mer. Juin 24th, 2026

Fusions et acquisitions : Les pouvoirs d’appel de l’UE et les investissements directs étrangers en tête de l’agenda

Ces dernières années, les entreprises des secteurs innovants ont porté une attention particulière à la capacité des autorités de la concurrence à “appeler” des fusions qui ne dépassent pas les seuils de déclaration obligatoires, notamment pour intercepter l’acquisition de cibles pré-revenus ou à faible revenu.

Lorsque la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a confirmé dans l’affaire Illumina/GRAIL en septembre 2024 que la Commission européenne (CE) ne pouvait appeler que les transactions soumises à l’examen d’un ou plusieurs États membres, cela a suscité un optimisme prudent quant à la réduction du risque d’appel au sein de l’UE. Toutefois, nous avons souligné qu’il fallait tempérer cette perspective par (i) l’élargissement croissant des pouvoirs des États membres pour examiner les transactions ne nécessitant pas de notification obligatoire ; et (ii) les régimes de contrôle des fusions nationaux qui ne dépendent pas uniquement des seuils de chiffre d’affaires.

Un an après Illumina/GRAIL, il est essentiel de continuer à évaluer le risque d’appel pour les transactions en sciences de la vie, bien que l’analyse se soit quelque peu modifiée. Les acteurs du marché se concentrent désormais sur les risques au niveau des États membres avant d’analyser le paysage européen global. Cela nécessite souvent d’examiner les seuils de notification obligatoire en Allemagne (où un test de valeur de transaction s’applique) et le risque d’appel en Italie, ainsi que dans d’autres États membres qui peuvent examiner les acquisitions de cibles de petite taille ou pré-revenues. On peut s’attendre à ce qu’en cas de révisabilité de transactions au niveau national, les États membres puissent se concerter et, en définitive, s’accorder avec la CE pour référer des cas appropriés, comme cela a été le cas avec l’acquisition de Run:ai Labs Ltd par NVIDIA à la fin de 2024.

Les procédures de dépôt d’investissement direct étranger (IDE) demeurent également cruciales pour la conclusion des affaires, notamment en ce qui concerne le timing des transactions. Souvent, les opérations dans le secteur des sciences de la vie et de la santé déclenchent des dépôts d’IDE dans des juridictions où le délai d’examen, même pour des affaires simples, peut être considérablement plus long que celui des régimes de contrôle des fusions. Cela signifie que les IDE (en Europe et à l’international) constituent un obstacle de plus en plus déterminant pour les transactions dans les domaines des sciences de la vie et de la santé, influençant les délais de transaction même pour celles qui obtiennent un feu vert inconditionnel.

Antitrust : la dominance, le dénigrement et les stratégies de brevet au cœur des préoccupations

Parmi les nombreuses décisions importantes rendues au cours de l’année passée, la condamnation de Teva par la CE pour abus de position dominante, assortie d’une amende de 462,6 millions d’euros, se démarque par ses implications variées pour le secteur des sciences de la vie.

Nous avons d’abord publié des éclairages clés sur la décision Teva lors de son annonce en octobre 2024. Quelques mois plus tard, en avril 2025, la CE a publié la décision complète, offrant de plus amples détails à l’industrie. Trois thèmes principaux ont particulièrement retenu l’attention.

Dominance : plus susceptible de surgir juste avant ou après l’entrée sur le marché de produits génériques

En suivant des approches similaires à celles observées dans des affaires précédentes, la décision Teva souligne que la définition du marché peut évoluer au cours du cycle de vie d’un produit. La CE a insisté sur le fait que la première étape de l’analyse consiste à établir quels traitements sont substituables sur le plan thérapeutique.

Dans l’affaire Teva, il a été constaté que, peu avant l’entrée sur le marché d’un produit générique, le produit Copaxone de Teva a rencontré pour la première fois une concurrence de prix. Cette entrée a eu des effets conséquents sur les prix, les volumes et les profits de Copaxone, remodelant ainsi le marché dans lequel il évoluait.

Dénigrement : une analyse complexe dans la première décision d’infraction de l’UE souligne la nécessité de prudence autour des déclarations concernant les concurrents

Suite à des règlements avec Vifor, la décision Teva a été la première à conclure à une infraction concernant la diffusion de revendications trompeuses et dénigrantes à propos d’un produit concurrent. L’analyse a été approfondie et a considéré des éléments tels que la capacité des allégations à produire des effets d’exclusion sur les nouveaux entrants sur le marché.

Stratégies de brevets : la décision Teva laisse les entreprises avec des interrogations sur la prolongation artificielle de l’incertitude juridique

La CE a mis en lumière une stratégie de “division” utilisée par Teva, témoignant de la nécessité d’examiner les communications internes dans l’analyse d’abus de position dominante. Cela soulève des questions sur l’équilibre entre protection de la propriété intellectuelle et responsabilité concurrentielle.

Un autre sujet émergent d’intérêt en matière d’antitrust : l’ordre exécutif US sur les prix “nationaux préférentiels”

Le 12 mai 2025, l’administration Trump a émis un ordre exécutif proposant des objectifs de prix pour les fabricants pharmaceutiques américains afin d’aligner les prix sur ceux des nations comparables. Cette politique attire une attention particulière car elle pourrait influencer les prix et l’offre sur le marché européen, exigeant une évaluation minutieuse pour éviter d’augmenter les risques d’exposition pour les entreprises.

Notre Opinion Tech

Il est fascinant de constater comment les réglementations au niveau international peuvent influencer directement les stratégies des entreprises, en particulier dans des secteurs hautement innovants comme les sciences de la vie. Alors que les autorités de la concurrence affinent leurs approches concernant l’évaluation des fusions et des acquisitions, il est crucial pour les acteurs du marché de naviguer habilement dans cette complexité législative. En intégrant des experts en antitrust dès le début du processus, les sociétés amélioreront non seulement leur conformité, mais aussi leur capacité à innover efficacement dans un environnement de plus en plus compétitif.

Bon à savoir

Les décisions antitrust, notamment en matière de fusions et acquisitions, peuvent avoir des conséquences significatives sur le paysage concurrentiel et sur les entreprises opérant dans le domaine des sciences de la vie. Cela peut également influencer la recherche et le développement de nouveaux traitements, ce qui est essentiel pour le progrès de la santé publique.


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