El refugio atómico, récemment lancé sur Netflix, propose une intrigue à la fois simple et ambitieuse : les Espagnols les plus fortunés ont la possibilité de s’abriter dans Kimera, un bunker nucléaire secret, conçu pour ceux capables d’investir des dizaines de millions d’euros dans un appartement post-apocalyptique. Lorsque la Troisième Guerre mondiale éclate, menaçant l’existence même de la planète, les personnages se retrouvent enfermés dans ce refuge. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : la fin du premier épisode, signée par les créateurs de La Casa de Papel, réserve un retournement de situation qui chamboule complètement la perspective des spectateurs. Nous avons échangé avec Miren Ibarguren, qui incarne Minerva, la conceptrice de Kimera, ainsi qu’avec Álex Villazán, son frère dans la série et personnage tout aussi troublant.
Quand vous avez reçu le scénario, la fin du premier épisode était-elle déjà écrite ?
Miren Ibarguren : C’était incroyable. La lecture du scénario nous a tous surpris, autant que les téléspectateurs lorsqu’ils découvriront la série ! On s’est dit : « Waouh, si le premier épisode est ainsi, comment vont être les suivants ? »
Álex Villazán : J’ai trouvé ça complètement fou.

Le scénario semble porter une critique sociale forte, une sorte de « mangez les riches » sous-jacente…
M.I : La série est pleine de nuances. La lutte des classes est très présente pour nos personnages. Mais les clients du bunker ont d’autres préoccupations, très éloignées. Cette pluralité d’intrigues et de niveaux de lecture peut captiver un large public.
Á.V : Ce que j’aime, c’est que les véritables puissants ne sont jamais sous les projecteurs. Les propriétaires des grandes entreprises restent dans l’ombre. Ici, on donne un visage à ceux qui détiennent le pouvoir, qui prennent des décisions cruciales pour la société, mais qui restent anonymes dans la vie quotidienne.
« Dans cette série, presque tous les personnages sont ambivalents, mais leurs choix se comprennent. Les raisons sont ni bonnes ni mauvaises : elles sont simplement personnelles. »
Comment les créateurs Álex Pina et Esther Martínez Lobato vous ont-ils présenté vos personnages ?
M.I : Dès la lecture, on comprend exactement ce que l’on doit faire. Ce qui marque leur écriture, c’est que tous nos rôles sont complexes, parfois trouble, mais avec des motivations très claires. Rien n’est manichéen, tout est humain. On traverse un large éventail d’émotions et chaque action est justifiée.
Miren, votre personnage Minerva fait inévitablement penser au professeur d’Álvaro Morte dans La Casa de Papel. Pourtant, lui incarnait la bonté alors que la vôtre est bien moins sympathique…
M.I : Ces ressemblances viennent du fait que nous travaillons pour la même société, Vancouver, avec les mêmes scénaristes et producteurs. C’est une sorte de signature. Pendant la promo, on m’a beaucoup fait remarquer ces parallèles, plus que lors du tournage lui-même. Mais nous abordons chaque projet indépendamment, sans comparaison.
Quelles sont les conditions de travail dans un décor aussi singulier et construit ?
Á.V : Cela aide énormément. Le décor construit donne un socle solide. Le département artistique fait un travail colossal : il complète notre imaginaire, remplit les espaces, ancre l’action. Sans cela, il est difficile de se projeter dans un bunker aussi spécifique.
La découverte du plateau fut-elle une surprise ?
M.I : On avait entièrement confiance, sachant la rigueur de ceux qui dirigent le projet. Mais quand on est arrivés, on est restés bouche bée. L’espace est immense, rempli de détails. Le décor fonctionne quasi en tant que personnage à part entière.
« Quand nous avons vu le plateau, nous sommes restés bouche bée, totalement fascinés. »
Au début, il est difficile de saisir les intentions de vos personnages…
M.I : Il ne faut pas tout comprendre immédiatement, mais observer leurs actions. Ce sont eux qui tirent les ficelles des autres. Il y a un vrai mystère autour d’eux : « Que mijotent-ils ? »
Á.V : Notre relation évolue au fil de la saison, on complète les détails petit à petit, sans tout dévoiler. Le passé des personnages est esquissé, mais il reste à découvrir. C’est au spectateur de faire ses propres hypothèses.
Minerva est un personnage cynique, parfois satirique. Trouver le ton juste fut-il compliqué ?
M.I : Minerva est plus légère que drôle. Ce sont les réalisateurs qui orientent notre jeu pour conserver le bon équilibre. Ils veillent à ce que le ton reste uniforme. Cela demande un travail collectif, mais le cadre est clair.
« Les créateurs n’ont pas peur d’imaginer : ils croient sincèrement en la concrétisation de leurs idées. Et ils y arrivent. »
Quel est, selon vous, le secret d’Álex Pina et d’Esther Martínez Lobato pour dominer la scène de la fiction espagnole ?
M.I : Ils prennent beaucoup de plaisir dans ce qu’ils font. Leur imagination est sans limites. Ils ont cette confiance enfantine qui leur permet de croire que tout est possible. Une série dans un bunker ? Ils l’ont fait. Cette attitude est très contagieuse.
Á.V : Ils sont également très bien entourés. Leur équipe fonctionne comme une horloge bien réglée. Ce n’est pas un hasard mais du travail, de la cohésion et beaucoup d’implication.
Points à retenir
- El refugio atómico explore la notion d’élite et de survie dans un contexte apocalyptique, en offrant une réflexion sur la société et ses inégalités.
- Le bunker Kimera est à la fois un espace concret et un symbole, où se croisent des personnages complexes et moralement ambivalents, loin d’une lecture manichéenne.
- La série bénéficie d’une direction artistique soignée qui participe pleinement à l’atmosphère oppressante et immersive du récit.
- Les créateurs Álex Pina et Esther Martínez Lobato, déjà reconnus pour La Casa de Papel, poursuivent leur exploration de la psychologie humaine dans des contextes extrêmes, tout en s’entourant d’un collectif talentueux.
- Les personnages principaux, incarnés par Miren Ibarguren et Álex Villazán, ont une dynamique mystérieuse qui invite le spectateur à deviner leur histoire et à participer activement à la narration.
Au-delà du simple divertissement, la série propose une plongée dans les zones grises de la morale, où pouvoir et survie côtoient la fragilité humaine. Une expérience qui invite chacun à s’interroger sur ce qu’il ferait face à une fin du monde programmée et sur la vraie nature de la richesse et du pouvoir. Alors, si vous vous retrouvez un jour réservé dans un bunker apocalyptique, je me demande bien quel rôle vous adopteriez : héros, manipulateur ou simple spectateur ? En tout cas, moi, j’espère qu’il y aura au moins une bonne connexion Wi-Fi pour partager tout ça !
