Dean Leitersdorf se présente lors d’un échange sur Zoom, avant de saisir une consigne qui donne l’impression d’avoir ingéré des champignons psychédéliques : « far west, cosmique, Empire romain, doré, sous-marin ». Il insère ces mots dans un modèle d’intelligence artificielle développé par sa start-up, Decart, capable de manipuler des vidéos en temps réel.
« Je n’ai aucune idée de ce qui va se passer », confie-t-il en souriant, avant de se métamorphoser en une version étrange et dorée de Jules César, portant un poncho subaquatique.
Leitersdorf lui-même a une allure décalée — cheveux longs lâchés dans le dos, un stylo qui virevolte entre ses doigts. Pendant notre entretien, son image à l’écran oscille de manière surréaliste, la machine tentant de prédire l’apparence de chaque nouvelle image. En posant ses mains sur son visage, il se transforme avec des traits plus féminins. Son stylo change de couleur et de forme. Il ajoute ensuite d’autres mots-clés qui nous emmènent dans de nouveaux univers psychédéliques.
Le modèle vidéo créé par Decart, baptisé Mirage, est autant une prouesse technique qu’un indice des bouleversements que l’intelligence artificielle pourrait bientôt provoquer dans le domaine du livestreaming. Des solutions comme Sora d’OpenAI sont capables de générer des vidéos très réalistes à partir d’une simple phrase. Mirage pousse cette idée encore plus loin en offrant la manipulation vidéo en temps réel.
Ce jeudi, Decart lance un site web et une application permettant à chacun de créer ses propres vidéos ou de modifier des extraits YouTube. Plusieurs thèmes par défaut sont proposés, tels que « anime », « skyline de Dubaï », « cyberpunk » ou encore « palais de Versailles ». Lors de notre échange, Leitersdorf télécharge une séquence d’un joueur de Fortnite, qui se transforme sous nos yeux, passant du décor habituel du Battle Royale à une scène immergée sous l’eau.
Cette technologie ouvre de nouvelles perspectives pour le monde du jeu vidéo. En novembre 2024, Decart avait dévoilé Oasis, un jeu exploitant un principe similaire à Mirage pour générer à la volée des mondes à la manière de Minecraft. Les joueurs pouvaient se rapprocher d’une texture puis zoomer en arrière pour découvrir de nouvelles zones de jeu générées en temps réel.
Manipuler des scènes en direct représente un défi encore plus exigeant sur le plan informatique. Decart a dû coder au plus bas niveau pour exploiter au maximum la puissance des puces Nvidia. Mirage affiche ainsi 20 images par seconde en 768 × 432 pixels, avec un délai de 100 millisecondes par image — une qualité suffisante pour un contenu digne d’un TikTok.
Points à retenir
- L’intelligence artificielle ne se contente plus d’afficher des images : elle transforme les vidéos en direct, ouvrant de nouvelles pistes créatives.
- La start-up Decart mise sur une approche très technique pour compresser les calculs et produire des effets en temps réel, ce qui n’est pas une mince affaire.
- Les thèmes variés proposés sur leur plateforme rendent la manipulation vidéo accessible à un public large, de l’étoile du gaming au curieux du dimanche.
- Avec des performances adaptées aux formats courts comme ceux de TikTok, Mirage pourrait bien devenir le nouvel allié des créateurs de contenus vidéo.
- Un avenir où nos jeux vidéo et livestreams se fondent dans des univers psychédéliques et personnalisés semble à portée de clique, pour le meilleur comme pour le pire.
Au final, il ne reste plus qu’à se demander : jusqu’où l’intelligence artificielle ira-t-elle pour bousculer notre rapport à l’image et au réel ? Et surtout, qui aura le cran de garder un peu de sobriété dans ce déluge de couleurs et de métamorphoses numériques ? Moi, je commence à prendre des notes, au cas où un stylo qui change de forme se mette à m’échapper…