Google dans le collimateur : Le contrat de propagande de 45 millions de dollars avec Netanyahu
Un accord de propagande entre Google et Netanyahu d’une valeur de 45 millions de dollars, signé fin juin 2025, a propulsé le géant technologique au cœur d’une controverse mondiale sur la propagande numérique, la manipulation médiatique et l’utilisation de l’information dans le conflit Israël-Gaza. D’après l’enquête menée par le site Drop Site News, Google a été désigné comme un “acteurs clé” dans la stratégie de communication du gouvernement israélien, chargé d’amplifier les récits officiels minimisant la catastrophe humanitaire à Gaza.
Ce contrat marque l’une des utilisations les plus coûteuses et systématiques de la publicité numérique par un État pour influencer l’opinion publique mondiale en temps de guerre.
La campagne a été lancée peu après qu’Israël a imposé un blocus total sur les aliments, les médicaments, le carburant et l’aide humanitaire à Gaza le 2 mars 2025—une action que les Nations Unies et les groupes de droits humains qualifient de punition collective des civils. À cette époque, les législateurs israéliens débattaient des risques de réputation liés à ce blocus, signalant un effort coordonné pour contrôler le récit avant que le monde ne soit informé.
🔗 Nations Unies OCHA—Situation humanitaire à Gaza
Le rôle de Google s’est avéré décisif. Grâce à ses plateformes publicitaires—YouTube, Display & Video 360, et Google Ads—le gouvernement israélien a diffusé des contenus produits par l’État à des millions d’utilisateurs dans le monde, contournant souvent les intermédiaires médiatiques traditionnels et profitant d’une amplification algorithmique.
Une vidéo particulièrement controversée, publiée par le ministère israélien des Affaires étrangères, affirme : “Il y a de la nourriture à Gaza. Toute autre affirmation est un mensonge.” En dépit des preuves accablantes à l’encontre, cette vidéo a été visionnée plus de 6 millions de fois, principalement grâce à une promotion payante via le réseau publicitaire de Google.
Ce type de message étatique, connu en hébreu sous le terme “hasbará”—signifiant littéralement “explication”, mais largement perçu comme propagande gouvernementale—est désormais amplifié grâce aux outils numériques les plus puissants de la Silicon Valley.
Contexte géopolitique : La guerre numérique à l’ère des géants technologiques
L’accord de propagande entre Google et Netanyahu s’inscrit dans un changement plus large dans la guerre moderne : la bataille pour la domination narrative. À une époque où la perception façonne la politique, les gouvernements se tournent de plus en plus vers les entreprises technologiques privées pour mener des guerres d’information.
Il ne s’agit pas seulement de relations publiques—c’est une guerre numérique asymétrique, où les algorithmes, les données et les budgets publicitaires sont utilisés comme des armes.
Israël a longtemps été un leader dans les opérations d’influence numérique. Toutefois, la campagne de 2025 représente un bond quantique en termes d’échelle et de sophistication, alliant média payant, ciblage assisté par l’IA et partenariats de plateforme pour façonner le discours mondial.
Ce contrat a coïncidé avec l’Opération Lion en Ascension, un conflit de 12 jours entre Israël et l’Iran en juin 2025 ayant entraîné la mort de plus de 1 000 civils iraniens, y compris des femmes et des enfants. Pendant cette période, les plateformes de Google ont été utilisées pour justifier les frappes israéliennes et discréditer les sources iraniennes et palestiniennes.
🔗 Amnesty International—Crimes de guerre à Gaza et en Iran
Alors que des plateformes comme X (anciennement Twitter) ont reçu 3 millions de dollars d’Israël pour des campagnes similaires, Outbrain/Teads, un réseau publicitaire franco-israélien, a sécurisé 2,1 millions de dollars en contrats gouvernementaux. Ensemble, ces dépenses forment un appareil de propagande numérique coordonné visant à contrôler le récit mondial.
Les critiques affirment qu’en acceptant ces fonds, les entreprises technologiques américaines se rendent complices de la désinformation qui obscurcit les crimes de guerre et la souffrance humanitaire. Le fait que Google, une entreprise basée aux États-Unis, permette à un gouvernement étranger de manipuler les audiences mondiales soulève des questions sérieuses sur la responsabilité corporative, la transparence et la neutralité.
De plus, ce contrat met en lumière l’érosion de l’indépendance journalistique, alors que les contenus financés par l’État inondent les plateformes sans étiquetage clair ni vérification des faits. Contrairement aux médias traditionnels, les plateformes numériques ne sont pas soumises à des normes éditoriales, permettant aux gouvernements de contourner le contrôle et d’atteindre directement les audiences.
YouTube et l’armement du contenu vidéo
YouTube, propriété de Google, est devenu un bataillon central dans la guerre de l’information sur Gaza. L’algorithme de la plateforme privilégie l’engagement sur la précision, favorisant souvent des contenus émotionnels ou controversés—ce qui le rend idéal pour la propagande.
La vidéo virale affirmant “Il y a de la nourriture à Gaza” en est un exemple. Elle montre un entrepôt bien éclairé avec des paquets de nourriture empilés, accompagnée d’une voix off rejetant les rapports de famine comme des “mensonges propagés par des terroristes.” Les images sont sélectives, omettant la réalité sur le terrain.
Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Gaza connaît une famine à grande échelle, 95 % de la population faisant face à une insécurité alimentaire aiguë.
