Lorsque le président élu Donald Trump a été interrogé sur la possibilité que son nouveau gouvernement prenne le contrôle du Canada, sa réponse laissait entendre qu’il y avait réfléchi depuis un certain temps : il a évoqué l’idée d’utiliser une “force économique” pour “supprimer cette ligne artificiellement tracée” entre les deux pays.
Pour l’heure, une annexion du Canada par les États-Unis semble incroyablement improbable – bien que beaucoup aient autrefois fait de même à propos d’une présidence Trump. Cependant, l’idée que ces deux alliés mal à l’aise pourraient se retrouver en guerre, ou que le Canada serait englouti par son voisin, a longtemps hanté l’imagination des créateurs de fictions bien avant que Trump ne se manifeste. Étonnamment, même si les États-Unis possèdent des armes nucléaires et que le Canada n’en a pas, un examen des conflits fictifs entre les États-Unis et le Canada suggère que les Américains craignent réellement l’hostilité davantage que nous ne le faisons.
John Candy, à droite, incarne ‘Bud D. Boomer’ aux côtés de l’actrice Rhea Perlman, dans une scène de Canadian Bacon.Reuters
Canadian Bacon (1995) : Dans le premier et jusqu’à présent dernier film de fiction du scénariste-réalisateur Michael Moore, le président américain a besoin d’une nouvelle guerre froide pour booster sa popularité. Plutôt que d’attendre que la Russie redevienne un ennemi, il déclare le Canada comme une menace pour les États-Unis. En raison de complications scénaristiques qui pourraient expliquer pourquoi Moore s’est concentré sur des documentaires par la suite, le Canada finit accidentellement avec la capacité de détruire l’Amérique depuis une station météorologique installée au sommet de la Tour CN.
Infinite Jest (1996) : Le colossal roman de David Foster Wallace se déroule dans un avenir corporatiste où le Canada et le Mexique ont fusionné avec les États-Unis au sein d’une super-nation appelée l’Organisation des Nations de l’Amérique du Nord (O.N.A.N.), les Américains semblant diriger la danse. L’accord n’était pas vraiment en faveur du Canada, comme le montre le fait que nous avons hérité de la gestion d’un site de déchets toxiques connu sous le nom de Grande Concavité. Le président américain, Johnny Gentle, est un ex-divertisseur incompétent, à une époque où cela signifiait Ronald Reagan plutôt que Trump.
South Park: Bigger, Longer & Uncut a présenté la chanson primée aux Oscars Blame Canada.
South Park: Bigger, Longer & Uncut (1999) : Les créateurs Trey Parker et Matt Stone ont donné à leur film dérivé une prémisse similaire à Canadian Bacon, mais avec des résultats au box-office bien meilleurs. Dans la chanson primée aux Oscars Blame Canada, les Américains sont en proie à une panique morale à cause du dessin animé canadien scatologique Terrance & Phillip: Asses of Fire. Cette réaction excessive de la part des États-Unis conduit à une guerre qui menace d’exterminer l’humanité.
We Stand On Guard (2015) : Dans cette série de bandes dessinées en six parties, Brian K. Vaughan, un auteur spécialisé dans les histoires dystopiques, imagine une occupation du Canada par les États-Unis au 22e siècle en représailles à la destruction présumée de la Maison Blanche par nos soins. Racontée du point de vue de résistant, c’est fondamentalement Red Dawn sauf que les Russes sont des Américains, et leurs victimes regardent une série télé intitulée The Littlest Robo.
Quantum Night (2016) : L’auteur canadien Robert J. Sawyer, possédant également la nationalité américaine, s’est donné pour tâche d’imaginer un président américain encore pire que celui de Wallace, et il a facilement réussi avec Quenton Carroway, un extrémiste anti-immigrants qui exploite une série d’émeutes de hockey canadiennes comme excuse pour nous envahir.
Elisabeth Moss apparaît dans un épisode de la saison 3 de The Handmaid’s Tale.
The Handmaid’s Tale (2017) : Un aspect surprenant de ces récits est que, bien que la majorité d’entre eux aient été créés par des Américains, ils dépeignent leur propre pays comme moins intelligent, plus militariste et généralement inférieur au Canada. Il en va de même pour cette série télévisée, où les États-Unis sont devenus une dystopie fondamentaliste que le Canada ne reconnaît pas. Dans le roman originel, l’auteure canadienne bien-aimée Margaret Atwood inclut des références au Canada comme un lieu de fuite. L’adaptation, produite par des Américains, ajoute des scènes au Canada qui montrent combien la situation des femmes et des minorités y est meilleure avant que l’influence américaine commence à s’y infiltrer.
Bon à savoir
- La perception de la menace canadienne dans la culture populaire souligne souvent des tensions historiques biaisées.
- Les œuvres de fiction peuvent parfois révéler des vérités sur les craintes nationales et les dynamiques de pouvoir.
- Les récits dystopiques font allusion à des problèmes sociopolitiques contemporains et élargissent notre compréhension des relations entre pays.
Ces œuvres nous poussent à réfléchir à la manière dont les narrations fictionnelles reflètent et peuvent influencer les perceptions réciproques entre le Canada et les États-Unis. Comment ces histoires, bien qu’elles relèvent de la fiction, peuvent-elles nous aider à mieux comprendre la réalité des relations internationales ?
C’est fascinant de voir comment la fiction peut mettre en lumière des craintes réelles entre les nations. Ces histoires nous font réfléchir sur notre perception des autres.