La Chine accuse encore un certain retard par rapport aux États-Unis dans le domaine des puces dédiées à l’intelligence artificielle (IA), mais elle rattrape rapidement son retard en matière d’algorithmes, dans le cadre d’une course technologique acharnée entre les deux plus grandes économies mondiales, selon Harry Shum Heung-yeung, éminent chercheur en informatique.
Lors d’un sommet économique organisé par la Business School de l’Université de Hong Kong, vendredi dernier, Shum a expliqué que la compétition en IA se jouait sur trois terrains : les puces, les algorithmes et les applications. Sur le plan des puces, les États-Unis conservent une avance notable.
« Le retard de la Chine en fabrication de puces ne pourra pas être rattrapé en un ou deux ans », a précisé Shum, qui préside actuellement le conseil de l’Université des Sciences et Technologies de Hong Kong. Il souligne que la puissance de calcul reste un défi majeur pour les entreprises basées en Chine continentale ainsi qu’à Hong Kong.
Pour contourner cette difficulté, l’ancien directeur de la recherche et de l’IA chez Microsoft jusqu’en 2020 recommande à la Chine de concentrer ses efforts sur les avancées en ingénierie algorithmique.
« La Chine suit de très près dans le domaine des algorithmes, et DeepSeek en est un excellent exemple », a-t-il indiqué. Cette start-up a réussi à obtenir des résultats comparables à ceux des meilleurs acteurs américains en n’utilisant qu’environ 10 000 puces IA, alors que des géants comme OpenAI et Google en nécessitent plusieurs centaines de milliers, malgré les difficultés rencontrées.

Située dans le nouveau pôle technologique chinois de Hangzhou, DeepSeek a suscité une attention internationale plus tôt cette année en lançant deux modèles de langage de grande taille dont la performance rivalise avec celle des modèles occidentaux, tout en étant développés à des coûts nettement inférieurs.
Points à retenir
- La compétition en intelligence artificielle se joue sur trois terrains : puces, algorithmes et applications.
- Les États-Unis maintiennent une avance confortable dans la production de puces IA, un secteur où la Chine peine encore à suivre.
- Le rattrapage chinois en matière de technologie des puces prendra plus de temps que prévu, ne pouvant s’effectuer en un ou deux ans.
- Face à cette difficulté, la Chine mise sur les innovations algorithmiques pour accélérer ses progrès.
- La start-up chinoise DeepSeek illustre cette stratégie, obtenant des résultats comparables aux leaders américains avec un nombre de puces bien inférieur.
- Développer des modèles d’IA performants à moindre coût reste un vecteur clé de compétitivité dans la course mondiale.
Finalement, tandis que la Chine court après la suprématie des puces — un peu comme Jules César face aux Gaulois — elle semble avoir trouvé dans les algorithmes une bonne lane pour s’infiltrer dans la bataille. Reste à voir si ce coup de maître suffira à changer la donne ou si, comme souvent, la course technologique réserve encore quelques tours imprévus. En attendant, on peut toujours admirer la capacité chinoise à faire beaucoup avec relativement peu, une leçon dont certaines grandes firmes américaines pourraient sans doute s’inspirer.