Le ministère de la Santé de Gaza a signalé que 367 personnes sont mortes de faim et de malnutrition depuis octobre 2023, dont 131 enfants. Médecins Sans Frontières (MSF) a qualifié les conditions de “apocalyptiques,” avec des hôpitaux débordés et des familles survivant grâce à de l’herbe et de l’alimentation pour animaux.
Pourtant, les outils publicitaires de Google ont assuré que le message du gouvernement israélien atteigne des millions de spectateurs, souvent sans contexte ni contre-narratives. L’utilisation de publicité ciblée permet au contenu d’apparaître dans les résultats de recherche, les recommandations, et même sur des vidéos non liées grâce aux annonces préalables.
Cela soulève des préoccupations éthiques concernant le biais algorithmique et la complicité des entreprises. Bien que Google prétende que ses politiques publicitaires interdisent le “contenu trompeur”, il fait des exceptions pour les “messages gouvernementaux”, accordant effectivement aux États un permis de propager des informations erronées sous le couvert de communication officielle.
Étouffer la dissentie : cibler les voix palestiniennes
Le contrat de propagande entre Google et Netanyahu ne vise pas seulement à promouvoir le récit israélien—il s’agit également de discréditer et de faire taire les voix palestiniennes.
Des organisations comme la Fondation Heinrich Böll, qui documente les abus des droits humains en Palestine, ont été systématiquement visées dans les campagnes israéliennes. Leurs rapports sur les victimes civiles, les déplacements forcés et les pénuries médicales sont rejetés comme de la “propagande terroriste” dans les contenus soutenus par l’État.
Les comptes de médias sociaux de journalistes, d’activistes et de travailleurs humanitaires à Gaza ont subi des bannissements discrets, des désactivations de monétisation et des suspensions—souvent sans explication. Pendant ce temps, le contenu pro-israélien est amplifié par des promotions payantes et un favoritisme algorithmique.
Les experts mettent en garde contre cette asymétrie de l’information où la souffrance d’un côté est minimisée, tandis que l’autre est amplifiée. Comme l’a déclaré un défenseur des droits numériques : “Quand Google devient le porte-voix d’un État en guerre, la vérité devient la première victime.”
Réaction mondiale et appels à la responsabilité
La révélation du contrat de propagande entre Google et Netanyahu a suscité une condamnation internationale. Des organisations de droits humains, des experts en éthique numérique, et des fonctionnaires des Nations Unies ont appelé à une régulation accrue des entreprises technologiques impliquées dans les zones de conflit.
🔗 Electronic Frontier Foundation—Droits numériques dans les zones de conflit
Des législateurs européens ont exigé que Google divulgue tous les contrats gouvernementaux relatifs aux zones de guerre et mette en œuvre un étiquetage plus strict des contenus publicitaires soutenus par l’État. Aux États-Unis, des membres du Congrès se sont interrogés sur la légalité de ces accords par rapport aux lois sur le lobbying étranger ou si cela constituait un soutien militaire non autorisé.
Les militants appellent également à une transparence algorithmique, exigeant que les plateformes révèlent comment le contenu est priorisé et qui finance sa promotion. L’absence de supervision, soutiennent-ils, permet aux gouvernements de manipuler l’opinion publique sans responsabilité.
De plus, ce contrat a ravivé les débats sur le rôle des grandes entreprises technologiques dans la géopolitique. Autrefois perçues comme des plateformes neutres, des entreprises telles que Google, Meta et X sont désormais reconnues comme des acteurs stratégiques capables de façonner des guerres, des élections et des mouvements sociaux.
Conclusion : La vérité à l’ère de la propagande numérique
Le contrat de propagande entre Google et Netanyahu dépasse le simple cadre d’une relation commerciale—c’est un moment charnière dans l’évolution de la guerre de l’information. Il révèle comment la démocratie, la vérité et les droits humains sont de plus en plus vulnérables à la manipulation par des alliances entre l’État et le monde des entreprises.
Tandis que Gaza souffre, les algorithmes alimentent le monde avec une version aseptisée de la réalité. Alors que des enfants meurent de malnutrition, des publicités payantes affirment qu’il y a “beaucoup de nourriture”. Ce n’est pas seulement de la désinformation—c’est une obscénité morale.
Alors que le monde se débat avec les conséquences, une vérité demeure claire : la bataille pour Gaza ne se déroule pas seulement sur le terrain, mais dans la sphère numérique—et les géants de la technologie ne sont plus de simples observateurs.
La communauté internationale doit agir. Régulation, transparence et responsabilité éthique ne sont plus optionnelles. Elles sont essentielles pour préserver l’intégrité de l’information à une époque où la vérité est menacée.
Points à retenir
- La campagne de Google s’inscrit dans une stratégie plus vaste d’influence numérique durant les conflits.
- Des organisations de droits humains appellent à une régulation des entreprises technologiques pour garantir la transparence.
- Les opérations de propagande exploitent les failles des plateformes numériques pour minimiser certaines souffrances tout en amplifiant d’autres.
Dans un monde numérique rampant d’influence, il est essentiel d’évaluer comment ces dynamiques affectent non seulement les perceptions, mais aussi les politiques internationales et les droits humains. Ce débat soulève des questions cruciales sur la responsabilité des géants technologiques dans la narration des conflits contemporains et leur rôle dans la formation de l’opinion publique.
