Mark Zuckerberg et la promesse de la réalité augmentée : où en est Meta aujourd’hui ?
En 2015, lors du Vanity Fair New Establishment Summit, Mark Zuckerberg, alors tout heureux de l’acquisition d’Oculus pour plus de 2 milliards de dollars, dévoilait sa vision audacieuse de l’avenir. Il annonçait que les smartphones, aussi révolutionnaires soient-ils, ne seraient qu’une étape avant l’avènement d’une nouvelle ère fondée sur la réalité virtuelle (VR) et la réalité augmentée (AR), des technologies susceptibles de devenir la plateforme informatique dominante des prochaines décennies.
Pour Zuckerberg, l’évolution des technologies suit un cycle de 10 à 15 ans : après les mainframes, les PC, le web, le mobile, viendra désormais la réalité augmentée et virtuelle. L’objectif ? Passer d’une interaction complexe nécessitant des compétences techniques à une expérience plus naturelle, immersive, et ancrée dans la vie réelle. À ses yeux, ce futur se matérialiserait par la possibilité de partager des moments vécus en temps réel grâce à la VR, loin des traditionnelles photos ou vidéos en deux dimensions.
Une décennie plus tard, Meta a effectivement massivement investi dans ce domaine via ses casques Oculus, renommés Meta Quest. Pourtant, le chemin est encore semé d’embûches. Malgré des efforts notables, la promesse d’une expérience utilisateur « naturelle » semble encore loin d’être tenue. Les casques Quest seraient ainsi vendus à perte, selon diverses sources technologiques fiables.
Début 2024, Meta a d’ailleurs stoppé la commercialisation de son casque haut de gamme Quest Pro à 999 dollars, préférant orienter ses clients vers le plus abordable Meta Quest 3, vendu à 499,99 dollars. Par ailleurs, ses lunettes connectées Ray-Ban Meta connaissent tout de même un succès relatif, devenant le produit le plus vendu dans 60 % des boutiques Ray-Ban réparties en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Ces lunettes, qui ne disposent pas encore d’un affichage intégré mais offrent commandes vocales, appareil photo et haut-parleurs, pourraient bientôt évoluer vers une troisième génération intégrant un affichage visuel.
L’année dernière, Meta a aussi présenté son prototype de casque AR Orion, censé mêler habilement éléments numériques et environnement réel, et lancé un modèle économique plus accessible avec le Quest 3S à 299 dollars, destiné au gaming, à l’exercice physique et au visionnage de films en VR.
Sur le plan financier, Reality Labs, la division dédiée à ces technologies, a rapporté 412 millions de dollars au premier trimestre 2024, un chiffre en léger retrait comparé aux 440 millions de l’an passé. Pourtant, ces activités affichent un déficit conséquent, avec une perte opérationnelle s’élevant à 4,2 milliards de dollars pour la même période, en augmentation par rapport à l’année précédente.
Sur ce terrain très concurrentiel, Meta affronte des concurrents de poids. Apple a débarqué avec son Vision Pro en février 2024, à un prix dépassant les 3 400 dollars, tandis que Google et Samsung collaborent sur un casque de réalité mixte baptisé Project Moohan.
Points à retenir
- Mark Zuckerberg mise sur la VR/AR comme la prochaine révolution après le mobile, une pensée séduisante mais encore à concrétiser en volume et en usages.
- Meta continue d’investir lourdement, même si la division Reality Labs est un gouffre financier à court terme.
- Les lunettes Ray-Ban Meta sont un petit succès commercial, mais ne disposent pas encore de la technologie d’affichage promise.
- La concurrence n’est pas en reste : Apple, Google et Samsung comptent bien ne pas laisser Meta dicter à eux seuls l’avenir de la réalité augmentée.
- Le marché doit encore prouver que cette technologie vr/AR s’intègre efficacement et naturellement dans la vie quotidienne, au-delà du gadget ou du niche.
Alors, Meta va-t-il réellement bouleverser notre manière d’interagir avec la technologie ou va-t-il finir par enterré sous ses milliards de pertes et prototypes futuristes ? Le futur de la réalité virtuelle et augmentée ressemble pour l’instant à une course d’endurance où seuls les plus patients, ou les plus pessimistes, détiennent le ticket gagnant. En attendant, on peut toujours rêver à un monde où nos selfies seront remplacés par des hologrammes de vacances dignes de Star Trek — ce qui, convenons-en, serait plus fun qu’un énième filtré Instagram. Croisons les doigts pour que la réalité augmentée ne reste pas qu‘une vision un peu trop… virtuelle.