Cher Directeur,
Au début des années quatre-vingt, l’enseignement de la Médecine était bien différent. Pas d’ordinateurs ni de ressources informatiques pour appuyer l’enseignement : nous avions des tableaux noirs recouverts de craie, des manuels scolaires et les inévitables supports de cours rédigés par des étudiants assidus, à partir de notes prises en classe avec l’aide des professeurs.
À Chieti, nos formateurs étaient principalement des cliniciens : des médecins hospitaliers partageant leur expérience directement au chevet des patients. À cette époque, l’approche pédagogique était nettement centrée sur la clinique, même pour des matières fondamentales comme la chimie ou la physique biomédicale, toujours liées à des possibilités cliniques. La question prédominante au sein de notre milieu académique était : non pas ce qu’il fallait savoir, mais plutôt ce qu’il fallait savoir faire. Ce « savoir-faire » était notre quête perpétuelle, plus que l’examen lui-même. L’angoisse se résumait souvent à une question : si je fais face à ce type de patient, que dois-je faire ? Nous étions en quête d’un savoir opérationnel qui nous identifiait en tant que cliniciens.
Chaque occasion était bonne pour nous glisser dans les couloirs des hôpitaux et observer nos enseignants à l’œuvre. La relation avec le patient devenait cruciale : comprendre son apparence, ses comportements et ses réactions. Nous avions bien compris que la pratique médicale ne consiste pas à partir de la connaissance de la maladie pour arriver aux symptômes, comme l’étude de la pathologie médicale le suggère, mais bien l’inverse : il fallait partir des symptômes du patient pour comprendre la maladie—c’était la clinique. Une base théorique solide couplée à une observation minutieuse étaient ainsi essentielles. La sémiologie, cette science des signes, était également fondamentalement ancrée dans mes études de l’époque.
Maintenant, en tant que médecin généraliste depuis plus de trente ans, je conserve cette approche clinique héritée de mes maîtres universitaires, tant dans le concept qu’au contact des patients. Cependant, un changement se profile à l’horizon avec les jeunes collègues et dans les services où ils exercent : à présent, il y a les ordinateurs et leurs algorithmes, avec des méthodes procédurales très technologiques : examens, imageries, protocoles, standards cliniques, procédures informatisées et essais cliniques définissant des parcours d’action et des orientations. Tout est à portée de main, présentant des avantages indéniables, mais s’éloigne de la dimension profondément humaine de la pratique médicale : l’interaction relationnelle avec le patient. Observer, toucher, parler, écouter, intégrer ses propres sensations et celles du patient pour élaborer un tableau clinique unique, non selon des algorithmes mais selon une perception humaine, est essentiel. Nous avons vécu un changement technique et culturel : autrefois, l’ordinateur était un outil à notre service ; aujourd’hui, nous semblons devenir des outils au service de la technologie. Quelle est la direction de l’Intelligence Artificielle, sinon celle de concentrer notre savoir pour enrichir le sien? J’espère qu’elle ne s’appropriera jamais notre intuition : cette capacité humaine d’établir des connexions apparemment irrationnelles, reliant le cas A à C sans passer par B.
S’il s’agissait d’un rêve pour le secteur de la santé : un médecin virtuel où le patient entrerait ses données et symptômes pour recevoir rapidement un diagnostic et des prescriptions, tout en quelques minutes. Un tel système remettrait-il en question le besoin de médecins généralistes ? Allons-nous vers une numérisation totale qui, certes, serait bénéfique pour les finances publiques, ou l’approche humaine demeurera-t-elle nécessaire ?
Je crains que cela ne soit réservé qu’aux patients disposant des moyens nécessaires…
Points à retenir
- L’enseignement médical des années 80 se basait sur l’expérience clinique directe.
- La formation mettait l’accent sur le « savoir-faire » pratique plutôt que sur la simple connaissance théorique.
- Le contact humain avec le patient est central dans le diagnostic.
- La technologie transforme le métier, mais elle ne doit pas remplacer la relation humaine.
- Il pourrait y avoir des divergences dans l’accès aux soins selon les ressources financières des patients.
En tant que passionné de médecine, je me questionne souvent sur l’avenir de notre profession. Nous évoluons dans un monde où l’Intelligence Artificielle prend de plus en plus de place, ce qui pose la question cruciale : jusqu’où irons-nous dans cette quête technologique ? Quels seront les coûts de cette évolution pour notre humanité en tant que soignants ? J’espère sincèrement que notre capacité d’empathie et notre pouvoir d’analyse, uniques à l’homme, continueront de guider notre vocation.