Japan : Une île vivante d’art sur le déclin
En provenance du continent, le petit bateau fait d’abord halte sur plusieurs îles plus grandes, encore porteuses des vestiges de la civilisation : commerces, bruits, habitants. Dès que le ferry accoste à Takaikamishima, il est évident que la vie, ou ce qu’il en reste, y est différente. Un calme troublant, mais une explosion de couleurs. Les murs sont ornés de fresques : un homme en blouse blanche, à ses côtés une infirmière en uniforme rose. Tous deux affichent un sourire bienveillant, tels des gardiens des lieux.
Chaque enfant au Japon reconnaît cette image, tirée du manga « Dr. Koto Shinryoujo », qui raconte l’histoire d’un médecin quittant une clinique universitaire de Tokyo pour assurer les soins de base sur une île en déclin. Dans un pays où la population diminue depuis longtemps, cette histoire héroïque a trouvé un écho dans les années 2000, suivie d’une adaptation en anime et d’un film. Aujourd’hui, le récit trône sur la façade de l’ancienne mairie, devenant le récit officiel de l’île.
Une communauté de 11 habitants face à l’exode
Sadamu Kimura, un homme en t-shirt et jogging, s’approche avec son grand chien. « L’histoire du docteur nous correspond tellement ! », déclare-t-il. À première vue, Takaikamishima semble à peine animée. En dehors de la grande fresque représentant Dr. Koto, on trouve des références de l’univers du manga et de l’anime sur les murs alentour.
À l’avant d’un bâtiment en bord de mer, Kaiji, le protagoniste d’un manga de jeux d’argent, s’affiche, tandis qu’un peu plus loin, « Machiko-sensei », la maîtresse d’un récit des années 1980, attire toujours les regards. Avec une trentaine d’autres fresques, Takaikamishima se présente comme la galerie d’art en plein air dédiée au manga du Japon. Mais que se passe-t-il ici ?

Takaikamishima : une ville sur le déclin avec des espoirs d’avenir.
© Felix Lill | Felix Lill
À Takaikamishima, on compte aujourd’hui plus de maisons vides ornées de peintures que d’habitants vivants. La population, qui s’élevait à environ 300 dans les années 1950, est réduite à 11 aujourd’hui. « La plupart des résidents ont plus de 70 ans, » souligne Kimura, pendant que son chien se déplace paisiblement à ses côtés. « Si nous ne faisons rien, notre communauté risque bientôt de disparaître. »
Des initiatives pour redynamiser l’île
Pourtant, de nombreux projets sont en cours. Takaikamishima, cette île de 1,34 km² située à une vingtaine de kilomètres du continent japonais, n’est plus simplement un territoire menacé par la perte de population. Elle est désormais reconnue au Japon pour sa manière créative de faire face à ce défi.
Le titre de l’Asahi Shimbun, l’un des plus grands journaux du pays, a récemment souligné : « Une petite île dans la préfecture d’Ehime nourrit de grands rêves. » Pendant ce temps, la principale agence de presse du pays, Kyodo, a fait état d’un « projet de renaissance en cours. » Le Mainichi Shimbun, quant à lui, a récemment décrit l’île comme désirant devenir un centre mondial du manga.
Le retour de la jeunesse sur l’île
Takaikamishima pourrait bientôt devenir un modèle pour d’autres communautés en déclin. « Nous avons même eu des nouveaux arrivants récemment ! », s’exclame Kimura, tandis qu’il déambule dans une ruelle ornée de mangas, menant à une maison fraîchement restaurée. « Monsieur Baba, sa femme et leurs deux filles se sont installés ici. Nous avons à nouveau des enfants parmi nous ! »
Masanori Baba, 50 ans, aspire à mettre en œuvre de grandes ambitions. Il explique : « Nous avons lancé notre école de manga en avril. Je supervise son fonctionnement : candidatures, organisation des locaux, gestion des finances. » En à peine quelques mois, cette initiative pourrait transformer l’île sur les plans esthétique, financier et démographique.
Une école de manga pour l’avenir
D’avril à juillet, des cours de deux journées ont formé des participants aux subtilités du manga : du storytelling à la création de personnages, en passant par les dialogues en bulles. Le coût du cours est de 80 000 yens (environ 450 euros), incluant l’hébergement et la nourriture. « Si tout se passe bien, nous espérons voir émerger de grands mangaka un jour, » conclut Baba, en gravissant les marches de son établissement.
Points à retenir
- Takaikamishima, une île avec une population très réduite, s’illustre par son engagement artistique en matière de manga.
- La communauté s’active pour revitaliser l’île, attirant de nouveaux résidents.
- Une école de manga a été fondée pour enseigner les différentes techniques de création.
Ce cas particulier soulève des questions plus larges sur le développement des zones rurales face à l’exode urbain et la façon dont la culture peut servir de levier pour revitaliser des territoires en difficulté. Comment d’autres petits villages pourraient-ils s’inspirer de Takaikamishima pour attirer des talents et des communautés jeunes dans un monde en constante évolution ?
