jeu. Juil 23rd, 2026

Les mangas abordant la jeunesse, les passions et l’amour sont fréquentés dans le paysage littéraire. Le Garçon qui l’intéressait n’était pas un Garçon d’Arai Sumiko s’engage profondément en dépassant les thèmes de la musique et de l’adolescence pour explorer l’amitié, l’amour et le genre, et la manière dont ces éléments s’entrelacent de manière complexe.

Le Disquaire est une Fille

L’histoire débute avec Aya, une lycéenne qui est complètement fascinée par un garçon travaillant dans un magasin de CD local. Ce garçon s’avère être Mitsuki, une fille ordinaire qui s’assoit à côté d’Aya en classe. Au début, Mitsuki hésite à révéler la vérité, craignant que cette révélation ne déçoive Aya, connue pour son caractère flamboyant.

À mesure qu’elles se rapprochent grâce à leur passion commune pour la musique, la vérité finit par éclater.

Lorsque le secret est découvert, Aya est plus déçue par le mensonge de Mitsuki que par le fait que son « garçon » soit en réalité une fille. Une fois cette impasse franchie, leurs sentiments évoluent vers une relation plus profonde qu’une simple amitié, sans tomber dans le schéma traditionnel du « romance entre femmes ». Étonnamment, leur relation est acceptée avec une grande normalité par leurs amis. Le récit se concentre donc sur le développement naturel de leur amitié.

Les obstacles auxquels elles font face ne sont pas liés à leur genre, mais davantage à leur statut social à l’école. La différence entre la personnalité extravertie d’Aya et la réserve de Mitsuki met en relief leurs luttes respectives pour s’intégrer.

La manière dont ce lien et cet amour sont dépeints sans drame excessif est particulièrement moderne, illustrant une acceptation croissante des couples de même sexe dans notre société.

Le quatrième volume de Le Garçon qui l’intéressait n’était pas un Garçon, d'Arai Sumiko. La relation entre Aya (cheveux clairs) et Mitsuki (cheveux foncés) s'accélère au fil de l'histoire. (© Kadokawa/Kitora)
Le quatrième volume de Le Garçon qui l’intéressait n’était pas un Garçon, d’Arai Sumiko. La relation entre Aya (cheveux clairs) et Mitsuki (cheveux foncés) s’accélère au fil de l’histoire. (© Kadokawa/Kitora)

Un Lien Spécial et Indéfectible

Des thèmes tels que l’émergence de la sexualité adolescente et la compréhension des sentiments pour quelqu’un sont des éléments fondamentaux des mangas destinés aux filles. L’idée d’un lien « suprême » qui transcende les frontières, y compris de genre, est un autre aspect universel partagé par cette œuvre.

Les histoires traitant de l’intimité ou de la romance entre filles sont généralement classées dans le genre yuri. Que cette série appartienne à ce genre dépend de la façon dont on définit cet espace. Cependant, la fiction abordant la romance entre femmes existe depuis longtemps au Japon, reflétant les évolutions sociétales au fil des ans.

Les premiers signes de ce thème apparaissent dans le divertissement féminin d’avant-guerre. Les récits de l’écrivaine Yoshiya Nobuko sont devenus populaires pour leur représentation des relations spéciales entre élèves dans les écoles de jeunes filles. La plupart des femmes à cette époque étaient destinées à épouser des partenaires choisis par leurs parents et à devenir des ménagères. Leur monde clos au sein des écoles leur offrait un espace pour expérimenter, menant à la culture des romances passagères.

Après la Seconde Guerre mondiale, cette culture a disparu, laissant place à une plus grande liberté de choix en matière de partenaires romantiques, mais les mangas pour filles ont préservé l’idée de ces moments fugaces de bonheur.

Un Miroir de la Société Japonaise

À travers la bulle économique des années 80 et 90, les récits manga ont évolué, passant de tragiques chutes à des histoires moins sombres. Par exemple, dans le manga Anata to sukyandaru, la protagoniste tombe amoureuse d’un garçon qui, à la fin, se révèle être une fille. Les proches de la protagoniste ne la jugent pas ; elle suit simplement ses émotions.

Dans les années 2000, des hommes ont commencé à lire des histoires de romance entre femmes, ce qui a donné naissance au genre yuri tout en popularisant ces récits.

Les mangas abordant des personnages et des thèmes LGBTQ ont connu une nette augmentation, et les attitudes japonaises ont changé. Bien que le mariage entre personnes de même sexe ne soit pas encore reconnu au niveau national, plus de 530 gouvernements locaux avaient adopté des partenariats de même sexe d’ici mai 2025, touchant près de 92,5 % de la population. Le Garçon qui l’intéressait n’était pas un Garçon illustre ces évolutions sociétales.

Mettre en Lumière les Préjugés

L’auteur a commencé à diffuser Le Garçon qui l’intéressait sur X (anciennement Twitter) en 2022, et son compte compte plus d’un million de followers. Ce succès montre qu’elle a aidé à interroger les stéréotypes de genre encore présents dans l’esprit de nombreux Japonais.

Comme le titre l’indique, la protagoniste tombe amoureuse de quelqu’un qu’elle pense être un garçon en raison des traits stéréotypés de masculinité. Cela se révèle être un reflet des préjugés que l’on retrouve dans la société. Lorsque le récit traite cette relation de même sexe comme normale, les lecteurs acceptent progressivement cette dynamique.

La relation entre les deux filles est présentée sans surprise ni provocation. Une fois le récit terminé, il est possible que les lecteurs se rendent compte qu’ils perçoivent les choses différemment qu’au début.

Une Écriture Musicale

Un des aspects marquants de ce manga réside dans sa connexion avec la musique.

Aya et Mitsuki partagent une passion pour le rock occidental. Ce choix s’éloigne des stéréotypes habituels des lycéennes japonaises, souvent plus attirées par des idoles. En affirmant leur envie d’apprécier leur propre musique, l’histoire s’inscrit dans une vision plus stylée de la jeunesse. Les visuels incorporent des nuances de couleur pour souligner l’esthétique des dessins en noir et blanc.

Les échanges entre les filles sont riches en références musicales. Les passages où elles assistent ensemble au Fuji Rock Festival permettent de revivre des émotions partagées par des lecteurs de générations variées.

À Retenir

  • Une représentation nuancée de l’amitié et de la romance.
  • Des obstacles relationnels ancrés dans le milieu scolaire plutôt que dans les stéréotypes de genre.
  • Évolution historique des récits de romance entre femmes au Japon.
  • Un écho des changements sociétaux en matière d’acceptation des couples de même sexe.
  • Un réflexe critique sur les stéréotypes de genre encore présents dans la société.

Dans un monde où les préjugés persistent, Le Garçon qui l’intéressait n’était pas un Garçon offre un souffle d’espoir. À travers l’exploration des relations humaines, cet ouvrage invite chacun à dépasser les conventions et à envisager un horizon plus inclusif. L’évolution des récits, à la croisée des chemins entre musique et sentiments, nous pousse à rêver d’une société où la diversité est non seulement acceptée, mais célébrée.


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