Amazon en procès : Face à des accusations de pratiques trompeuses dans son service Prime
WASHINGTON : Amazon est sur le point de débuter un procès, initié par le gouvernement américain, qui accuse le géant du e-commerce d’avoir utilisé des astuces pour inscrire des millions de clients à son service d’abonnement Prime, rendant ensuite son annulation pratiquement impossible.
La plainte de la Federal Trade Commission (FTC), déposée en juin 2023, prétend qu’Amazon a sciemment utilisé des designs appelés “dark patterns” pour piéger les consommateurs lors de la validation de leurs commandes, les incitant à souscrire au service Prime, facturé 139 dollars par an.
L’affaire repose sur deux accusations principales : d’une part, qu’Amazon a inscrit des clients sans obtenir leur consentement explicite, via des processus de paiement confus ; d’autre part, qu’il a créé un système d’annulation délibérément complexe, surnommé “Iliad”, en référence à l’épopée d’Homère sur la longue et ardue guerre de Troie.
Le procès se déroulera dans un tribunal fédéral à Seattle, dirigé par le juge John Chun, déjà en charge d’une autre affaire de la FTC qui accuse Amazon de monopoliser le marché, un procès prévu pour 2027.
Ces affaires s’inscrivent dans une série de poursuites lancées contre les grandes entreprises technologiques ces dernières années, dans un effort bipartisan visant à maîtriser le pouvoir des géants de la tech américaine après des années d’inertie gouvernementale.
Selon les documents judiciaires, Amazon était conscient des nombreuses “inscriptions non consenties” à Prime, mais a résisté aux modifications susceptibles de réduire ces inscriptions indésirables, car elles nuisaient aux revenus de l’entreprise.
La FTC affirme que le processus de paiement d’Amazon obligeait les clients à naviguer dans des interfaces déroutantes, où décliner l’abonnement Prime nécessitait de repérer de petits liens peu visibles, alors que s’inscrire se faisait via des boutons bien en évidence. D’importantes informations concernant le tarif de Prime et le renouvellement automatique étaient souvent dissimulées ou indiquées en petits caractères.
“Pendant des années, Amazon a sciemment trompé des millions de consommateurs en leur faisant croire qu’ils s’étaient inscrits à son service Prime”, indique la plainte initiale.
Le service est devenu central dans le modèle économique d’Amazon, les abonnés Prime dépensant significativement plus que les non-membres.
La plainte vise également le processus d’annulation d’Amazon, jugé “labyrinthique” : il nécessitait de naviguer à travers quatre pages, six clics et quinze options pour annuler son abonnement. La FTC demande la mise en place de sanctions, de compensations financières, et des injonctions permanentes contraignant l’entreprise à modifier ses pratiques.
Cette affaire s’appuie, en partie, sur la loi ROSCA, entrée en vigueur en 2010, qui interdit explicitement de facturer les consommateurs pour des services en ligne sans divulgation claire des conditions, consentement explicite et mécanisme d’annulation simple.
La FTC accuse Amazon d’avoir violé ces exigences en ne divulguant pas clairement les termes de Prime avant de collecter les informations de facturation et en ne s’assurant pas du consentement éclairé des clients avant de les facturer.
La stratégie de défense d’Amazon se concentrera sur le fait que la ROSCA et d’autres réglementations ne prohibent pas spécifiquement les pratiques en question et que la FTC interprète la loi de manière excessive. L’entreprise a également fait valoir qu’elle a amélioré ses processus d’inscription et d’annulation Prime et que les accusations sont dépassées.
Le procès, qui devrait durer environ quatre semaines, ouvrira la voie à une analyse approfondie des communications et documents internes d’Amazon, ainsi qu’à des témoignages d’experts et de dirigeants de l’entreprise. Si la FTC l’emporte, Amazon pourrait faire face à des sanctions financières substantielles et devra réformer ses pratiques d’abonnement sous la supervision du tribunal.
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Bon à savoir
Historique des plaintes : Depuis quelques années, plusieurs plaintes similaires ont été déposées contre des entreprises technologiques, attestant un mouvement général vers une régulation accrue.
Dark Patterns : Ces techniques de conception visent à manipuler les utilisateurs pour bénéficier à l’entreprise, soulevant des questions éthiques sur le design numérique.
Futur des abonnements : Les corporations doivent évoluer pour répondre aux attentes de transparence et de respect des consommateurs, sinon elles s’exposent à des recours judiciaires.
Cette affaire soulève des préoccupations concernant l’éthique des pratiques commerciales dans le secteur technologique. Alors que la frontière entre marketing et manipulation devient floue, il est essentiel de réfléchir aux implications de telles pratiques sur la confiance des consommateurs. Qu’en pensez-vous ?
