Peu de pays subissent des sanctions internationales aussi sévères que le régime stalinien de la Corée du Nord. Rares sont ceux qui ont mis en place des méthodes aussi sophistiquées pour contourner ces mesures et, dans le même temps, générer des milliards. Sous le joug du régime de Kim Jong-un, les citoyens nord-coréens vivent dans un gigantesque carcan, isolés du monde extérieur. Parallèlement, le dictateur tire profit de la mondialisation.
Le rapport du « Multinational Sanctions Monitoring Team » (MSMT), une équipe d’experts internationale dirigée par la Corée du Sud, documente comment la Corée du Nord parvient à échapper aux sanctions. Depuis octobre 2024, cette équipe suit les activités illicites de Pyongyang, en raison de l’arrêt du comité des Nations Unies en charge des sanctions, empêché de se renouveler par la Russie, devenue un partenaire stratégique de la Corée du Nord depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.
Pyongyang finance en grande partie son programme nucléaire illégal par des cyberattaques. Selon les experts du MSMT, depuis 2024, le régime aurait volé des cryptomonnaies d’une valeur de 2,45 milliards d’euros, dont 1,42 milliards rien que cette année. Des pirates nord-coréens ont ciblé des plateformes d’échanges de cryptomonnaies réputées dans le monde entier, telles que Bybit aux Émirats, DMM Bitcoin au Japon, et WazirX en Inde.
Pour dissimuler leur activité, le régime a envoyé des experts dans plusieurs pays, dont la Chine, la Russie, l’Argentine, le Cambodge, le Vietnam et les Émirats Arabes Unis, pour blanchir ces cryptomonnaies. Les blanchisseurs de fonds sont souvent des Nord-Coréens vivant à l’étranger ou des citoyens d’autres nationalités recrutés par le régime. Le Cambodge émerge comme un lieu de prédilection pour ces actions illégales, le rapport indiquant que Pyongyang a infiltré le groupe financier Huione et sa filiale Huione Pay.
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Une fois les fonds blanchis, la Corée du Nord s’approvisionne sur le marché noir international, cherchant principalement des armes, de l’or, du cuivre et d’autres ressources interdites par les résolutions de l’ONU. Des échanges fructueux seraient constatés avec des pays africains comme le Mozambique et l’Angola, ainsi qu’avec des généraux en Birmanie. De plus, des technologies militaires et un savoir-faire en provenance de Russie continuent d’affluer vers le pays.
La Corée du Nord entretient également des relations étroites avec l’Iran, un pays avec lequel elle aurait contribué au développement du programme nucléaire. Elle lui vend des armes et des technologies, et a développé environ 50 ogives nucléaires, alimentées par de l’uranium extrait de ses propres mines.
Les hackers de la Corée du Nord, qui font partie d’une unité d’élite militaire, volent des données sensibles à l’échelle mondiale, qu’ils vendent, utilisent pour du chantage ou intègrent dans leur programme d’armement. Les entreprises de sécurité sont des cibles fréquentes et, récemment, l’agence de santé espagnole a également été visée.
Le rapport souligne que ces hackers adoptent des tactiques de plus en plus sophistiquées pour accéder à des données recherchées. Ils se présentent comme des investisseurs ou des employeurs, utilisant des faux entretiens via des réseaux comme LinkedIn pour soutirer des informations précieuses à des chercheurs d’emploi naïfs, les incitant même à télécharger des logiciels malveillants. Aujourd’hui, ils exploitent même des outils d’IA pour améliorer leurs attaques.
Les cybercriminels nord-coréens sont désormais parmi les hackers les plus redoutés au monde. Leur activité est aussi intense que celle de groupes similaires en Russie ou en Chine, mais leur objectif principal reste la quête d’argent.
En outre, le régime génère des revenus en exploitant la main-d’œuvre de ses citoyens. Les enquêteurs du rapport ont identifié jusqu’à 2000 spécialistes en informatique travaillant à l’étranger sous de fausses identités pour le compte des autorités nord-coréennes, dont une partie du salaire est renvoyée à Pyongyang.
Points à retenir
- La Corée du Nord utilise des cyberattaques pour financer son programme nucléaire.
- Les hackers nord-coréens ciblent des plateformes de cryptomonnaies pour voler des fonds.
- Le régime blanchit les fonds volés grâce à des experts situés dans plusieurs pays.
- Il se procure des armements sur le marché noir international en contournant les sanctions.
- La Corée du Nord entretient des relations avec des pays comme l’Iran pour échanger armement et technologie.
Le constat est alarmant : la capacité de la Corée du Nord à s’adapter et à contourner les sanctions internationales soulève de nombreuses questions. Comment la communauté internationale peut-elle mieux répondre à ces défis ? Les solutions doivent être innovantes et adaptées à la complexité croissante des tactiques employées par le régime. Il est impératif que les discussions sur la cybersécurité et la régulation des cryptomonnaies prennent en compte ces réalités pour agir efficacement.
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