Jay Poom Euarchukiati, le chanteur du groupe Defying Decay, ressemble à un homme aux nerfs à fleur de peau à l’approche de leur concert au festival Rock Alarm, qui se tient à Khlong Luang, à environ 40 km de Bangkok. Armé d’un cigare, il arpente l’arrière-scène tandis que les musiciens de l’orchestre symphonique se préparent autour de lui. Dans quelques instants, son groupe va ouvrir la scène principale d’un festival en plein air pouvant accueillir 10 000 personnes.
Cette performance est un acte significatif, car Defying Decay a choisi de collaborer avec un orchestre symphonique pour enrichir leur métalcore plein d’énergie. Jay est conscient de l’importance de cet événement.
« Je pense à tout ce qui pourrait mal tourner », murmure-t-il, se parlant autant qu’à lui-même. En dépit des 36 degrés, il arbore un look stylé : un pantalon classique, une chemise à manches longues noire et une veste en cuir. « Ça ira », ajoute-t-il d’un ton pas très convaincant alors qu’il s’éloigne à la recherche de ses camarades. « Ça ira… »
Le moment tant attendu arrive, et alors que le groupe entre en scène, une foule excitée se précipite vers eux. L’orchestre amplifie le son du groupe, lui donnant une ampleur inédite. Les hymnes entraînants résonnent avec puissance. Une tentative quelque peu comique de créer un « mur de la mort » se termine en dance-off, les fans manquant le signal donné par Jay.
« Compte mal, et il y a au moins un mosh pit ! » rigole-t-il en quittant la scène.
Ouvrir le festival Rock Alarm, le plus grand événement dédié au rock en Thaïlande, est un exploit pour le groupe. Bien que l’Asie compte de nombreux groupes de métal, peu de gens en Occident pensent à la scène thaïlandaise, souvent éclipsée par des formations comme The Hu ou Chthonic.
La scène métal thaïlandaise, active depuis des décennies, a vu des groupes comme Metallica se produire devant 30 000 personnes à Bangkok en 1993. Leurs prestations intègrent souvent des éléments culturels qui illustrent l’unicité de la scène locale.
Selon Oak Phongpan Polasit, co-fondateur de Rock Alarm, même si le mouvement est passionné, il manque d’une taille critique. « Beaucoup pensent que la scène thaïlandaise est petite, mais elle est pleine de personnes engagées », explique-t-il.
Le festival se déroule comme ceux que l’on peut trouver en Europe, avec plusieurs scènes, des stands de nourriture et des boutiques pour chaque groupe. Les performances éclectiques, comme celles de The Darkest Romance et Oblivious, sont accueillies comme des héros et accompagnées de spectacles lumineux impressionnants.
La scène thaïlandaise est petite mais pleine de passion.
— Oak Phongpan Polasit
« Une nouvelle génération de groupes émerge avec une créativité folle et de grandes ambitions », note Oak. « La qualité de production s’améliore partout, et la scène thaïlandaise évolue. »
Les festivaliers, comme Pim, 22 ans, expriment leur excitation. « C’est fantastique d’avoir un festival comme celui-ci ici. » Cette année, des groupes occidentaux se produisent pour la première fois, et l’enthousiasme est palpable.
Points à retenir
- Importante collaboration entre Defying Decay et un orchestre symphonique, un événement marquant pour la scène métal thaïlandaise.
- L’existence d’une communauté engagée dans le métal en Thaïlande, bien que peu connue à l’international.
- Les défis que rencontrent les groupes locaux pour se faire une place en dehors des frontières nationales.
- Initiatives gouvernementales en faveur de la musique, mais un besoin d’une meilleure compréhension des dynamiques de la tournée.
- Avec le soutien de festivals comme Rock Alarm et des venues comme Immortal Bar, la scène métal pourrait bien se développer davantage.
En tant qu’amateur de métal, c’est passionnant de voir une scène émergente, pleine d’énergie, mais je me demande si ces artistes auront les ressources nécessaires pour conquérir le monde. Les obstacles sont multiples, mais leur passion pour la musique semble plus forte chaque jour. Il est fascinant de penser aux possibilités qui pourraient se dessiner à l’avenir pour le métal thaïlandais. Et si la scène locale réussissait à gravir de nouvelles étapes sur la scène internationale ? J’en reste convaincu, tout est possible pour peu qu’on s’en donne les moyens.
