Broken Social Scene : Retour avec « Remember the Humans »

Après avoir mené à bien la promotion de leur dernier album, Hug of Thunder, sorti en 2017, Broken Social Scene s’est replongé dans une nostalgie qui a duré plusieurs années. Le collectif torontois a célébré le 20e anniversaire de You Forgot It in People à travers une tournée prolongée, une réédition pour le Record Store Day, une compilation de reprises par des artistes de la nouvelle génération qu’ils ont influencés, un roman graphique réimaginant l’album, et un album live enregistré en 2003. Cela a été suivi d’une compilation plus large de faces B et de raretés, ainsi que d’un documentaire consacré aux débuts du groupe. Malgré cette plongée dans le passé, Broken Social Scene n’a pas semblé préoccupé par la question récurrente qui hante souvent les artistes après un triomphe : Comment retrouver ce son et ce succès ?

Au lieu de cela, ils ont monté un studio dans le village pastoral de Warkworth, en Ontario, puisé dans les produits locaux, tels que le sirop d’érable, les lilas et la « parfaite tarte », qui évoquent les ingrédients essentiels de leur musique. En alliant amitié et honnêteté, le groupe a laissé le temps se dilater, leurs membres tournant dans les locaux, pour créer Remember the Humans, leur premier album en neuf ans.

Bien que son titre soit un clin d’œil à You Forgot It in People, Remember the Humans ne renoue pas avec le passé. Au fil des albums, Broken Social Scene a progressivement augmenté le volume de ses guitares jusqu’à atteindre un son plus sobre avec Hug of Thunder. Dans Remember the Humans, ils adoptent encore une fois une approche plus délicate, jouant sur la mélodie indé jusqu’à créer un son éthéré et apaisant. Pour un groupe qui a autrefois régné par des résonances bruyantes, leur nouvelle musique semble désormais plus mesurée, mais ne vous y trompez pas : elle reste profondément ancrée dans l’essence de Broken Social Scene, avec ses ballades mélancoliques, ses images frappantes et une quête de connexion, tout en reconnaissant les failles qui l’entravent. Cela nécessite simplement une écoute plus patiente.

Si Broken Social Scene avait voulu jouer la carte de la sécurité, ils n’auraient pas retiré une nouvelle chanson avec Emily Haines de Metric et Amy Millan de Stars de la liste des morceaux – un choix difficile fait par le leader Kevin Drew pour mieux coller à l’harmonie globale de l’album. Maintenir une atmosphère musicale cohérente est essentiel, c’est pourquoi Remember the Humans débute comme le fait chaque album du groupe : avec un fil de sons qui s’entremêlent doucement. “Not Around Anymore” fait la transition entre ce scintillement de flûte, de trombone et de flugelhorn vers une montée triomphante de guitares et de saxophone. Drew, pesé par un chagrin familial et des préoccupations sociétales, trouve, grâce à l’entraide de ses camarades, un moyen de se relever par la musique.

“Not Around Anymore” incarne les thèmes récurrents de l’album : des improvisations prolongées, une instrumentation riche et des épiphanies raffinées. Ces éléments font de l’écoute un moment fluide et presque sensuel, contrastant avec l’immédiateté des précédents morceaux pop du groupe. “And I Think of You” nous plonge dans une ambiance années 80 avec une douce mélodie de saxophone. “This Briefest Kiss”, initialement une piste de neuf minutes, flirte avec le R&B grâce à une ligne de basse langoureuse et à la performance vocale soul d’Ariel Engle. Malgré la multitude de musiciens, l’album reste parsemé de moments de calme méditatif, à l’instar des notes délicates de piano et des fausses notes légères dans “Life Within the Ground”. Confondre ces palettes douces avec de la monotonie serait méconnaitre la beauté de chaque paysage sonore.

Points à retenir

  • Broken Social Scene explore de nouveaux terrains musicaux avec un album riche, loin de succéder à leur passé.
  • Le son de l’album allie mélodies douces et arrangements soignés, témoignant d’une évolution artistique.
  • Le choix de retirer certaines collaborations montre une volonté de cohésion musicale.
  • Les thèmes abordés incluent la mélancolie, la quête de connexion et les relations humaines complexes.
  • La richesse instrumentale permet une écoute immersive et contemplative du projet.

En réfléchissant à ce nouvel opus, je suis frappé par la capacité d’un groupe à réinventer son identité tout en restant fidèle à son essence. Les choix des artistes de travailler en harmonie, de s’écouter et de se remettre en question sont des éléments qui me passionnent. Personnellement, cela me pousse à considérer comment, dans nos propres vies, nous pouvons créer de la magie à partir de moments de vulnérabilité et d’introspection, plutôt que de simplement rechercher le succès à tout prix. Peut-être que la véritable réussite réside dans cette alchimie humaine, dans l’art de raconter des histoires qui nous rapprochent tous.


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