ven. Août 21st, 2026

La hausse exceptionnelle du nombre de personnes ayant atteint fin juillet l’enclave espagnole de Ceuta suscite des interrogations. Certains avancent l’hypothèse d’une orchestration de cette migration via les réseaux sociaux, allégeant qu’une campagne centralisée pourrait en être à l’origine ou même constituer un acte hybride contre l’UE.

Trois semaines après cette vague d’arrivées, des milliers de réfugiés, dont de nombreux mineurs, se trouvent toujours à Ceuta. CORRECTIV a échangé avec plusieurs personnes en quête d’asile sur place, tout en analysant les publications sur les réseaux sociaux et d’autres études externes. Toutefois, aucune preuve concrète n’émerge d’une campagne centralisée. Malgré cela, il apparaît clairement que les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur.

Les réfugiés s’informent et se coordonnent via les réseaux sociaux

Salim, un jeune de 18 ans originaire de Fès, a confié à notre reporter qu’il avait prévu de quitter le Maroc depuis longtemps. Élevé avec quatre petits frères, il n’a pas pu subvenir aux besoins de sa famille. Sur Instagram, il a appris que la frontière était ouverte, une information corroborée par d’autres réfugiés rencontrés à Ceuta.

Beaucoup ont aussi vérifié ces informations par le biais d’appels à des connaissances ayant déjà franchi la frontière. En effet, le flux de traversées a augmenté dans les jours précédant les 30 et 31 juillet. Des témoignages locaux mentionnent que certains avaient déjà fait leur arrivée à Ceuta plusieurs jours avant l’afflux massif. Un porte-parole du ministère espagnol de l’Intérieur a déclaré avoir constaté, depuis le printemps, une « hausse de la pression migratoire », bien qu’aucun avertissement n’ait été émis concernant une arrivée massive, comme celle observée le 30 juillet.

Salim a également partagé une vidéo, qui a recueilli plus de 50 000 “j’aime”, montrant des dizaines de personnes courant à travers une porte sur le territoire espagnol de Ceuta. CORRECTIV a pu confirmer le lieu, qui se situe effectivement à un passage frontalier.

Salim montrant une vidéo qui l’a incité à partir. Source : Max Bernhard/CORRECTIV.

En plus des vidéos authentiques, des informations trompeuses ont circulé. Cependant, selon des analyses approfondies, aucune preuve tangible d’une campagne organisée n’a été mise en lumière. La rédaction de Maldita, en collaboration avec le Arab Fact-Checking Network, a révélé que plus de 200 publications contenant le même texte en arabe ont été diffusées sur les réseaux sociaux le 30 juillet, interprétant mal un jugement de cour, ce qui a pu alimenter la rumeur d’une frontière ouverte. Pourtant, à ce moment-là, les traversées massives étaient déjà en cours.

Aucune preuve d’une campagne coordonnée à ce jour

Avant même le jugement du 29 juin, des échanges avaient lieu dans des groupes Facebook où les gens discutaient des moyens de franchir la frontière. Des propositions d’aide à l’évasion ont également été faites, bien qu’il soit impossible de vérifier leur authenticité.

Publications concernant le passage à Ceuta, déjà partagées en juin.
Publications sur Facebook liées à la traversée vers Ceuta, diffusées dès juin.

Maldita a passé en revue plus d’un millier de messages en arabe sur Facebook, Instagram et WhatsApp, identifiant plusieurs désinformations et des appels à une nouvelle traversée le 15 août. Cependant, aucune coordination centrale n’a pu être discernée dans cette masse d’informations.

Profils sur Instagram et Facebook partageant des photos privées et évoquant le 15 août.
Profils sur Instagram et Facebook mentionnant le 15 août 2026.

Selon Maldita, il n’existe pas de modèle uniforme parmi les profils impliqués, et aucune source unique n’a été identifiée pour ces messages. Leur étude ne permet cependant pas d’éclaircir les discussions qui auraient eu lieu dans les groupes WhatsApp avant le 30 juillet.

D’autres analyses menées par des médias comme Le Monde et le ORF ont abouti à la même conclusion : rien n’indique qu’une campagne coordonnée ait influencé cette importante migration fin juillet. Le Monde évoque plutôt un phénomène de masse suscité par divers facteurs.

Un rapport du groupe privé Golden Owl, proposant des analyses assistées par IA, a néanmoins suggéré des preuves d’une « opération organisée » pour la migration vers Ceuta fin juillet. Cependant, des recherches de CORRECTIV mettent en doute cette affirmation, le groupe soulignant qu’aucune coordination centrale n’a été détectée, parlant davantage d’une organisation décentralisée.

Pas de coordination centrale selon l’Espagne, le Maroc et l’UE

La situation est similaire selon la Guardia Civil espagnole, qui mentionne une organisation décentralisée des appels à traverser à nouveau le 15 août, sans pouvoir identifier les instigateurs. Un porte-parole du ministère espagnol de l’Intérieur a précisé qu’aucune spéculation n’était faite sur les motivations des personnes choisissant d’emprunter cette voie migratoire périlleuse.

Du côté marocain, les médias rapportent qu’une déclaration du ministère des Affaires étrangères a suggéré que la décision du tribunal constitutionnel espagnol avait entraîné une « perte de dissuasion ». Ce même verdict aurait été amplifié par les réseaux sociaux et les trafiquants d’êtres humains.

Certains croient même que le Maroc aurait déclenché cette crise pour exercer une pression politique, bien que le pays ait nié ces allégations. Le chercheur en migration Gerald Knaus a évoqué une absence de contrôles maroco-espagnols pendant une certaine période pour des raisons qui restent floues. En 2021, après des tensions diplomatiques, le Maroc avait déjà laissé passer des milliers de personnes vers Ceuta, quoique moins que lors de l’afflux de juillet 2026.

Le commissaire européen pour les affaires intérieures et la migration, Magnus Brunner, a désigné les réseaux de passeurs et la désinformation sur les réseaux sociaux comme des facteurs déclencheurs de cet afflux. La réponse des autorités de l’UE concernant d’éventuelles enquêtes ou preuves à ce sujet n’a pas été fournie avant la publication de cet article.

Des recherches pour retrouver les disparus dans les groupes Facebook

Un groupe de jeunes réfugiés a raconté à CORRECTIV comment une panique collective a provoqué un mouvement de foule durant la traversée, entraînant plusieurs victimes. Dans les groupes Facebook où l’on échangeait sur les traversées, les recherches pour des personnes disparues s’intensifient désormais.

On estime que plus de 140 personnes ont perdu la vie dans ces tentatives de traversée maritime fin juillet.

Points à retenir

  • Une forte augmentation du nombre de réfugiés à Ceuta est notée, avec des témoignages de nombreux mineurs.
  • La circulation d’informations sur l’ouverture de la frontière par les réseaux sociaux s’est accompagnée de vérifications par les réfugiés eux-mêmes.
  • Aucune preuve d’une campagne coordonnée n’est apparue, malgré la diffusion de fausses informations.
  • Des groupes Facebook servent maintenant non seulement à partager des informations, mais aussi à organiser des recherches pour les disparus.
  • Les autorités espagnoles et marocaines n’ont pas identifié de coordination centrale derrière le mouvement migratoire.

Ce sujet soulève des réflexions cruciales sur la manière dont la communication et l’information circulent dans notre société interconnectée. Personnellement, je pense que la complexité des enjeux migratoires mérite un examen plus approfondi, car cela touche à la dignité humaine et aux droits fondamentaux. Comment des politiques peuvent-elles être mises en œuvre sans une compréhension précise des motivations et de la détresse des personnes en quête de refuge ?


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