En 2025, Ai Ogura, rookie prometteur en MotoGP, a connu une saison en montagnes russes, qui aurait pu déstabiliser bien d’autres pilotes. Pourtant, son attitude reste sereine et ses propos éclairent ce parcours chaotique.
Après un début de saison tonitruant en Thaïlande, où il s’est imposé comme le meilleur pilote Aprilia et clairement second derrière Marco Bezzecchi, Ogura a vu la dynamique changer radicalement. Bezzecchi a creusé l’écart, Raul Fernandez, plus expérimenté, l’a dépassé, et Lorenzo Savadori, remplaçant Jorge Martin, est devenu un concurrent redoutable.

“Les deux ou trois premières courses n’étaient pas représentatives,” confie Ogura lors d’une interview exclusive avec The Race, média plutôt bien informé sur la discipline. “À Jerez, Le Mans, ça a commencé à refléter mon vrai potentiel. Au début, on a beaucoup roulé en essais et fait des kilomètres, mais on reste nouveau en MotoGP. On ne sait pas tout, parfois ça va vite parce qu’on y va à l’instinct, sans trop réfléchir — jusqu’à la chute.”
En effet, Ogura a déjà connu plusieurs incidents, dont une chute à Silverstone qui lui a valu une fracture mineure du tibia. Il nuance aussi son étonnante cinquième place de Thaïlande, qu’il qualifie lui-même de bonne surprise, sans s’emballer. “Je savais que ça ne durerait pas toute la saison, et ça ne me dérange pas d’avoir eu des blessures ou des mauvais résultats.”

Une remarque décontractée d’Ogura plus tôt dans la saison, lorsqu’on lui demandait s’il voyait son nom comme la solution attendue chez Aprilia en cas de problème avec Jorge Martin, avait semblé presque moqueuse. Pourtant, son parcours initial avait de quoi le légitimer.

Il explique : “C’est ma première année, j’ai un contrat de deux ans, je suis content de mon équipe. Je sais qu’il y a des pilotes qui ne performent pas encore mais ont du potentiel, comme Enea Bastianini ou Maverick Vinales en début de saison. Donc pour moi, la question chez Aprilia, c’est… je ne sais pas comment dire, c’était presque drôle.” Son rire cache une certaine humilité combinée à une bonne dose de réalisme face aux attentes.
Un départ de Honda attendu

Avant Trackhouse, la carrière d’Ogura a toujours été liée à Honda, tellement qu’il a surpris en rejoignant l’équipe américaine satellite d’Aprilia cette année. Un changement de cap inattendu mais désormais réalité.
Il reconnaît avoir pu accéder au MotoGP dès 2023, au sein de LCR Honda, mais estime ne pas avoir été prêt. “En Moto2, je finissais parfois quatrième, cinquième, même lors de mauvais week-ends, ce qui est correct. Mais en essais, je n’étais souvent pas dans le top 10. Ça m’a fait sentir que je n’étais pas prêt.”

Le risque, pour un jeune, est de brûler ses étapes en premier plan, et ne plus avoir de seconde chance. Et puis, la Honda RC213V de l’époque n’était pas au meilleur de sa forme, à la fois ralentissant les pilotes et étant moins docile qu’aujourd’hui.
Sa saison 2022 en Moto2 fut tendue, marquée par une lutte avec Augusto Fernandez, qui lui a échappé à cause d’une chute à Sepang alors qu’il tenait presque le titre. “Cette chute, je ne l’oublierai jamais.” Après une blessure qui a quasiment ruiné la saison 2023, il a su rebondir en 2024 et s’adjuger enfin ce titre tant espéré.
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Ce passage difficile n’a pas entamé son ambition, qui a toujours été claire : passer en MotoGP dès qu’il serait prêt, même sans décrocher le titre intermédiaire.
Malgré une fracture de la main lors du GP d’Autriche, alors qu’il poursuivait son coéquipier leader Sergio Garcia, Ogura a vite retrouvé la forme, marquant la fin de son parcours chez Honda avec une note positive. “C’était difficile de quitter Honda, c’est la marque avec laquelle j’ai grandi et qui m’a élevé à ce niveau.”
Retrouver le rythme, un travail de patience

Aujourd’hui, Ogura doit sortir de sa période creuse. Son succès initial peut jouer contre lui, et son équipe semble loin de paniquer pour l’instant. Le chef de Trackhouse, Davide Brivio, connaît bien la difficulté d’un début chaotique à haut niveau, ayant vécu le même scénario avec Joan Mir à Suzuki.
Le point faible d’Ogura reste ses performances sous la pluie, même si une amélioration est perceptible, sans rattraper complètement son retard.

Quant à la difficulté de la montée entre catégories, Ogura nuance : “Passer de Moto3 à Moto2 est plus compliqué que de Moto2 à MotoGP. La vitesse augmente, mais passer d’une seconde d’écart à être vraiment devant requiert un travail intensif, quel que soit le niveau.”

Le plus dur est donc peut-être à venir. Mais il dispose du temps et du crédit accumulé lors de ses brillantes performances passées. Pour ce qui est de son avenir contractuel, il juge la question trop lointaine — bien que son été flamboyant en 2025 ait éveillé bien des convoitises.
Points à retenir
- Ai Ogura est passé d’une fulgurante révélation à une forme fluctuante, sans jamais perdre son calme olympien.
- Son départ de Honda, marque avec laquelle il a grandi, fut une vraie révolution dans sa carrière, témoignant d’un choix mûrement réfléchi.
- Les blessures et les chutes ont rythmé sa saison, mais il semble prêt à gérer ces aléas avec philosophie.
- Le test du temps reste météo, où Ogura doit encore trouver ses marques, surtout sous la pluie.
- Passer de Moto2 à MotoGP serait facile… jusqu’à ce qu’il faille grappiller ces derniers dixièmes de seconde, là où les vraies batailles commencent.
- Le boss de Trackhouse, Davide Brivio, semble confiant, probablement car il a connu ce genre de premiers pas cahoteux avec Mir. Rien de bien nouveau sous le soleil américain.
- Ogura sait que le vrai défi est d’installer sa constance au plus haut niveau, rien de moins.
Alors, pendant qu’on attend fiévreusement de voir s’il va regagner son éclat d’antan, on peut s’interroger sur la génétique secrète des rookies de MotoGP. Est-ce qu’il faut un soupçon de chaos pour révéler le vrai talent ? Ou est-ce simplement que MotoGP aime embrouiller les cartes au moment où on croit enfin tenir la main gagnante ? Moi, je parie qu’Ai Ogura a encore quelques tours de magie à jouer — et peut-être qu’on finira tous par adorer cette monture Aprilia, même avec quelques bosses sur la route.