Avec Octopath Traveler 0, Square Enix ne se contente pas de remonter le temps ; il réorganise également la généalogie d’une série qui s’est étoffée au fil des ans. Avant Octopath Traveler II et bien avant que la technique HD-2D ne devienne emblématique, il y avait Octopath Traveler: Champions of the Continent, un chapitre destiné aux mobiles qui a élargi l’univers narratif sur iOS et Android. Bien qu’il ait été un essai plaisant, il était limité par son format.
Octopath Traveler 0 s’empare de cet héritage et le transpose dans un contexte plus riche, structuré, et libre des compromis des plateformes mobiles. Le résultat est un préquel qui vise à reconstruire les fondations mythologiques de la saga tout en clarifiant son identité. Reste à savoir si ce retour à l’origine représente un choix nécessaire ou un détour risqué pour la série, d’autant plus qu’il s’agit de réadapter un titre conçu pour le mobile à une version de salon plus vaste.
Le parcours du créateur
Octopath Traveler 0 vous invite à vous sentir créateur. Ce concept se manifeste non seulement lorsque vous devrez reconstruire votre ville, mais aussi parce que vous aurez l’occasion de façonner votre personnage dès le départ. Pour la première fois dans la série, la personnalisation de votre héros dépend entièrement de vos préférences : chaque caractéristique, en pixel art, est sélectionnable, y compris la classe, parmi les huit disponibles.
Votre héros sera le seul à pouvoir changer de travail au cours de l’aventure, permettant ainsi d’explorer toutes les options offertes par le jeu. Nous avons opté pour le Scholar, qui, comme dans la plupart des RPG, bénéficie d’une puissante capacité appelée « magie ». Au fur et à mesure de notre progression, nous avons également testé d’autres classes comme Thief, Dancer, Hunter, Apothecary, Merchant, Warrior et Cleric.
La reconstruction de la ville est également liée aux dégâts infligés par les antagonistes. Alors que nous découvrons qu’un mystérieux anneau est caché à Wishvale, le tyran Tytos, assisté d’Auguste et de ses mercenaires appelés les Scarlet Wings, ravage la ville. La vanité et la soif de pouvoir de Tytos et d’Auguste se retournent contre les habitants, entraînant une tragédie qui touche même les parents du protagoniste, ainsi que le père de Stia, son amie d’enfance. Avant de jurer vengeance, ils promettent de reconstruire la ville et de mettre fin à la quête sanguinaire de Tytos et Auguste pour des anneaux qui semblent promettre un immense pouvoir.
Bien que le récit démarre sur des thèmes forts de revanche, Octopath Traveler 0 dérive rapidement vers des clichés narratifs japonais, incorporant le voyage du héros qui part de rien pour devenir le sauveur. Le charisme de certains antagonistes, notamment Auguste avec sa personnalité charismatique, ne parvient que rarement à éclipser celui de notre groupe, et notre héros demeure silencieux, n’utilisant sa voix que pour activer ses compétences.

La narration atteint rapidement une phase où les dialogues deviennent prévisibles. De plus, il est frustrant de pouvoir interroger divers PNJ dans les villages sans que cette mécanique n’entraîne de résultats tangibles, laissant un sentiment de construction du monde inachevée.
Construire la ville
Un des éléments mis en avant est la reconstruction de Wishvale, la ville natale du protagoniste, que vous finirez par chérir après sa destruction.


Les sessions de construction de ville deviennent rapidement peu engageantes. Le retour à l’hub de jeu se limite à récupérer des objets, des récoltes de votre jardin et des produits de la ferme. Bien que ceux-ci puissent être cuisinés pour apporter des bonus, ils n’impactent guère votre expérience. De plus, l’expansion de la ville suit un chemin très guidé, avec des missions qui s’étirent sur l’intrigue principale de manière trop espacée. Au bout de dix heures de jeu, il est facile d’oublier la possibilité de retourner à votre ville natale ; les missions secondaires apparaissent comme des automatismes sans vraiment de mordant.
Étrangement, alors que la reconstruction de Wishvale pourrait offrir divers bénéfices, il s’avère que défier un habitant pour obtenir un butin se révèle souvent plus séduisant que de s’intéresser à la ponte de votre poule. Le city building apparaît comme une occasion manquée, même si certaines compétences et caractéristiques des citoyens peuvent offrir de petits bonus.
Le système de combat
Le cœur d’Octopath Traveler 0 réside dans son système de combat, qui captivant sans jamais ennuyer. Le choix d’un style old school avec des combats aléatoires, non visibles sur la carte, réussit à maintenir un rythme rapide tout en offrant une belle profondeur au gameplay.

