Lorsque les organisateurs de Wimbledon ont annoncé l’an dernier que l’appel des lignes électroniques remplacerait pour la première fois les juges de ligne lors de cette édition, on pouvait s’attendre à quelques critiques. Certains auraient regretté la disparition d’une certaine dimension humaine et l’ambiance plus froide sur le court. Sans oublier le licenciement d’environ 300 juges de ligne, point aussi difficile à avaler. Pourtant, il est difficile d’imaginer qu’ils aient anticipé la tempête médiatique provoquée par la mise en place tardive de cette technologie lors du tournoi.
L’appel électronique, ou ELC (Electronic Line Calling), qui s’appuie sur une technologie automatisée de suivi de la balle, est en réalité déjà utilisée dans plusieurs tournois professionnels depuis le Next Gen ATP Finals en 2018. L’Open d’Australie fut le premier Grand Chelem à adopter cette technologie il y a quatre ans et, pour la première fois cette année, le circuit masculin ATP l’emploie sur tous ses tournois. Alors que tous les tournois masculins sur terre battue utilisent l’ELC, Roland-Garros reste le seul Grand Chelem à conserver encore des juges de ligne humains.
Contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, le All England Lawn Tennis Club (AELTC), organisateur de Wimbledon, a dû passer la première semaine du tournoi à défendre cette technologie, renforcée par l’intelligence artificielle, plus qu’à faire preuve d’innovation.
Durant les cinq premiers jours, les critiques les plus marquantes sont venues de Jack Draper et Emma Raducanu, respectivement n°1 britanniques chez les hommes et les femmes, tous deux battus et convaincus d’avoir été victimes d’erreurs d’appel. “C’est un peu décevant que les décisions soient parfois aussi erronées, même si globalement ça a été correct,” a confié Raducanu, pointant du doigt plusieurs erreurs dans ses matches précédents.

L’AELTC a affirmé que le système fonctionnait de manière optimale et reste largement plus précis que les juges de ligne. Wimbledon utilise la technologie Hawk-Eye, un système intégré à dix caméras autour du court qui suivent la trajectoire de la balle avec une marge d’erreur annoncée à 2,2 mm. Jusqu’à présent, le système était uniquement un filet de sécurité permettant aux joueurs de contester les appels des juges de ligne.
“C’est amusant, car lorsque nous avions encore les juges de ligne, on nous demandait constamment pourquoi nous n’utilisions pas la technologie électronique, plus précise,” expliquait Debbie Jevans, présidente de l’AELTC, à la BBC.
Mais les ennuis sont survenus sur le court central. Lors d’un jeu décisif face à Sonay Kartal, Anastasia Pavlyuchenkova, à 4-4 dans le premier set, a vu un coup de son adversaire qui était manifestement long… mais qui n’a pas été signalé. Après une longue interruption, on a découvert que certaines caméras de l’ELC n’avaient pas fonctionné du côté de Pavlyuchenkova pendant un temps. L’arbitre, Nico Helwerth, a décidé de rejouer le point. Dix minutes plus tard, après avoir perdu ce service, Pavlyuchenkova se retrouvait en balle de set contre Kartal.

Heureusement pour l’AELTC, Pavlyuchenkova a finalement remporté la manche puis le match, minimisant l’impact de cette erreur. L’organisateur a annoncé que le système avait été désactivé accidentellement du côté de la joueuse par l’un des opérateurs de la technologie.
Lundi matin, Sally Bolton, directrice générale de Wimbledon, a tenu une conférence de presse très attendue, consacrée quasi exclusivement à l’ELC. Elle a souligné que l’erreur était humaine, que des mesures avaient été prises pour éviter qu’elle ne se reproduise, et que le système avait été globalement fiable tout au long du tournoi. Cette mésaventure a aussi mis en lumière la nécessité d’avoir des plans de secours en cas de défaillance technologique, notamment la possibilité pour les arbitres d’utiliser la vidéo.
Depuis l’adoption de l’ELC, la réaction des joueurs a plutôt été positive sur les surfaces dures, appréciant la précision accrue par rapport aux erreurs humaines. Mais après plusieurs épisodes controversés sur terre battue, la première semaine à Wimbledon a montré que la confiance dans cette technologie reste fragile. Joueurs et entraîneurs, en public comme en privé, expriment encore des doutes sur sa fiabilité. Au fur et à mesure que le tournoi avance vers les phases finales, il reste à voir si cette confiance pourra être renouvelée.
Points à retenir
- La technologie d’appel électronique n’est pourtant pas une inconnue, elle s’est construite depuis plusieurs années sur le circuit professionnel.
- Roland-Garros tient encore à ses juges humains, ce qui donne un petit air de théâtre classique à la balle jaune.
- Wimbledon a voulu passer à la modernité, mais a surtout réussi à enflammer la presse – dont un certain Guardian, toujours au fait des dernières péripéties.
- Malgré une marge d’erreur inférieure au millimètre, la machine peut tomber en panne, et là, on se sent tout petits, même à l’ère de l’intelligence artificielle.
- Les joueurs ne sont pas tous convaincus et réclament parfois un retour à plus de contrôle humain, sans doute parce qu’on aime bien râler quand la balle ne va pas de notre côté.
- Les organisateurs n’ont d’autre choix que d’intégrer les plans B – et C – au cas où la technologie ferait des siennes.
En fin de compte, on pourrait se demander : la technologie doit-elle vraiment éliminer la touche humaine dans un sport où chaque point est empreint d’émotion et de débat ? Ou bien devrions-nous accepter que le tennis reste un sport un peu archaïque, avec ses erreurs, ses contestations, et surtout, ses histoires à raconter ? Je ne sais pas vous, mais moi, j’attends la prochaine panne avec une certaine impatience…