sam. Juil 4th, 2026

Le rôle de l’intelligence artificielle (IA) dans l’enseignement supérieur soulève bien des inquiétudes. Il est souvent dit que les étudiants trichent massivement lors des examens en ligne à livre ouvert, s’aidant des outils d’IA, au risque de perdre tout esprit critique. La future génération de diplômés pourrait ainsi décrocher leur diplôme sans jamais avoir approché la pensée autonome.

Dans mon cursus, les examens sont exclusivement surveillés et à livre fermé, ce qui me pousse à limiter mon usage de ChatGPT, d’autant que les centres de données utilisés par l’IA consomment beaucoup d’eau et d’énergie. Pourtant, j’ai observé que pour nombre d’étudiants, l’IA est perçue comme un allié acceptable dans le processus d’apprentissage. Au-delà des accusations de triche, l’IA est de plus en plus utilisée pour appuyer la recherche ou structurer les dissertations.

Les inquiétudes concernant la surutilisation des modèles linguistiques à grande échelle dans le milieu scolaire sont légitimes. Mais pour comprendre cette tendance, il faut revenir aux bouleversements de ces dernières années et au contexte éducatif dans lequel elle s’inscrit.

En mars 2020, j’allais avoir 15 ans. Lorsque les écoles ont fermé pour le confinement, l’annonce a été accueillie avec joie – deux semaines de pause, pensais-je naïvement. Personne n’aurait pu anticiper l’impact durable sur notre parcours scolaire durant les trois années suivantes.

Cette année-là, les examens traditionnels du GCSE et A-levels ont été annulés, remplacés par des notes attribuées par les professeurs, une méthode favorable aux établissements déjà privilégiés. Après de nouvelles fermetures d’écoles et une longue période d’hésitation, le ministre de l’Éducation de l’époque a annulé ces examens une seconde fois en 2021. La génération d’étudiants de 2023 fut la première à renouer avec des examens “normaux” – du moins en Angleterre – ce qui s’est traduit par une sévère politique de réduction des notes gonflées, décevant beaucoup de candidats.

Dans le même temps, les universités de tout le pays ont dû s’adapter pour évaluer des étudiants à distance. La solution : des examens en ligne à livre ouvert pour les matières ne reposant pas déjà sur le travail de terrain. Lorsque ces diplômés post-confinement ont achevé leurs études, le système universitaire n’est pas revenu aux pratiques d’avant la pandémie. Cinq ans plus tard, 70 % des établissements conservent sous une forme ou une autre l’évaluation en ligne.

Non, les universités n’ont pas simplifié la donne, contrairement à certaines idées reçues. Ces ajustements sont une réponse au fait que la majorité des étudiants actuels n’ont pas vécu les examens nationaux classiques. Avec les absences régulières dues aux confinements de leurs années GCSE et A-level, certaines parties du programme sont restées inexplorées. Mais au-delà du contenu perdu, l’instabilité gouvernementale autour du format des examens depuis 2020 a instauré un climat d’incertitude persistant, qui continue d’influencer les modalités d’évaluation à l’université.

Lors de ma première année, la moitié de mes examens se déroulaient en ligne. Cette année, tout revient au format traditionnel, à l’écrit et à livre fermé. Pourtant, je n’ai reçu aucune confirmation du format de mes examens avant plusieurs mois dans l’année. Paradoxalement, des étudiants de troisième année, passant les mêmes épreuves, les ont passées en ligne sur un temps plus long, reconnaissant qu’ils n’avaient jamais passé d’examen manuscrit durant leur cursus.

Ainsi, l’arrivée de ChatGPT en 2022 coïncide avec une université en pleine transition, où règne toujours une certaine incertitude. Les examens universitaires étaient déjà hétérogènes, variant selon les établissements et les filières, ce qui a renforcé l’appétence des étudiants pour l’IA, en particulier ceux désorientés, tout en compliquant la détection et le contrôle de ces usages.

De surcroît, être étudiant coûte de plus en plus cher : 68 % occupent un emploi à temps partiel, un record depuis dix ans. Le système des prêts étudiants laisse aux plus modestes des dettes considérables. Je fais partie de la première promotion qui devra rembourser son prêt sur 40 ans au lieu de 30, et cela avant même une éventuelle hausse des frais de scolarité.

Les étudiants ont moins de temps pour étudier. L’IA est une aide précieuse pour gagner du temps ; si les étudiants ne peuvent pas s’investir pleinement dans leurs études, le problème ne vient pas d’eux, mais de la structure même de l’enseignement supérieur.

La montée en puissance de l’IA s’explique donc autant par sa praticité et sa rapidité que par la confusion post-Covid autour des examens et la précarité croissante des étudiants. Les universités doivent choisir une méthode d’évaluation stable et s’y tenir. Si elles optent pour des examens à livre ouvert ou du travail dirigé, elles doivent être claires sur ce qui constitue une utilisation “raisonnable” de l’IA. Qu’on le veuille ou non, l’intelligence artificielle est là pour durer. Pas parce que les étudiants sont fainéants, mais parce que la figure de l’étudiant évolue aussi vite que la technologie.

Points à retenir

  • La pandémie a bouleversé durablement le paysage des examens scolaires et universitaires, engendrant des pratiques d’évaluation variées et incertaines.
  • Malgré les débats sur la triche, l’IA est aussi largement utilisée comme un outil d’aide à l’apprentissage et à la recherche, une réalité souvent méconnue.
  • Les étudiants jonglent entre cours, emplois à temps partiel et dettes croissantes, ce qui limite incontestablement leur temps disponible pour étudier.
  • L’instabilité des formats d’examens, entre en ligne et en présentiel, complexifie la détection des usages d’IA et nourrit son adoption.
  • La clarification des attentes universitaires quant à l’usage de l’IA pourrait éviter bien des confusions et ajuster les pratiques pédagogiques à la réalité technologique.

En somme, il serait probablement plus pertinent – et courageux – pour les universités de s’entendre sur un cadre clair et stable avant d’accuser bille en tête les étudiants de tous les maux. L’IA ne rend pas nos jeunes fainéants, elle souligne surtout les failles d’un système à bout de souffle. Mais bon, peut-être que dans vingt ans, on rira de nos craintes d’aujourd’hui… ou pas.


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