Chaque adversaire possède un bouclier, et en le brisant, il entre dans un état de désorientation, permettant d’infliger plus de dégâts. La rupture de cette défense et ramener les Break Points à zéro nécessite d’analyser les faiblesses des ennemis liées à différents éléments ou armes.
Cette approche incite à diversifier votre équipe. En recrutant de nouveaux alliés, les combinaisons de classes et d’armes se multiplient, vous préparant à faire face à des boss. Certains affrontements, surtout au-delà de niveaux 20, seront particulièrement corsés, mais avec une bonne stratégie et le soutien de quelques unités invitées, la victoire reste envisageable. Le système de combat d’Octopath Traveler 0 parvient à rester captivant en tout temps, grâce à une option qui permet de doubler la vitesse des combats, rendant même les luttes trivialement rapides.
Un bémol subsiste : le développement a visiblement placé un déséquilibre en faveur des PNJ des villages, plus puissants et complexes, par rapport aux menaces sur la carte du monde. Cette décision a transformé chaque combat sur la carte en une simple suite d’errances, poussant à se diriger vers le prochain village pour affronter les PNJ.
Certains éléments dans l’exploration des villages manquent également de profondeur. Les interactions avec les habitants et les diverses structures sont souvent peu gratifiantes, et la rareté de la monnaie de jeu complique l’amélioration de votre équipement, étant donné que la plupart de vos ressources proviennent de combats avec les PNJ.
Un nouvel HD-2D
Le style HD-2D d’Octopath Traveler 0 est captivant, mêlant la nostalgie du 16-bits avec des lumières et des détails modernes, créant un univers graphiquement envoûtant. Cependant, ce style risque de devenir « prévisible ». Ce qui était autrefois une expérience novatrice de Square Enix commence à perdre de son éclat.
Octopath Traveler 0 réussit toutefois à se démarquer en utilisant l’HD-2D comme un outil narratif, construisant des atmosphères uniques. Parfois, on a l’impression que les équipes de développement adoptent une approche paresseuse, alors que d’autres projets, tels que Dragon Quest VII Reimagined, réussissent à moderniser les éléments techniques avec succès. Bien que Octopath Traveler 0 conserve son charme, un certain raffinement des graphismes aurait sans doute conduit à une expérience encore plus plaisante. La bande sonore, composée par Yasunori Nishiki, est également un point fort de cette production.
Points à retenir
- Octopath Traveler 0 propose une personnalisation unique des héros, influençant réellement le style de jeu.
- La reconstruction de Wishvale, bien que prometteuse, s’avère souvent peu engageante.
- Le système de combat est le point fort du jeu, alliant profondeur et dynamisme.
- Un déséquilibre perçu entre les affrontements contre les PNJ et ceux de la carte du monde peut affecter l’expérience de jeu.
- Le style graphique reste captivant, mais peut devenir moins mémorable au fil du temps.
En tant que passionné de RPG, je trouve fascinant l’équilibre entre innovation et tradition que cherche à établir la série. Malgré ses défauts, Octopath Traveler 0 demeure un titre intéressant qui suscite la réflexion sur l’avenir des jeux japonais. L’accessibilité et la richesse de ses mécaniques de jeu offrent une belle opportunité de débattre sur ce que devrait être le RPG moderne. Que ressentons-nous face à cette quête de nostalgie, et comment le paysage vidéoludique peut-il encore évoluer ?