La cueva Bobcat, située près de Huntsville, abrite plusieurs espèces rares, notamment le crevette de cueva d’Alabama, deux espèces de crabes de cueva et le poisson de cueva du sud. C’est dans ce contexte que le Dr. Matthew Niemiller s’est lancé dans une étude de cet écosystème souterrain l’année dernière.
À sa grande surprise, il a découvert un poisson étonnant, inconnu jusqu’alors de la science. Selon lui, cette espèce pourrait figurer parmi les plus rares au monde.
Ce poisson se distingue par son absence d’yeux, sa bosse, ses rayons épineux et une morphologie unique, différente des autres poissons de cueva. Il ne possède également aucun pigment, rendant sa peau translucide, révélant ainsi son cerveau.
La transparence n’est pas si rare, explique le Dr. Jonathan Armbruster, conservateur de poissons au Musée d’Histoire Naturelle de l’Université d’Auburn, et co-auteur d’une étude récente sur cette découverte.
« On observe généralement cela chez les poissons de petite taille, vivant dans des eaux claires », ajoute Armbruster. « Leur corps transparent permet une certaine discrétion dans leur environnement. »
L’apparence de cette créature évoque des scènes de science-fiction, d’où son nom : Demogorgonichthys arcanus, ou poisson-caverne démon. Ce nom fait référence au monstre Demogorgon de la série à succès de Netflix, “Stranger Things”.
Initialement, Niemiller se demandait si le poisson appartenait à une espèce déjà connue, le poisson de cueva du sud.
« J’ai observé la grande diversité parmi les poissons de cueva au fil des ans, et j’ai déjà été trompé par des créatures ayant des aspects différents mais similaires sur le plan génétique », explique Niemiller. « Toutefois, celui-ci était différent de manière indiscutable. »
Après avoir partagé des photos du poisson avec Armbruster et la Dr. Pamela Hart, également co-auteur de l’étude, le groupe a procédé à des analyses comparatives. Grâce à des tomographies informatisées et des tests génétiques, ils ont démontré que ce poisson avait une structure squelettique différente de celle des autres espèces identifiées dans la cueva.
En se basant sur ces résultats, l’équipe a établi que ce poisson constituait un genre et une espèce nouvellement identifiés.
On ignore combien de poissons-caverne démon existent encore, mais le Dr. Niemiller souligne qu’ils pourraient bien être parmi les plus rares. « À notre connaissance, cette espèce ne se trouve qu’en un seul endroit, et sa population est probablement très réduite », précise-t-il.
Les recherches de l’équipe ont été publiées dans la revue Scientific Reports.
Dans “Stranger Things”, le personnage Demogorgon traque la ville fictive de Hawkins, dans l’Indiana. Le terme a des racines obscures ; les créateurs de Dungeons & Dragons l’ont repris pour un vilain dans les années 1970, avant que Netflix ne l’utilise pour son monstre.
Séduit par la série, Armbruster a suggéré ce nom au moment où le poisson a été découvert, coïncidant avec le lancement d’une nouvelle saison de “Stranger Things”.
« Comment nommer une créature sans yeux et d’un blanc presque éthéré ? C’est un défi, souvent les organismes des cavernes sont baptisés d’après des créatures souterraines », indique Armbruster.
Peu de choses sont connues sur ce poisson. Les chercheurs ne peuvent pas différencier les mâles des femelles, et leurs comportements reproductifs restent mystérieux.
En ce qui concerne son alimentation, le poisson cueva démon se nourrit probablement de tout ce qui peut tenir dans sa bouche.
La découverte de ce poisson suggère également qu’il existe probablement d’autres espèces non identifiées, même dans des zones déjà étudiées. Certaines pourraient se cacher dans des terrains difficilement accessibles, comme des installations militaires. La cueva Bobcat se trouve sous l’Arsenal Redstone de l’armée américaine.
Selon la Dr. Suzanne McGaugh, chercheuse à l’Université du Minnesota spécialisée dans l’évolution des poissons caverne, décrire de nouvelles espèces de vertébrés en Amérique du Nord, comme le poisson cueva démon, est extrêmement rare.
C’est fascinant que deux espèces de poissons caverne cohabitent dans la même cueva, même si elles ont évolué à partir d’ancêtres différents, souligne McGaugh, en faisant référence au poisson cueva démon et au poisson cueva du sud.
Lors de sa dernière visite à la cueva Bobcat, Niemiller a aperçu 27 poissons cueva démon, mais ce nombre ne doit pas être considéré comme une indication fiable de la population totale. La cuve de recharge, qui impacte la quantité et qualité de l’eau souterraine, est d’ailleurs très limitée, ce qui laisse penser que cette espèce pourrait être en danger critique d’extinction.
Grâce aux protections en place pour la qualité de l’eau autour de la cueva, Armbruster estime qu’il est « peu probable » que ce poisson disparaisse.
Les organismes vivant dans les cavernes fonctionnent souvent comme des « canaris dans une mine de charbon » : une diminution de leurs populations peut indiquer une contamination des eaux souterraines.
En identifiant le poisson cueva démon, les scientifiques avancent d’un pas dans la lutte contre la crise de biodiversité mondiale. « Comprendre notre planète est crucial pour garantir notre survie future », conclut Armbruster. « Sauvegarder ces poissons cueva est important, mais cela concerne également notre propre existence. »
Points à retenir
- La cueva Bobcat abrite plusieurs espèces rares et menacées.
- Le poisson cueva démon, récemment découvert, pourrait être l’une des espèces les plus rares au monde.
- Ses caractéristiques physiques incluent l’absence d’yeux et une transparence marquée.
- La recherche a révélé que cette espèce se distingue génétiquement d’autres poissons caverne connus.
- La population actuelle est incertaine, mais elle est jugée très réduite.
- Aucune information n’est disponible concernant la reproduction de cette espèce.
- La découverte met en lumière l’importance de la biodiversité même dans des environnements souvent étudiés.
En tant qu’observateur passionné, je ne peux m’empêcher de m’émerveiller devant la profondeur des mystères que la nature recèle. Chaque nouvelle espèce, comme le poisson cueva démon, nous rappelle que la biodiversité est fragile, qu’elle nécessite notre attention et notre protection. Que d’autres découvertes nous attendent encore dans des recoins inexplorés de la Terre ? La curiosité humaine pourrait bien être la clé de notre avenir.
