Un échange sur un pied d’égalité et à distance, sans la hiérarchie des médias traditionnels, c’est ce que Facebook et les réseaux sociaux auraient pu offrir. Frances Haugen, employée de Facebook, souligne que « certaines personnes sont socialement inhibées. D’autres se révèlent sous leur meilleur jour derrière un écran ». Sa conviction en la puissance positive des réseaux sociaux est fondée, même si la réalité a pris un tournant sinistre. En effet, Facebook a également engendré des problèmes tels que la radicalisation des individus, le harcèlement des adolescents et l’incitation à l’automutilation, résultant de choix économiques délibérés de Zuckerberg, qui connaissait les conséquences réelles de ses décisions.
Cette situation a été mise en lumière en septembre 2021 grâce à un article de Jeff Horwitz dans le *Wall Street Journal*, intitulé « The Facebook Files ». Cet article s’appuie sur les révélations de la lanceuse d’alerte Frances Haugen, qui, n’ayant pas été entendue au sein de l’entreprise, a décidé de rendre ses constats publics et a même témoigné devant le Sénat américain.
Une mise en lumière nécessaire
Ce moment charnière dans l’histoire de Facebook est marqué par le lancement du film *The Social Reckoning*, réalisé par Aaron Sorkin. Sorti seize ans après *The Social Network*, ce film aborde la complexité de l’évolution de Facebook, mais échoue à condenser cette histoire en peu de personnages, misant davantage sur les implications politiques que sur les relations interpersonnelles. Zuckerberg, bien que toujours omniprésent, apparaît comme une figure diabolique, tandis qu’Haugen incarne le parcours d’une idéaliste déterminée à révéler la vérité.
Radicalisation à portée de clic
Interprétée par Mikey Madison, Hautgen, bien que plus jeune que dans la réalité, témoigne d’une radicalisation accrue observée chez une amie, due aux réseaux sociaux, et utilise son rôle au sein de l’équipe d’intégrité civique de Facebook pour alerter sur ce phénomène. Rapidement, elle saisit que ses préoccupations ne sont pas prises au sérieux au sein de l’entreprise.
Haugen se tourne vers Horwitz, un journaliste d’investigation incarné par Jeremy Allen White, qui évoque une tendance nostalgique pour les reporters de l’ancienne époque. Cependant, malgré une intrigue prometteuse, la dynamique entre eux semble manquer d’énergie.
Le film s’articule autour de plusieurs événements dramatiques : l’enquête journalistique, la décision technique de Zuckerberg au profit de la polarisation extrême, la préparation de son audition devant le Congrès, et la radicalisation croissante de l’extrême droite, culminant dans l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021.
Une représentation insuffisante
Bien que la construction narrative soit cohérente, les personnages eux-mêmes manquent de crédibilité. Haugen, par exemple, est souvent présentée comme un stéréotype de la jeune femme socialement isolée, alors que dans la réalité, elle a pris sa décision après de profonds échanges avec ses parents, comme elle l’a mentionné dans de nombreuses interviews.
Le plus grand manquement de *The Social Reckoning* est de ne pas parvenir à représenter les mécanismes captivants des plateformes qui conduisent au fanatisme. La « mise au point » promise semble peu convaincante et genère même de l’ennui.
Points à retenir
- Une exploration des effets négatifs des réseaux sociaux sur les comportements humains.
- Le parcours de Frances Haugen comme lanceuse d’alerte au sein de Facebook.
- Une attention centrée sur les enjeux politiques plutôt que sur les relations humaines dans le film.
- Des choix narratifs qui pourraient ne pas refléter fidèlement les réalités du milieu technologique.
- Un manque de profondeur dans l’analyse des mécanismes de radicalisation facilitée par les plateformes sociales.
En tant que passionné de médias et de société, je ne peux m’empêcher de me demander dans quelle mesure nous, en tant que consommateurs, sommes conscients des implications éthiques derrière l’utilisation de ces plateformes. La ligne entre connexion et déconnexion devient floue, et peut-être est-il temps de réévaluer notre rapport à ces outils qui façonnent tant nos vies. Qu’en pensez-vous ?
