Il n’est pas surprenant que les utilisateurs des réseaux sociaux s’indignent parfois face à des publications qu’ils n’ont pas réellement lues. Pourtant, une récente tendance observée par une bibliothèque attire l’attention. Dans un entretien avec le média Kontext, Rupert Schaab, directeur de la WLB, souligne que cette problématique touche à des enjeux fondamentaux : “Les réseaux sociaux sont diamétralement opposés à la mission d’une bibliothèque. La bibliothèque académique est destinée à favoriser l’acquisition des connaissances, tandis que les réseaux sociaux peuvent réduire cette capacité.”
D’après plusieurs études récentes, il semblerait que les compétences en lecture des Allemands soient en déclin. L’Internationales Grundschul-Lese-Untersuchung (IGLU) a révélé en 2021 qu’environ un quart des élèves de CM2 ne parvenaient pas à atteindre le standard international nécessaire à la transition entre “apprendre à lire” et “lire pour apprendre”. De même, l’étude PISA de 2022 démontre une détérioration significative des compétences en lecture chez les adolescents de quinze ans. En outre, une enquête de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a montré que 22 % des adultes se situent au niveau I, incapable de comprendre des textes simples et courts. Bien que l’Allemagne reste au-dessus de la moyenne internationale dans ces études, la tendance est inquiétante.
Exercer son esprit pour le maintenir en forme
Cette problématique se fait également sentir dans le milieu universitaire. Clarissa Henning, du Centre d’Éthique Numérique à la Hochschule der Medien de Stuttgart, note que les étudiants rencontrent de plus en plus de difficultés à lire attentivement des textes longs. Pour eux, la simple capacité de lire n’est pas suffisante : “Il s’agit des structures de pensée que nous développons par la lecture, nous permettant de comprendre des situations complexes. Nous devons entraîner notre cerveau à réfléchir.” En effet, lire ne se limite pas à collecter des informations ; cela favorise également l’empathie, stimule le cerveau de diverses manières et aide à réduire le stress. Rupert Schaab ajoute également l’importance de la lecture : “Les compétences en lecture permettent aux individus d’acquérir des éléments fondamentaux. Elles enrichissent par exemple le vocabulaire, l’analyse et l’abstraction.”
Parallèlement, les réseaux sociaux prennent une place de plus en plus prépondérante dans nos vies. Une étude récente du Reuters Institute indique que 67 % des adultes en Allemagne se renseignent via les réseaux sociaux au moins une fois par semaine. Pour Rupert Schaab, cela représente un réel défi : “Les journées n’ont pas rallongé. Mais on observe jusqu’à trois heures d’activité sur les réseaux sociaux qui prennent le pas sur d’autres formes de lecture, en particulier celles concernant des textes plus longs et des raisonnements complexes.”
Actuellement, la bibliothèque nationale propose des formations telles que “Apprendre à lire des textes longs”. La lecture sur les réseaux sociaux se résume souvent à un survol ou un scan plutôt qu’à une analyse approfondie. Pourtant, il est possible de réapprendre à lire des textes longs. La question reste : comment inciter les gens à retrouver cet intérêt ? Ne serait-il pas judicieux de commencer là où ils se trouvent déjà ?
Points à retenir
- Les compétences en lecture des Allemands montrent une tendance à la baisse, notamment chez les jeunes.
- Le déclin des compétences en lecture pourrait avoir des répercussions sur la capacité à traiter des informations complexes.
- Les réseaux sociaux détournent du temps précieux de lecture approfondie.
- Des initiatives comme des formations sont mises en place pour encourager la lecture de textes longs.
- Une approche innovante pourrait consister à amener les gens à lire à partir de leur environnement habituel.
Je suis convaincu que si nous ne prenons pas conscience de l’importance de la lecture dans nos vies, nous risquons de perdre des outils essentiels pour comprendre notre monde. La lecture n’est pas seulement un moyen d’accéder à des informations ; c’est aussi une façon d’enrichir notre pensée critique et notre empathie. Quelle pourrait être la clé pour réengager les générations futures vers cette pratique enrichissante ?
