mer. Juin 24th, 2026

Les idées exprimées dans cette section ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale de NODAL. Nous considérons qu’il est important de les connaître car elles contribuent à une vision globale de la région.

Emmline Toussaint *

La situation en Haïti est absolument imprévisible. Nous sommes dans un état de détresse permanent et je ne vois aucune lueur au bout du tunnel. Les gangs cherchent à s’emparer de chaque recoin, agissant en toute impunité. Chaque jour, des problèmes surgissent, des tirs résonnent. Chaque jour, des meurtres sont signalés. Et entre ces actes de violence, les menaces pèsent lourdement.

La population essaie de s’organiser et de se protéger dans certaines zones, mais dans la majeure partie du pays, il est impossible de garantir une sécurité minimale, car tout est devenu trop fragile et les gangs ont maîtrisé le territoire. Dans de telles conditions, les écoles ne peuvent ouvrir leurs portes et personne n’ose sortir de chez soi, allant jusqu’à brûler des habitations. Personnellement, deux de mes employés ont perdu leur maison avant Noël.

Trois autres avaient déjà subi le même sort l’année dernière. De plus, les Haïtiens ont la culture de ne pas déposer leur argent à la banque — nous sommes un pays de liquidités — donc, beaucoup de ces personnes ont vu leurs maisons et leurs économies partir en fumée, car leurs biens et leur argent se trouvaient à l’intérieur. Ce sont des gens ordinaires qui essayent de travailler et de mener une vie décente.

Obtenir de la nourriture à Haïti en ce moment est plus que difficile, presque impossible. Les bandits contrôlent les routes et les aéroports : le port principal se trouve à l’ouest du pays, mais il est fermé depuis septembre, ce qui bloque l’arrivée de denrées alimentaires. Les importations s’effectuent depuis d’autres régions, comme le nord ou le petit port du sud, dans la région de Nippes, mais cela reste compliqué pour en obtenir des quantités suffisantes, d’autant plus que la route principale reliant le nord à l’ouest est sous le contrôle de groupes armés.

Par conséquent, la seule façon de rejoindre le sud depuis l’ouest est par voie maritime. Encore faut-il d’abord traverser le nord en camionnette, ce qui entraîne de grands risques de kidnapping, ou par hélicoptère.

Les habitants n’ont pas les moyens de se procurer de la nourriture. Ils sont sans emploi et ont perdu leurs moyens financiers. Ce qu’ils pourraient avoir a disparu dans les ruines de leurs maisons. Les Haïtiens ne peuvent pas se rendre au supermarché pour acheter des produits de première nécessité comme des bananes, car les prix sont inaccessibles. Ils espéraient les obtenir auprès de ceux qui arrivent de l’intérieur, mais ces denrées ne parviennent pas, et lorsqu’elles arrivent enfin, leur coût est encore plus élevé car ces vendeurs doivent payer pour que les produits passent de l’intérieur à Port-au-Prince, la capitale. Nous n’avons pas suffisamment de nourriture disponible pour l’ensemble de la population.

Il est crucial de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour garantir qu’au moins les enfants reçoivent un repas quotidien. Sans les programmes de Nutrition Scolaire (un plat complet par jour à l’école), les enfants n’auraient rien. De plus en plus d’établissements éducatifs ferment leurs portes car ils sont pris d’assaut par les gangs. La situation est stressante, et il est courant de trouver des enfants souffrant de problèmes de comportement en raison de leur vécu traumatisant.

Cependant, de nombreux enfants font preuve de résilience et désirent toujours aller à l’école.

Ils s’efforcent d’y aller, même en contournant les fusillades. Ils viennent car ils ont besoin d’éducation et de nourriture. La ration quotidienne servie par Mary’s Meals sur le banc de l’école est leur seule certitude alimentaire chaque jour. Avec cette connaissance, nous ne pouvons rester inactifs.

Les enfants ont besoin d’aide. Pour empêcher qu’ils ne rejoignent une bande, nous devons lutter contre la pauvreté, car c’est ce qui les détruit. L’urgence est que les plus jeunes mangent. Car, une fois rassasié, l’esprit devient apte à la réflexion. Et quand on peut réfléchir, on peut discerner le bien du mal.

* Coordinatrice de Mary’s Meals, ONG internationale qui opère en Haïti depuis 2006 et qui nourrit quotidiennement 175 000 enfants dans 500 écoles du pays.

El País


Points à retenir

  • La situation sécuritaire en Haïti se dégrade avec la montée de la violence des gangs.
  • Les moyens d’approvisionnement en nourriture sont gravement entravés, rendant l’accès à des produits de première nécessité extrêmement difficile.
  • Le programme de Nutrition Scolaire reste un soutien crucial pour les enfants dans un contexte de crise où de nombreux établissements scolaires sont fermés.

La crise actuelle en Haïti soulève de nombreuses questions sur la résilience des populations face à des défis aussi importants. Comment le pays peut-il reconstruire son avenir au-delà de la violence et de l’insécurité ? Le soutien international et la solidarité locale sont-ils suffisants pour allumer une lumière au bout du tunnel ? La parole est ouverte au débat.


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One thought on “Priorité en Haïti : Assurer un repas quotidien aux enfants”
  1. La situation en Haïti est vraiment préoccupante. Comment pouvons-nous aider ces enfants à surmonter ces défis ? Leur résilience est admirable, mais ils ont besoin d’un soutien urgent.

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