ven. Juil 10th, 2026

Buttu, qui se rend régulièrement à Ramallah en Cisjordanie depuis son domicile à Haïfa, en Israël, pour le travail et pour rendre visite à des amis, confie que Google Maps l’a souvent induite en erreur ces dernières années. « On m’a déjà demandé de conduire tout droit dans un mur qui existe depuis 2003 », raconte-t-elle.

D’autres utilisateurs ont aussi connu ce même mur près du checkpoint de Qalandia, qui sépare Jérusalem de la Cisjordanie, et presque y heurter est devenu une sorte de rite de passage. « Une fois, j’essayais de rejoindre un bureau situé dans un quartier de Jérusalem-Est, et Google Maps m’a complètement lâchée », explique Leila, qui télétravaille pour une entreprise américaine depuis Ramallah et préfère ne donner que son prénom pour des raisons de confidentialité. « Il voulait que je prenne une route complètement coupée par le mur. »

Selon Bourdeau, porte-parole de Google, la société examine cette situation et prévoit de mettre à jour ses services si elle peut vérifier l’information via des données fiables.

Avant même le déclenchement du conflit, les utilisateurs de Google Maps en Cisjordanie affirmaient s’habituer à des directions potentiellement dangereuses. Un problème récurrent est que Google ne fait pas la distinction entre les routes accessibles à tous et celles réservées aux Israéliens, comme celles menant aux colonies israéliennes, où les Palestiniens ne sont pas censés se rendre. Sur le trajet entre Haïfa et Ramallah, Google Maps a déjà conduit Buttu vers une porte fermée, où des soldats israéliens se sont approchés de son véhicule en armes à la main. « J’ai dû expliquer que je m’étais trompée », se souvient-elle. Google « optimise pour les routes des colons, et pour moi, en tant que Palestinienne, cela peut être très dangereux. »

Bourdeau souligne que Google ne fait pas la distinction entre les itinéraires palestiniens et israéliens, car cela nécessiterait de connaître des informations personnelles sur les utilisateurs, comme leur nationalité.

Quand Google Maps la mène dans des colonies, Buttu avoue qu’elle parle en anglais pour passer pour une étrangère perdue. D’autres utilisateurs palestiniens confient à WIRED que lorsqu’ils se retrouvent par surprise dans des zones risquées, ils tentent de faire demi-tour le plus rapidement possible.

Dans d’autres cas, Google Maps refuse de fournir des directions, notamment pour les trajets entre certaines villes de Cisjordanie, telles que Hébron et Ramallah. L’application indique alors qu’elle « n’a pas pu calculer les directions de conduite » (des tests effectués par WIRED confirment ce problème). L’un des employés de Google a expliqué que cela était dû au manque d’investissement dans la mise en place de directions entre les trois zones administratives de la Cisjordanie, dont deux sont officiellement plus contrôlées par les autorités israéliennes. Bourdeau assure que la société travaille à résoudre ce problème.

De nouveaux défis

Malgré ses inconvénients, les utilisateurs rapportent que Google Maps était auparavant utile dans la région, notamment lors de leurs déplacements vers des lieux méconnus. Cependant, depuis le début du conflit, ils estiment que l’application est devenue difficilement utilisable. Peu après le début des combats, Google a désactivé la fonctionnalité permettant de visualiser le trafic en temps réel dans la région pour préserver « la sécurité des communautés locales ». Les utilisateurs doivent désormais entrer une destination spécifique pour voir les conditions de circulation sur leur trajet, ce qui constitue un pas supplémentaire pour certains d’entre eux.

Deux employés de Google ont également noté que, en raison des conditions changeantes sur le terrain durant la guerre et d’une augmentation du spam qui accompagne souvent les conflits, Google n’a pas traité de nombreuses suggestions d’édition soumises par des employés et des conducteurs de Cisjordanie, qui alertaient le géant technologique sur des problèmes comme des rues manquantes ou des lieux absents. Cela a engendré une obsolescence des données routières sur l’application ces derniers mois. Selon Bourdeau, Google procède à des mises à jour lorsque les suggestions peuvent être vérifiées via des sources fiables.

Points à retenir

  • Les utilisateurs de Google Maps en Cisjordanie font face à des directions dangereuses, notamment en raison de la présence de checkpoints et de murs.
  • Google ne fait pas de distinction entre les itinéraires israéliens et palestiniens, ce qui complique l’accessibilité des routes pour les utilisateurs palestiniens.
  • Les ajustements des fonctionnalités de l’application depuis le début du conflit ont rendu la navigation encore plus complexe pour les habitants de la région.
  • Les directions inexactes et les indications obsolètes soulignent les défis logistiques de fournir des informations de circulation dans une zone de conflit.

Cette situation pose des questions importantes sur la responsabilité des entreprises technologiques dans des contextes de conflits géopolitiques. Comment peuvent-elles améliorer leurs services tout en garantissant la sécurité de leurs utilisateurs dans un environnement aussi complexe ? Cette problématique mérite une réflexion approfondie à l’ère des technologies numériques omniprésentes.


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