- L’adaptation à de nouveaux outils stimule les processus mentaux et aide à conserver des compétences fonctionnelles et sociales, selon des experts en neurosciences et vieillissement.
L’utilisation quotidienne de la technologie numérique par les personnes âgées est liée à une amélioration de la santé cognitive et à une réduction du risque de démence, selon une analyse récente de plusieurs études scientifiques. Publiée dans *Nature Human Behavior*, cette découverte remet en question l’idée largement répandue que la technologie nuirait à l’esprit, surtout dans un contexte où les effets néfastes des appareils électroniques sur les jeunes suscitent des inquiétudes. Cependant, les preuves montrent que pour les personnes de plus de 50 ans, la technologie pourrait devenir un allié inattendu du cerveau.
L’analyse, relayée par un article du *New York Times*, a examiné 57 études impliquant plus de 411.000 personnes âgées (âge moyen : 69 ans) et a révélé qu’environ 90 % de ces recherches ont rapporté un effet protecteur de la technologie numérique sur la fonction cognitive. Les adultes âgés utilisant des ordinateurs, des smartphones, internet ou une combinaison de ces dispositifs ont obtenu de meilleurs résultats dans les tests cognitifs et ont présenté des taux de déclin mental ou de diagnostic de démence inférieurs à ceux qui évitaient ou utilisaient moins ces technologies.
Les types de technologies utilisées par ce groupe incluent des ordinateurs personnels et des smartphones, ainsi qu’un usage régulier d’internet. Les bénéfices observés ne se limitent pas à une seule fonction ; la maîtrise des appareils numériques implique la résolution de problèmes, l’adaptation à des mises à jour constantes et l’apprentissage de nouvelles applications, ce qui constitue un défi mental complexe. De plus, la technologie facilite les tâches quotidiennes telles que faire des courses, gérer des comptes bancaires ou rester en contact avec des proches, contribuant ainsi à la préservation des compétences fonctionnelles et sociales.
Une grande partie des préoccupations concernant la relation entre technologie et cognition provient d’études menées sur des enfants et des adolescents, dont les cerveaux sont encore en développement.
Point de vue des experts
et expériences personnelles
Des experts en neurosciences et vieillissement apportent des nuances à ces résultats. Michael Scullin, neurobiologiste et auteur principal de l’analyse, a indiqué que « parmi la génération pionnière numérique, l’utilisation quotidienne de la technologie est associée à un risque réduit de déclin cognitif et de démence ».
Murali Doraiswamy, directeur du Programme de Troubles Neurocognitifs à l’Université de Duke, a quant à lui considéré que ces résultats « sont rafraîchissants et provocateurs, posant une hypothèse qui mérite des investigations supplémentaires ».
Walter Boot, psychologue spécialisé dans le vieillissement, a souligné que l’étude reflète l’utilisation pratique de la technologie dans la vie quotidienne, où les personnes âgées doivent s’adapter à un environnement numérique en constante évolution, ce qui rend les résultats plausibles.
L’expérience de Wanda Woods, âgée de 67 ans, illustre comment l’adaptation à la technologie peut s’intégrer dans le quotidien des seniors. Elle a commencé à interagir avec la technologie durant son adolescence, grâce à un cours de dactylographie qui l’a amenée à travailler sur des traitements de texte à l’Agence de Protection Environnementale. Des décennies plus tard, elle a lancé un business de formation informatique et est maintenant instructrice à Senior Planet, une initiative à Denver qui aide les personnes âgées à se familiariser avec la technologie.
Woods utilise des ordinateurs, smartphones, montres connectées et chatbots d’intelligence artificielle pour organiser des voyages et des activités familiales. Elle confie que rester à jour technologiquement la garde active et connectée : « Cela me maintient informée également ».
La raison pour laquelle la technologie peut être bénéfique pour le cerveau en vieillissant réside dans les défis qu’elle pose. D’après Scullin, ces appareils représentent des défis complexes nécessitant persévérance et apprentissage continu, stimulant ainsi les processus mentaux liés à la santé cognitive. Même la nécessité de s’adapter à de nouvelles versions de logiciels ou de résoudre des problèmes techniques peut devenir un exercice mental bénéfique. De plus, la technologie favorise l’interaction sociale et peut compenser certaines limitations de mémoire à travers des rappels et des applications utiles.
Risques associés
Cela étant dit, des spécialistes mettent en garde contre les risques liés à un usage inapproprié ou excessif de la technologie. Les fraudes en ligne et les escroqueries touchent particulièrement les personnes âgées, qui, bien que rapportant moins d’incidents que les jeunes, subissent souvent des pertes financières plus importantes. La désinformation et l’isolement social dues à un usage excessif des écrans constituent également des menaces. Doraiswamy a souligné que la technologie ne peut pas remplacer d’autres activités bénéfiques pour le cerveau, telles que l’exercice physique ou une alimentation saine.
Au cours des dernières décennies, la proportion de personnes âgées développant une démence a diminué aux États-Unis et dans plusieurs pays européens, malgré l’augmentation absolue des cas due à l’accroissement de la population. Les chercheurs attribuent cette tendance à des facteurs tels qu’une réduction du tabagisme, des niveaux d’éducation plus élevés et une meilleure gestion de la pression artérielle. Doraiswamy a suggéré que l’interaction avec la technologie pourrait contribuer à ce phénomène, même si la relation exacte reste à déterminer.
L’avenir de la relation entre technologie et vieillissement soulève de nouvelles questions. On ne sait pas si les avantages observés chez la génération actuelle de personnes âgées se maintiendront chez les prochaines cohortes, ayant grandi en immersion technologique. Comme l’a souligné Boot, la technologie évoluant constamment, l’impact sur la santé cognitive pourrait varier avec le temps.
Tout au long de l’histoire, l’émergence de nouvelles technologies a suscité inquiétude et scepticisme. Cependant, l’expérience démontre qu’après l’alarme initiale, de nombreuses innovations finissent par offrir des avantages inattendus, même pour ceux qui étaient les plus réticents au départ.
Points à retenir
- L’utilisation quotidienne de la technologie numérique par les seniors peut améliorer leur santé cognitive.
- Les bénéfices ne se limitent pas à une fonction unique, mais impliquent un éventail de compétences requises pour naviguer dans l’environnement technologique.
- Les experts soulignent l’importance d’investiguer ces résultats pour mieux comprendre l’impact de la technologie sur le vieillissement.
- Il est essentiel de rester vigilant face aux risques d’utilisation inappropriée de la technologie, notamment les fraudes en ligne.
- La relation entre technologie et vieillissement continue d’évoluer, posant des questions sur les bénéfices futurs des prochaines générations de seniors.
Il est fascinant d’observer comment le paysage technologique transforme la perception classique du vieillissement. Alors que nous avançons, nous pouvons nous interroger sur la manière dont chaque génération trouvera son équilibre face à ces défis changeants. De futures études sur les jeunes générations, qui ont grandi avec la technologie, pourraient éclairer cette dynamique. La technologie, loin d’être un ennemi, pourrait bien devenir un catalyseur essentiel dans le renouvellement des liens sociaux et des compétences cognitives. Que pensez-vous de cet avenir numériquement enrichi ?