impact des téléphones dans nos écoles. Avant de se diviser entre restrictions ou interdictions, je crois qu’il est plus judicieux d’orienter notre attention vers l’éducation numérique, seul moyen de préparer les jeunes à naviguer efficacement dans un monde de plus en plus digitalisé. Cela ne requiert pas seulement des réglementations, mais une véritable formation qui leur permettrait de tirer parti des outils numériques de façon éclairée et responsable.


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