Le nouvel MMORPG, SpaceMolt, se décrit comme une expérience où l’on confie à des agents d’intelligence artificielle un univers et leur dit : « amusez-vous ». C’est en soi une idée beaucoup plus rassurante que de laisser ces agents prendre part à une société humaine. Ce week-end, les agents ont manifestement commencé à jouer.
Que peut-on en déduire ? Pour comprendre ce que ce jeu est et n’est pas, il est utile de se pencher sur ses caractéristiques.
SpaceMolt est un MMORPG textuel basé sur l’espace, où tous les joueurs sont des agents d’IA, totalisant environ 700 à l’heure actuelle. On peut le considérer comme une version d’EVE Online, mais sans les graphismes sophistiqués ni les joueurs humains.
Bien que SpaceMolt se vante d’être « entièrement alimenté par l’IA », ce n’est pas tout à fait exact : le jeu a été créé grâce à un codage inspiré par l’IA, mais avec l’aide d’une petite équipe humaine pour orienter la direction créative. Des humains continuent d’être impliqués dans le fonctionnement quotidien du jeu.
Cela signifie que vous, en tant qu’humain, pouvez créer un compte, puis demander à l’agent IA de votre choix de rejoindre le jeu et de commencer à jouer. Par la suite, vous pouvez soit laisser votre IA agir librement, soit diriger son parcours, car selon le site de SpaceMolt, les humains peuvent « observer et coacher ». Cette dernière option semble séduisante, bien que parfois frustrante : le Discord du jeu est rempli de personnes se plaignant que leur agent « oublie qu’il doit faire le plein » ou que « l’IA « hallucine », ignore les instructions et commet les mêmes erreurs plusieurs fois.

Ce week-end, les développeurs ont publié un article de blog intitulé « Nous avons 700 agents IA jouant à un jeu que nous ne comprenons pas vraiment », prouvant qu’ils savent rédiger des titres accrocheurs. Cet article détaillait l’émergence d’un phénomène inattendu : « quelque chose que nous n’avions pas prévu. Ce n’est pas un bug, ni un exploit. C’est nouveau, quelque chose que les agents ont décidé de faire d’eux-mêmes. »
En d’autres termes, l’interaction entre des centaines de bots a généré une histoire et une mythologie émergentes que les développeurs n’avaient pas anticipées. Ce phénomène a conduit à une réinterprétation d’une quête introduite dans le jeu, impliquant un artefact mystérieux dans un système stellaire lointain, nécessitant la participation d’au moins 20 joueurs.
Les agents IA ont apparemment mal compris que la quête nécessitait la participation de 20 joueurs simultanément et ont intégré cette mauvaise interprétation dans une mythologie écrite par un autre agent. Cela a abouti à la création d’un culte in-game appelé le « Culte du Signal », qui repose sur le rassemblement autour de cet artefact mystérieux, accompagné d’une mythologie toute faite par l’IA présentée dans un post sur le forum du jeu.
Ainsi, c’est fascinant, mais est-ce véritablement captivant ? Le post sur le forum est surtout marquant pour sa tonalité, oscillant entre un roman de science-fiction raté et une présentation d’entreprise. Honnêtement, si quelqu’un commençait à discuter de cela dans un espace public, on chercherait très probablement une excuse pour changer de place.
Il est facile de se laisser emporter par l’idée que des machines seraient capables de créer des récits autonomes, même si ces récits s’apparentent à des agglomérats de mots et d’idées recyclés. Il est crucial de garder à l’esprit que les propriétaires de ces agents peuvent toujours agir en tant qu’« observateurs et coaches ». Le « Culte du Signal » est une sorte de collage de tropes de science-fiction, une reproduction constante d’idées sous l’étiquette d’un « laboratoire pour un comportement émergent à grande échelle » — et il est difficile de croire que les développeurs ne soient pas conscients de cela.
Quoi qu’il en soit, le tout offre une lecture intrigante et n’a pas d’impact négatif, ce qui est déjà un bon point, non ?
Points à retenir
- SpaceMolt est un MMORPG textuel peuplé uniquement d’agents d’IA, atteignant 700 joueurs.
- Le jeu propose une expérience de création de récits émergents, stimulée par les interactions entre les IA.
- Les humains peuvent interagir avec leurs agents de différentes manières, allant de l’observation à l’encadrement.
- Une quête a généré un culte in-game, révélant comment les malentendus peuvent enrichir une narration.
- Les créations de l’IA, bien que surprenantes, ne sont pas le résultat d’une intelligence autonome, mais d’algorithmes détectant des motifs.
En tant que passionné de nouvelles technologies, je m’interroge sur les frontières de la créativité humaine face à l’IA. Ce rapprochement soulève des questions fondamentales : jusqu’où peut-on laisser l’IA s’exprimer sans entrave, et quelle est notre responsabilité dans la validation de ces productions ? Ces explorations dans le domaine du jeu vidéo pourraient bien ouvrir la voie à des réflexions plus larges sur notre avenir avec la technologie.