La maladie d’Alzheimer efface l’identité de celui qui en souffre, tout comme la mer efface les traces d’un marcheur sur le sable. Cette pathologie, ainsi que les démences en général, demeurent largement méconnues. Le neurologue José Antonio Reyes, coordinateur de la conférence « Actualisation sur les démences » organisée par le Collège des Médecins de Malaga, partage des éléments clés sur la prévention, le diagnostic et la prise en charge de ce mal. En ce qui concerne les facteurs de risque, quelle est la plus grande influence : la génétique ou le mode de vie ? « Pour la maladie d’Alzheimer, la principale affection dégénérative de notre époque, environ 60 % du risque est d’origine génétique, tandis que 40 % relèvent d’éléments externes », souligne-t-il.
Le neurologue se concentre sur la maladie d’Alzheimer, car environ 80 % des cas de démence sont dus à cette pathologie.
Génétique
« Plusieurs gènes sont associés au risque génétique, le plus significatif étant l’APOE : l’allèle 4 accroît le risque de développer Alzheimer. Chaque individu hérite de deux allèles, un de chaque parent. La présence de l’APOE 4 augmente le risque de cinq fois. Si les deux allèles, maternel et paternel, sont présents, le risque grimpe à 15 », explique-t-il, ajoutant qu’il existe d’autres gènes à prendre en compte.
À ce propos, des facteurs liés au mode de vie sont modifiables. « La stimulation cognitive, l’étude, la lecture, la musique sont des facteurs protecteurs. Ne pas fumer, limiter la consommation d’alcool, maintenir un mode de vie sain, gérer le cholestérol, l’acide urique, le sucre, éviter ou contrôler le diabète, faire de l’exercice, sont essentiels », précise-t-il. Il recommande également de prévenir les pertes auditives et d’entretenir une bonne vision. En ce qui concerne l’alimentation, il est crucial d’adopter de bonnes habitudes dès la jeunesse ; les changements pathologiques liés à Alzheimer peuvent survenir jusqu’à 20 ans avant les premiers symptômes.
Signes d’alerte
Quels sont les premiers signes indiquant une démence ? « Ce sont d’abord des oublis légers, qui avec le temps peuvent s’aggraver. D’autres symptômes apparaissent progressivement : problèmes de langage, de raisonnement, d’orientation, etc. », précise-t-il. Ces troubles incluent souvent des changements de comportement, rendant la personne plus apathique ou renfermée. La famille est généralement la première à repérer ces changements et à chercher de l’aide.
Comment distinguer un oubli normal d’un signe précurseur ? « Tous nous avons des oublis occasionnels, souvent liés au stress ou à la fatigue. Des questions comme : ‘Où ai-je mis mes clés ?’ ne sont pas alarmantes si elles sont isolées, mais les oublis liés à la démence évoluent et s’accompagnent d’autres symptômes », note le Dr Reyes.
Dépistage précoce
En matière de dépistage précoce, « nous vivons une véritable révolution. Les diagnostics étaient auparavant réalisés par biopsie, mais nous disposons désormais de biomarqueurs mesurables dans le liquide céphalorachidien et même dans le sang. La précision est de 100 % et ces marqueurs sont présents dès les phases les plus précoces, même chez des patients asymptomatiques », précise-t-il. Un affaiblissement cognitif léger peut déjà être détecté à ce stade.
Actuellement, aucun médicament ne peut guérir Alzheimer ou stopper sa progression, mais des traitements comme les antiamyloïdes (lecanemab et donanemab) devraient être approuvés bientôt. « Ces traitements permettront de ralentir la progression de la maladie. Je rappelle toujours aux patients que le traitement ne fait que soulager les symptômes. Ce qui peut vraiment aider à ralentir la maladie, c’est d’adopter un mode de vie sain », insiste-t-il.
Les types de démences sont multiples. « La démence elle-même est un syndrome, caractérisé par un déclin cognitif, allant d’une forme légère à une forme plus grave. Les causes peuvent comprendre des traumatismes crâniens, des AVC, des maladies dégénératives, et des inflammations comme la méningite. »
Le deuxième type de démence le plus courant après Alzheimer est causé par des lésions vasculaires, notamment des AVC. D’autres formes incluent la démence à corps de Lewy, entraînant des troubles cognitifs et des hallucinations, et la démence frontotemporale, qui se manifeste par des changements de comportement significatifs.
Après le diagnostic de la maladie, l’un des premiers conseils du Dr Reyes aux familles est : « Cherchez de l’aide » dans les centres de santé ou auprès d’organisations. Les avancées thérapeutiques se multiplient chaque année et le panel de traitements prévu pour les 10 à 15 prochaines années s’annonce prometteur.
Points à retenir
- La génétique représente environ 60 % des facteurs de risque d’Alzheimer.
- Des habitudes de vie saines peuvent aider à réduire ce risque.
- Prévenir les pertes d’audition et prendre soin de sa vue est également bénéfique.
- Les premiers symptômes de la démence peuvent être subtils mais évolutifs.
- Le dépistage précoce et l’utilisation de biomarqueurs améliorent le diagnostic.
- Actuellement, il n’existe pas de traitement curatif, mais des avancées sont attendues.
La maladie d’Alzheimer jette une lumière préoccupante sur notre société, d’autant plus qu’elle touche de plus en plus de personnes. En tant que passionné du sujet, je me rends compte que ces informations essentielles ne doivent pas seulement être diffusées, mais également discutées. Comment favoriser un environnement où la prévention et la sensibilisation sont au cœur des préoccupations ? Réfléchissons ensemble à l’impact que nous pouvons avoir, individuellement et collectivement, pour mieux appréhender cette maladie et ses conséquences.